LA BASILIQUE
plein cintre, de manière à les transformer en deux rangées de lourds piliers.
Pendant le siège de Québec, en 1759, elle fut malheureusement incendiée par les bombes des navires anglais ; et ce ne fut qu'en 1 768 qu'on put la rebâtir en conservant les vieilles murailles. Mais le sanctuaire fut un peu allongé, de manière à donner à la vénérable cathédrale ses dimensions actuelles, c'est-à-dire une longueur de deux cent seize pieds, et une largeur de quatrevingt-quatorze.
Enfin, en 1843, on ajouta au portail un revêtement en pierre de taille, et l'on refit l'élégante lanterne du vieux clocher telle qu'elle était avant 1759. C'est depuis 1874 qu'elle est basilique mineure.
En général, les iniérieur d, 1, Buiiiqu,, artlstcs trouvcut
son portail un peu lourd ; mais on admire beaucoup la forme svelte de son vieux clocher, et ses deux lanternes superposées, légères, délicates, aériennes. L'intérieur est spacieux et ne manque pas de majesté. Il se divise en trois grandes nefs, séparées par d'énormes piliers carrés.
Au premier coup d'oeil, ces piliers étonnent, et l'on se demande comment on a pu leur donner de pareilles dimensions. Mais on comprend leur raison d'être dès qu'on se rappelle que la nef centrale était toute l'église primitive, et que les deux nefs latérales ne sont que des bas côtés construits subséquemment.
L'épaisseur des murs de l'église primitive, dans lesquels il a fallu pratiquer de grandes baies à cintre romain, a rendu inévi-
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table la lourdeur des piliers. Il fallait bien d'ailleurs leur conserver assez de force pour soutenir toute la maçonnerie de Tétage supérieur de la nef centrale, car les nefs de côté n'ont qu'un étage, mais la grande nef du milieu en a deux, avec des arcades suspendues aux murs entre les deux étages.
C'est l'élévation de cette nef qui fait sa beauté. La voûte blanche et dorée plane à une grande hauteur, pleine de lumière et de sérénité.
Un baldaquin doré un peu massif, mais bien découpé et sculpté, soutenu par des anges, forme un couronnement élégant au maître-autel, qui a la forme d'un palais à coupoles.
Plusieurs autres autels s'élèvent dans différentes parties de l'église. Celui de la nef de droite est dédié à la sainte Famille, et celui de gauche à sainte Anne. A la nef de gauche est attenante une chapelle du Sacré-Cœur, qui est un bijou. Son bel autel en marbre, son parquet brillant, ses fresques et ses décorations, sa belle statue qui domine l'autel dans une niche toute lumineuse, et son riche balustre en font un monument à part.
Deux autres chapelles touchent aux deux vestibules de l'église. L'une est consacrée à Notre-Dame de Pitié et l'autre à saint Joseph ; on est tenté de l'assimiler à la loge du concierge dans la maison de Dieu. Les femmes s'arrêtent à celle-ci pour demander à saint Joseph de bénir leurs familles, et les mères s'agenouillent devant l'autre pour pleurer sur leurs fils. Toutes deux sont ornées de peintures qui malheureusement manquent de lumière. Il y a dans la basilique des tableaux de grand prix appendus aux murs, et surtout un Van Dyck qui est un pur chefd'œuvre et qui représente Jésus sur la croix.
Elle est riche en reliques et en tombeaux, hélas ! Des inscriptions nombreuses énumèrent les reliques que renferme son trésor ; et d'autres font connaître les morts illustres qui dorment dans sa crypte.
Comme toutes les grandes églises, la basilique est une image d'un ciel peuplé de saints. Ce n'est pas le château solitaire d'un Dieu terrible, invisible et mystérieux; c'est le palais hospitalier d'un grand monarque, rempli de serviteurs fidèles et dévoués qui font toujours bon accueil à tous les visiteurs.
LES EGLISES 6i
Dès que vous en avez franchi le seuil, vous apercevez à droite le vrai gardien de la maison, saint Joseph, continuant le rôle effacé qu'il remplissait à Nazareth. Il est le grand silencieux, mais son bon regard semble vous dire : *' Soyez le bienvenu dans ma famille, et avancez sans crainte ; la Mère et T Enfant sont là prêts à vous recevoir.''
En effet, dans la nef latérale de droite vous apercevez, au-dessus de l'autel, la Sainte Famille, représentée dans une halte de voyage en Egypte. Voyageur vous-même dans le désert de la vie, arrêtez-vous à cette oasis, et mêlez-vous à ce pèlerinage des plus saints personnages que le monde ait connus.
Allez ensuite vous agenouiller dans la nef du centre, entre le Crucifix, de Van Dyck, et la Nativité, d'Annibal Carrache, et mesurez, si vous le pouvez, la distance et le contraste qui séparent le commencement et la fin de la vie humaine.
Puis, vous ferez connaissance avec les éminents personnages qui vous entourent, et qui sont prêts à soumettre vos suppliques au grand Roi, le maître de céans.
Vous avez laissé derrière vous deux thaumaturges merveilleux, gloires de la vie monastique : saint François d'Assise et saint Antoine de Padoue. A votre droite, brillent les deux gloires de la Compagnie de Jésus : saint Ignace et saint François Xavier. A gauche, deux pères de l'Eglise nous présentent leurs immortels ouvrages d'apologétique chrétienne : saint Ambroise et saint Augustin. En face, groupés auprès du maître-autel, saint Pierre, saint Paul, saint Joseph et saint Louis, roi de France ; plus haut, deux statues allégoriques de la foi et de la religion ; plus haut encore, la Reine de ce palais étendant son sceptre au-dessus des anges, pliant le genou devant elle ; et enfin dans les hauteurs de la voûte, in altissimis^ Jésus- Christ porté sur des nuées, venant juger le monde.
Tel est le personnel dont l'auguste souverain a composé sa cour, et je vous laisse le soin de faire la comparaison avec les courtisans et les princes qui entourent les plus brillants monarques de la terre.
Notre-Dame des Victoires
Lorsque, du haut de la terrasse, on cherche des yeux Tendroit où fut bâtie ^'TAbitation de Québec/' premier germe de la cité de Champlain, grain de sénevé de la Nouvelle-France, on voit émerger des magasins de la basse ville un humble clocher et une petite église, aux murs de laquelle s'adossent des boutiques.
C'est bien là, sur une pointe qui s'avançait dans le fleuve, que le fondateur de Québec érigea sa première demeure.
Mais il n'en est rien resté, et la chapelle de Champlain n'était pas à côté de ^'l'Abitation," mais à la haute ville, probablement à l'endroit où s'élève aujourd'hui le bureau de poste.
La petite église de la basse ville connue sous le nom de Notre-Dame des Viétoires est bien postérieure à Champlain, car elle date de 1688 ; mais on la croirait plus vieille que son âge, et si modeste qu'elle soit, elle est très originale et intéressante.
Elle renferme de vieux tableaux dont les auteurs sont inconnus : à droite une ^* descente de croix," et à gauche ** Jésus portant sa croix " et rencontrant son auguste Mère et sainte Véronique. Un badigeonneur quelconque les a nettoyés, retouchés, et gâtés, mais ils sont encore d'un réalisme saisissant.
Dans la chapelle dédiée à sainte Geneviève, deux toiles représentent la célèbre vierge de Nanterre, entourée des moutons de son père qu'elle gardait Mais dans l'un des deux tableaux elle file sa quenouille, et dans l'autre elle feuillette un livre dans une solitude, non loin de Paris, qu'on aperçoit dans un second plan.
L'autel est très curieux, et rappelle à la fois le caractère militaire de la ville et les viétoires de Notre-Dame. Il représente une citadelle formée de tours crénelées, reliées entre elles par des remparts également couronnés de créneaux, et percés de meurtrières. Quinze tours et tourelles groupées et superposées, font un ensemble harmonieux, et la tour centrale, qui domine les autres et qui porte la statue de Notre-Dame des Viétoires, s'appelle la tour de David, Turris Davidica.