FORTIFICATIONS ET TERRASSES
serviraient que de terrasses et de promenades publiques, ce serait encore utile, et surtout ce ne serait pas banal.
Le touriste en est convaincu, quand il a assez d'esprit pour les visiter. En suivre toutes les sinuosités est la plus jolie promenade que l'on puisse faire autour de la haute ville. Toute la ligne demi-circulaire des bastions est une suite de terrasses d'où la vue s'étend au loin, ici sur le fleuve, et là sur la rivière Saint-Charles et les campagnes environnantes. Ce sont des coins ravissants, propres à la rêverie et à l'amour, et le touriste y rencontre à chaque bastion, au milieu des canons, des couples qui évidemment ne s'entretiennent pas de guerre et de stratégie militaire.
Mais la plus vaste de toutes ces terrasses qui bordent nos fortifications, est la terrasse Dufferin. C'est une des beautés monumentales de Québec. Ses dimensions aéluelles datent de 1879 ; mais depuis les temps reculés de Louis de Buade, il y a toujours eu une terrasse au bord de l'escarpement, en face de l'ancien château Saint-Louis.
La terrasse et le cbâteau Frontenac.
En 1838, lord Durham Tavait fait agrandir; mais en 1878, lord Dufferin a réussi à faire exécuter les plans qu'il avait conçus pour donner à cette terrasse une étendue quatre fois plus grande, Elle ne fut terminée que Tannée suivante (1879) et inaugurée par le marquis de Lorne et la princesse Louise. Elle reçut alors officiellement le nom de Duflferin, et les cinq kiosques qui y sont érigés furent nommés Victoria, Louise, Lorne, Frontenac et Plessis.
Cette terrasse est pour les Québecquois ce qu'était le Forum pour les Romains. C'est le lieu de rendez-vous de tout le monde. C'est là que circulent les nouvelles et les rumeurs, que les questions sociales, littéraires, politiques et religieuses se discutent.
C'est là qu'on vient voir arriver et partir les navires d'Europe. Avec quelle tristesse on voit s'éloigner les derniers de la saison ! Voici bientôt la fin de novembre ; c'est fini, ils ne reviendront plus qu'au printemps, ces grands oiseaux qui s'en vont vers de plus doux climats ! Mais avec quelle joie nous les revoyons au mois d'avril reparaître pimpants et pavoises!
C'est de là qu'on assiste à toutes les fêtes nautiques, aux courses de yachts, aux mouvements des vaisseaux de guerre qui viennent nous visiter, à l'arrivée et au départ des grands personnages et des forces militaires.
C'est de là que tout Québec a pu voir récemment, avec un orgueil mêlé d'anxiété, plus d'un millier de Canadiens s'embarquer pour l'Afrique, leur dire adieu et leur souhaiter bon voyage, avec des démonstrations inoubliables et pleines de grandeur, qui ne sont possibles que dans notre ville, à cause de son site unique.
Notre terrasse n'est pas seulement un promenoir splendide; c'est un salon où toute la société se rencontre et cause; c'est un observatoire, c'est une salk de musique, c'est un lieu de flânerie, un fumoir, et une chambre d'étude. Les artistes y viennent esquisser des paysages. Les étudiants y préparent leurs examens, et les professeurs leurs cours.
Les jeunes filles y viennent caqueter ou coqueter ou lire des romans. Leur présence distrait souvent l'étudiant en droit, et embrouille un peu son étude de la procédure, qui devient alors
trop civile. Cela lui fait quelquefois confondre la cour où se rend la justice et une autre cour qui n'a rien de commun avec la chicane.
Le poète y cherche des inspirations, Torateur y développe ses plus belles périodes ; Tavocat y ébauche ses plaidoiries, et le journaliste y colleélionne des faits-divers, et des sujets d'articles sensationnels.
Enfin, la terrasse DuiFerin est le centre de la vie sociale à Québec. Elle était cela, même avant la constru6lion du château Frontenac ; mais il va sans dire que son caractère social s'est accentué depuis lors, et que ce château si pittoresque n'en est pas la moindre attraction.
A l'heure où j'écris, on construit une autre terrasse, ou plutôt une large véranda, suspendue au-dessus de l'abîme du fleuve, et dominant la terrasse Dufferin de plus de cent pieds, qui permettra au touriste de longer le mur de la citadelle, à l'extérieur, jusqu'à l'extrémité ouest du cap Diamant.
Les personnes nerveuses ou sujettes au vertige ne s'y aventureront pas ; mais celles qui ont la tête solide et les jarrets bien musclés iront s'y promener pour s'isoler davantage, pour avoir la sensation des hauts sommets et pour admirer de nouveaux points de vue.
Le PalaIvS législatif
Notre Palais législatif est, après le château Frontenac, le plus bel édifice de notre ville, et le site qu'il occupe est des plus pittoresques.
De toutes les fenêtres de la façade principale et de celles du nord, le visiteur aura sous les yeux un panorama splendide: au
premier plan toute la plus belle partie de la ville, au second plan, la rivière Saint-Charles, le fleuve, Lévis, et Vile d'Orléans; au delà, la côte de Beaupré, et toute l'immense chaîne des Laurentides.
Le terrain qui l'entoure est planté d'ormes, de chênes, d'érables, de bouleaux et d'autres arbres, au milieu desquels s'épanouissent des massifs de fleurs.
Ce palais forme un quadrangle régulier avec cour intérieure, et quatre façades, au centre desquelles projettent des pavillons, qui avec les saillies des angles rompent la monotonie et l'uniformité.
La tour centrale, qui s'élance de Tavant-corps, au centre de la façade principale, est de toute beauté. Elle se dégage de cette masse de pierre un peu écrasante, avec des allures de reine, et la couronne de fer qui la surmonte témoigne de sa souveraineté.
Tout le palais est une œuvre remarquable, qui fait le plus grand honneur à son architecte, M. Eugène Taché ; mais la tour centrale est son chef-d'œuvre.
Une seule chose me semble défe<5i:ueuse dans les proportions de cet édilice : je regrette que l'avant-corps de la façade principale ne projette pas davantage, ou n'offre pas une saillie beaucoup plus prononcée, et qu'il n'ait pas un étage de plus que le corps principal de l'édifice.
Peut-être aussi les proportions de T entrée d'honneur et du portique n'ont-elles pas toute l'ampleur voulue.
Mais c'est tout de même une façade imposante, et pour en compléter la beauté, je voudrais y adjoindre une double ou quadruple colonnade imitée de celle du Bernin à Rome, descendant du portique, et encerclant en hémicycle toute la fontaine dédiée aux races indiennes.
On ne saurait trop embellir et décorer cette façade de notre Palais législatif, car elle doit être notre Panthéon. Un grand nombre de niches y ont été pratiquées pour y élever des statues à nos grands hommes ; et déjà l'on y peut admirer celles de Frontenac, de Montcalm, de Lévis, de Wolfe, d'Elgin, et de Salaberry.
Ces bronzes, exécutés par M. Philippe Hébert, sont superbes d'expression et d'attitude; mais son groupe de ^4a famille Indienne" qui couronne le portique de la fontaine, nous semble une œuvre vraiment supérieure.
Outre les statues de bronze, un grand nombre d'ornements, d'armoiries et de devises sculptés en relief dans la pierre décorent la façade principale du palais.
Enfin tout l'édifice est un monument d'architeélure bien française, et ressemble beaucoup au palais des Tuileries.
Je ne saurais en décrire les détails d'exécution, non plus que les décorations intérieures et extérieures. Si cela vous intéresse, vous trouverez cette description très bien faite par M. Ernest Gagnon, dans un petit volume in-12 publié chez Darveau en 1897.
L'HoTEL DE Ville
L'architeélure de notre Hôtel de Ville est simple, austère, et sans ornements. Mais c'est tout de même un très bel édifice, et quand on constate qu'il n'a pas coûté $150,000, on est émerveillé.
Sans doute, ce n'est pas un bijou à mettre dans un écrin comme l'hôtel de ville de Louvain. Ce n'est pas non plus un colosse de marbre dominant toute la ville, et pouvant presque la contenir, comme l'hôtel de ville de Bruxelles. Mais ses modestes
proportions sont harmonieuses ; et pour suppléer à rornementation, rarchite<5te a multiplié les saillies et les profils en relief. Son aspect architeétural est particulièrement imposant et mouvementé
quand vous le regardez du pied de la rue de la Fabrique. Toute cette façade nord est monumentale; et sa petite tour octogone, son demi-donjon et sa
Ancien collège des Jésuites (devenu caserne en 1776). HaUtC tOUr Carrée
surmontée d'un beffroi forment une gradation pleine d'harmonie.
Tout autour de l'édifice se dessinent des allées et des platesbandes fleuries qui font ressortir la variété des façades et la sobriété de son style.
Notre hôtel de ville occupe un coin de terre historique, plein de souvenirs, et si les pierres qui composent ses murs pouvaient parler, elles nous raconteraient d'intéressantes histoires; car un grand nombre ont fait partie du collège des Jésuites, fondé en 1635 par René de Rohaut, marquis de Gamache.
Notre maire, l'hon. M. Parent, a évoqué ces souvenirs dans le remarquable discours qu'il prononça lors de la pose de la pierre angulaire, le 15 août 1895.
" Nous sommes ici, disait-il, sur l'emplacement de l'ancien collège de Québec, fondé et dirigé par les révérends Pères Jésuites, le plus ancien sanctuaire de la science et des lettres dans le nouveau monde ; et nous sommes à deux pas du séminaire de Québec, cet autre monument élevé à la gloire de l'éducation, qui, avec le collège des Jésuites, s'est partagé pendant deux siècles la tâche d'élever et d'instruire la jeunesse de notre pays.
'* En face de nous se dresse la vénérable basilique de Notre- Dame, cette église de Québec, la mère et l'aïeule des cent diocèses qui se partagent aujourd'hui l'Amérique du Nord.
" Eh bien, messieurs, je suis heureux de le constater, à
Québec, comme dans les vieilles capitales de l'Europe, nous allons avoir Thôtel de ville en face de la vieille cathédrale : la maison du peuple en face de la maison de Dieu. Et ici, comme là-bas, nous subirons le charme du symbolisme caché dans ces deux termes mis en présence l'un de l'autre..."
C'est d'ici que partaient les héroïques missionnaires qui allaient évangéliser les tribus sauvages, et qui accompagnaient les découvreurs dans leurs lointains voyages. A l'est, à l'ouest, au nord et au sud, ils rayonnaient dans toutes les directions, s'enfonçant dans les solitudes et les forêts, côtoyant les grands lacs en canot d'écorce, remontant les rivières, sans autres armes que leur crucifix, et cherchant partout des infidèles à convertir à la vraie foi.
C'est ici qu'ils revenaient — quand ils revenaient — rétablir un peu leur santé ébranlée, retremper leurs forces dans la prière, rendre compte de leurs travaux, de leurs succès et de leurs déboires, et se perfectionner dans l'étude des langues sauvages.
Mais quelquefois ils ne revenaient pas, et dans la saison suivante on apprenait qu'ils avaient été martyrisés par les Indiens.
Hôtel ,1e Ville,
C'est ici que ces hommes, que Ton considère encore comme les premiers éducateurs du monde, enseignaient à nos ancêtres les langues, les lettres et les sciences.
Mais, un jour, ces murs qui avaient entendu tant de leçons savantes, tant d'éloquentes prédications, et tant de saintes prières, devinrent silencieux. L'illustre ^' Société de Jésus" ayant été supprimée, le gouvernement s'empara de ses biens. C'était en 1776.
La chapelle fut transformée en église protestante, puis en dépôt de provisions, et le collège devint une caserne.
On sait comment cette propriété passa du gouvernement impérial au gouvernement du Canada, et de celui-ci au gouvernement de la province de Québec ; et l'on sait également que, après avoir payé aux Jésuites une indemnité pour la spoliation dont ils se plaignirent pendant de longues années, le gouvernement de Québec vendit ce terrain à la cité de Québec, le 2 novembre 1889.
Une des conditions de cette vente était que la ville construirait un hôtel de ville sur l'emplacement de l'ancien collège, dans les cinq années qui suivraient. Il y avait déjà cinq à six ans que cette constru6lion était projetée.
En janvier 1890, la cité de Québec paya le prix stipulé ($20,000) et prit possession du terrain. Elle en détacha des lisières pour élargir les rues de la Fabrique et de Sainte-Anne, et pour ouvrir une rue nouvelle très large en arrière de l'édifice à construire.
Quatre ans s'écoulèrent encore à discuter les détails, les plans et le coût probable de l'entreprise.
Enfin, à la fin de novembre 1894, furent signés les contrats, et le 15 août 1895 ^^t lieu la pose de la première pierre avec une grande solennité.
Juste treize mois après, le 15 septembre 1896, le nouvel hôtel de ville était terminé, et solennellement inauguré. Cette date est importante, car elle a marqué le commencement d'une ère nouvelle, et un véritable réveil de la cité de Champlain, qui depuis lors a progressé dans des proportions remarquables.
A cette occasion, notre digne maire fit encore un très beau discours. Il proclama que l'éreélion de ce monument par tous
ceux qui y avaient pris part n'avait pas été seulement une œuvre d'activité, mais une œuvre d'amour. Il évoqua de nouveau les souvenirs du passé, et dit qu'il aimait '^ notre vieux Québec, tel qu'il est, avec la poussière de ses rues et la décrépitude de ses édifices ; " et il proclama '^ son intention bien arrêtée de lui conserver sa physionomie particulière, tout en cédant aussi largement que possible aux exigences du progrès moderne."
Enfin il termina en disant : ^^ Nous avons un héritage précieux de traditions et de souvenirs. Tout en le gardant avec amour, nous n'avons pas renoncé à l'ambition de rendre notre cité riche des biens de la terre. Nous la voulons grande, prospère, croissant en population, en opulence, en bien-être pour sa population industrielle, de manière à être capable de rivaliser avec les cités sœurs qui nous environnent. Pour cela, il nous faut unir ensemble les deux rives de notre fleuve près de Québec. Il nous faut la réalisation du rêve de tous les habitants de Québec : la construélion d'un pont, afin que dans la lutte qui se poursuit pour conquérir la suprématie commerciale et industrielle dans la vallée du Saint-Laurent, la bonne ville de Québec soit sur un pied d'égalité avec ses rivales. "
Ce rêve de la cité de Québec n'est pas encore réalisé, mais il est en voie de l'être ; et, en attendant, elle est très fière de son bel hôtel de ville.
Château Frontenac
Il est vraiment beau ce château, et plus on le voit, plus on l'admire. Tout le monde sait qu'il est bâti à l'endroit où s'élevait autrefois le château Saint-Louis, Or ce site n'est pas seulement d'une beauté incomparable : c'est le plus intéressant par ses souvenirs historiques, par les événements dont il a été le théâtre et par les illustres personnages qui y ont vécu jusqu'à nos jours.
Dans un livre très bien fait et des plus intéressants, intitulé le Fort et le château Sanit-Loms^ M. Ernest Gagnon a recueilli tous les souvenirs qui se rattachent à ce lieu si éminemment historique ; et ce qui prouve à quel point il a été le centre de
notre vie sociale, et même nationale, c'est que cette histoire du château Saint-Louis est presque Thistoire de Québec.
C'est une compagnie dont M. Thomas-G. Shaughnessy est le président, qui a bâti le château Frontenac, et c'est M. Bruce Price, un architecte de New-York, qui en a fait les plans et dirigé la construction.
Evidemment, cet artiste n'est pas le premier venu. Il a su s'inspirer du site et du caraélère de notre ville, et son œuvre est en harmonie avec l'un et l'autre.
'' C'est un éclectique, " dit M. Gagnon : ^* et il y a dans son château, du moyen âge, de la renaissance française, et de la renaissance allemande. "
*^ Il a voulu dans les principales parties de cet édifice rappeler un château du moyen âge : de là le donjon garni de mâchicoulis, la tour hexagone flanquée d'échauguettes, les toits pointus, les bâtiments aux faîtes inégaux, simulant des constructions de dates et de destinations différentes.
^' D'autre part, les décorations de l'entrée principale, le porche avec sa gracieuse colonnade et sa voûte cintrée, les motifs d'ornementation du pavillon, du campanile, etc., etc., sont de pur style renaissance. "
M. Gagnon regrette que la tour principale ne soit pas plus élancée, et n'émerge pas d'une vingtaine de pieds au-dessus de la toiture. Je suis du même avis, et je retrouve le même défaut, mais moins sensible, dans la belle tour ronde de l'aile nouvelle.
Si elles avaient toutes deux un étage de plus, on verrait leurs têtes sveltes et gracieuses s'élancer vers les hauteurs.
C'est le défaut principal de la plupart de nos édifices, de ressembler à ces apoplectiques dont les têtes sont enfoncées entre les épaules.
Mais notre château n'en est pas moins un édifice admirablement beau. Ses proportions sont harmonieuses, et les dispositions des divers corps sont d'une rare variété. Toutes ses inégalités charment le regard, et forment un tableau d'ensemble dont chaque détail est un effet d'art.
Faites-en le tour à l'extérieur, puis à l'intérieur de la cour, et ce qui vous étonnera, c'est l'inépuisable variété de composition, de style et d'ornementation.
Il y a deux porches: tous deux sont complètement différents. Il y a je ne sais combien de tours et de tourelles, d'avant-corps.
Château Ftt>iitenac (vu de l'université Laval).
de saillies, d'angles et d'ouvertures, mais tout est dissemblable et harmonieux. Pas de platitude, pas d'uniformité. Partout des différences de formes et de proportions qui rompent la monotonie. Partout du relief.
Le Palais archiépiscopal
Entre cour et jardin, pignon sur rue, il s'élève simplement, avec des proportions modestes mais convenables. Sa façade en belle pierre de taille offre au regard trois étages de fenêtres bien encadrées, avec un fronton fortement dessiné, et un joli portique sans prétention formé de quatre colonnes qui font saillie.
On retrouve à l'intérieur la même simplicité. Au rez-dechaussée une antichambre, des parloirs, une chapelle, des bureaux et quelques chambres. Au premier étage, un grand passage, orné de peintures et de photographies romaines, plusieurs chambres à coucher, une bibliothèque, et le grand salon de réception. Il est richement meublé, et contient une vraie galerie de portraits historiques.
Deux grandes toiles, exécutées par des peintres italiens, représentent Grégoire XVI et Léon XIII. D'autres tableaux plus petits font revivre sous nos yeux les évêques et archevêques de Québec depuis monseigneur de Laval jusqu'à nos jours.
Plusieurs sont loin d'être des chefsd'œuvre ; mais on comprend aisément quel puissant intérêt ils offrent tout de même, quand on songe au rôle important que la plupart ont joué dans notre histoire. ArchtvscM.
Les trois derniers grands portraits qui figurent dans cette galerie sont ceux du cardinal Taschereau, de M"' l'archevêque Bégin, et de M*' Marois. Ce sont vraiment des œuvres d'art, dues au pinceau de M. Wickenden. Tous trois sont vivants, et d'une ressemblance parfaite. Le coloris est riche, mais n'a rien d'exagéré. Il n'y a rien de heurté dans les compositions de cet artiste. Toutes ses couleurs sont fondues harmonieusement. Il a le secret d'idéaliser ses figures, tout en gardant le sentiment du vrai, et il imprime dans leurs physionomies la vie physique et intellectuelle.
Ce palais, qui est le troisième, est de construétion récente. Il date de 1844, et ce n'est qu'en 1895 qu'on Ta embelli, en agrandissant son jardin, en construisant ses élégantes barrières, et en décorant d'une jolie façade d'ordre dorique l'aile du fond qui le relie à la cathédrale.
Le second évêché de Québec occupait le magnifique jardin qui s'étend au sud de la rue, en face de celui du séminaire ; il fut acheté par le gouvernement qui le transforma en parlement. Quant au premier, il se trouvait au côté ouest du presbytère aétuel, touchant à la fois au chevet de la cathédrale et au premier grand séminaire. Nous raconterons leur histoire plus loin, en décrivant *^ Québec archéologique."
Le Palais de justice et la Prison
Il est assez curieux d'observer que presque tous les édifices publics de notre vieille ville sont de construétion récente. Ainsi en est-il de notre Palais de. justice, qui date de 1887.
Mais l'endroit qu'il occupe a des souvenirs judiciaires très anciens, car c'est là que s'élevait là Sénéchaussée vers 1663, et le Conseil souverain y siégea subséquemment pendant quelques années.
Plus tard, et jusqu'à la conquête, la justice fut administrée dans le palais de l'intendant, et l'emplacement de l'ancienne sénéchaussée devint la propriété des Récollets.
En 1681 ils y bâtirent leur couvent, et en 1693 une belle église '' dont le clocher, " dit M. Ernest Gagnon, ^' s'élevait au point précis où se trouve aujourd'hui l'entrée principale du Palais de justice. " '
Après la conquête de 1763, le gouvernement s' étant emparé de la plus grande partie du collège des Jésuites, y installa les tribunaux. Mais en 1796 l'église et le couvent des Récollets furent détruits par un incendie, et en 1800 les biens de l'ordre