FORTIFICATIONS ET TERRASSES
La cité de Champlain possède cette attraction mystérieuse: elle a été à la fois le berceau et le tombeau d'une race ; mais c'est un tombeau vivant.
Fortifications et terrasses
Nous croyons avoir démontré que notre ville est vraiment remarquable et belle au point de vue monumental, quand on Tembrasse dans une vue d'ensemble. Mais du moment que nous entrons dans l'étude des détails, elle rentre dans la catégorie des villes ordinaires : et si plusieurs de ses construétions ont leur cara6lère et leur beauté propres, qui excluent les comparaisons, un plus grand nombre ressemblent à celles des autres villes, et plusieurs leur sont inférieures.
Commençons par celles qu'on ne trouve pas ailleurs en Canada.
La citadelle, les remparts, les bastions reliés par des courtines, et les batteries rappellent une époque déjà ancienne et à jamais disparue. On considère volontiers ces colosses de pierre comme des fossiles d'un autre âge : et l'avenir dira si tout cela peut revenir.
Mais en attendant, c'est curieux à voir, et quand nous contemplons notre ville dans tout ce formidable accoutrement de guerre, debout sur sa montagne, couronnée de sa citadelle, et entourée de ses hautes murailles, elle nous apparaît comme l'antique Minerve debout au fronton du Parthénon, coiffée de son casque de guerre et la poitrine enserrée dans une cuirasse.
Dès sa naissance, la cité de Champlain a pris un aspect guerrier, et revêtu des armures. Ses premières fortifications datent de sa fondation même ; et le premier soin de Champlain, après s'être bâti une habitation, fut d'élever un fort à l'endroit même où s'élève aujourd'hui sa statue.
Montmagny le fit rebâtir en pierre, et y adjoignit un bastion et une enceinte.
Frontenac donna aux fortifications les proportions d'une citadelle, qui renfermait toute la haute ville d'alors ; mais les courtines qui reliaient les bastions étaient de simples clôtures de pieux soutenus par des terrassements,
Les vraies fortifications, qui durèrent jusqu'à la cession du Canada, ne furent commencées que dans les premières années du XVI ir siècle, sous la direction de Chaussegros de Léry, et furent continuées par Le Mercier et Pontleroy, ingénieurs du gouvernement, suivant les plans préparés par le célèbre Vauban, commissaire général des fortifications sous Louis XIV-
En 1759 et 1760, elles furent très endommagées pendant les deux sièges de Québec.
Après la cession, et surtout en 1775, les Anglais firent les réparations les plus urgentes ; mais tous ces ouvrages étaient bien imparfaits et insuffisants. C'est en 1795, et dans les années qui suivirent, que le gouvernement anglais reprit et compléta l'œuvre colossale qui devait faire de Québec le boulevard de la puissance anglaise en Amérique.
C'est alors que la citadelle a6luelle fut érigée, avec ses formidables revêtements en terre et en pierre, qui la masquent et la protègent, avec ses batteries dont les canons se cachent dans les embrasures des glacis, avec ses larges fossés, ses épaisses murailles percées de meurtrières, ses souterrains, ses portes secrètes, ses poudrières, ses arsenaux, et ses bastions menaçants dressés au bord du rocher coupé à pic et dominant le fleuve. C'est alors que toute l'enceinte des murs qui renfermait la haute ville, fut refaite avec de nouveaux bastions et de nouvelles portes, et que l'on compléta le système de défense en érigeant en dehors de la ville, du côté sud-ouest, les quatre tours Martello, que l'on ne considère plus que comme des curiosités archéologiques.
Il est bien probable que tous ces grands ouvrages qui composent nos fortifications seraient aujourd'hui d'une efficacité douteuse, tant s'est accrue depuis quelques années la puissance de l'artillerie. Mais ils sont intéressants et pittoresques, et je regretterais, pour ma part, de les voir démolir. Quand nos remparts ne