DE LA RÉSIDENCE DE SA INT-JOSEPH
Le Cap-Rouge et Notre-Dame de Sainte-Foye
Sur toute cette route que parcourt le touriste lorsqu'il fait ce que l'on appelle le tour du Cap-Rouge, les souvenirs historiques abondent, et les livres de sir James LeMoine en sont remplis. Ce sont eux qu'il faut lire quand on veut connaître tout ce qui se rattache à l'histoire, le long des deux chemins Saint-Louis et Sainte-Foye.
Malheureusement, tous les renseignements qu'ils contiennent sont épars et un peu mêlés, et nous croyons que l'auteur devrait refondre, condenser et ranger avec plus d'ordre ses descriptions et ses récits, dans un seul volume sur les environs de Québec, et dans deux volumes sur notre ville historique.
Le Cap-Rouge rappelle les plus antiques souvenirs, puisque Jacques Cartier y bâtit un fort en 1541. Ils sont rares en Amérique les endroits qui peuvent évoquer un passé remontant à plus de trois siècles.
A ce charme d'antiquité, le Cap-Ronge joint toute la séduiftion d'un site enchanteur. C'est un promontoire très élevé, couronné
lotrE-Dame du Cllemiii. sur le chemiu Sainte.Foye. "Québec monumeutal," page 76.)
de grands bois, et baigné par la jolie rivière qui porte son nom et par le fleuve Saint-Laurent. Heureux les poètes qui, comme M. Fairchild, peuvent promener leurs poétiques rêveries sur ces hauteurs pittoresques !
Le Cap-Rouge, qui fut le Charlesbourg-Royal de Cartier en 1541, et le France-Roy de Roberval en 1542, faisait autrefois partie de la vieille paroisse de Sainte-Foye ; mais il forme aujourd'hui une paroisse séparée, et son joli village est bâti au pied du cap, à Tabri de toutes les tempêtes, blotti comme un oiseau aquatique fatigué sur la rive de sa paisible rivière.
La belle route des promeneurs fait ici un détour et vous ramène à Québec, non plus en suivant les sinuosités du grand fleuve, mais en côtoyant les hauteurs qui dominent toute la longue vallée Saint-Charles. Elle s'appelait jadis la route Saint-Michel, dite de Saint-Jean, et nous la nommons aujourd'hui le chemin Sainte-Foye.
M. Tabbé Scott, curé de Sainte-Foye, a publié tout récemment une notice intéressante sur sa paroisse, dans le Bulletin des recherches historiques ; et nous nous permettons de lui emprunter quelques renseignements.
Ce village s'est appelé d'abord Notre-Dame de Foy, et la première chapelle qui a porté ce nom fut bâtie, en 1669, pour la mission huronne de Sillery.
'* Voici," dit l'abbé, ^^à quelle occasion ce village prit le nom de Notre-Dame de Foy :
**Une statue miraculeuse avait été trouvée dans le tronc d'un chêne au bourg de Foy, près Dinant, en Belgique. Foy devint bientôt un lieu de pèlerinage renommé, où la sainte Vierge, sous le vocable de Notre-Dame de Foy, se plut à multiplier les prodiges. Foy-Notre-Dame, comme on écrit là-bas, est encore un sanctuaire très fréquenté.
**Du chêne où l'on avait trouvé la statue, et d'un autre où elle fut placée pendant quelque temps, on fit des statuettes semblables à la première et l'on en fit don à diverses cités.
*^Le Père de Véroncourt, S.J., en envoya une au Père Chaumont, en 1669," accompagnée des pièces établissant son authenticité.
ABENAQUIS (HALTE DANS LA FORET) — par Philippe Hébert. (Groupe ornant la façade du Palais législatif.)
"Dès qu'un jeune sauvage était capable de manier l'arc, il s'accoutumait à l'usage des armes, et : formait en grandissant sur l'exemple de ses pères."
Garneau, Histoire du Canada, i" vol., p. io8.
Cette statue a été prise en grande vénération par les sauvages, qui ont toujours eu, depuis leur conversion, une ardente dévotion envers la sainte Vierge, et, de concert avec les colons français, ils bâtirent une chapelle en bois, sous le vocable de Notre-Dame de Foy.
La statue, qui opéra des miracles, disparut quelques années après, emportée peut-être par les Hurons qui émigrèrent à Lorette en 1673. Mais M. de Prévost, curé de la paroisse de 17 14 à 1756, en sculpta une en bois de chêne, qui est très belle, sur le modèle de la madone perdue. Elle existe encore et occupe une place d'honneur dans l'église aéluelle de Sainte-Foye.
Cette église est de construdlion récente ; elle a été bénite en 1878, alors que l'ancienne a été démolie. Cette dernière avait été rebâtie après la conquête, en 1762; car l'église primitive, en pierre, bâtie en 1699, fut détruite par les Anglais en 1760, pour empêcher le chevalier de Lévis de prendre le matériel de guerre qu'ils y avaient entassé. (Garneau, vol. 2, p. 360.)
La jeune Lorette
Parmi les endroits historiques qui avoisinent Québec, il en est peu qui soient aussi fréquentés que Lorette par les touristes étrangers. Ce qui les attire surtout vers ce village, c'est qu'ils espèrent y retrouver ces types sauvages qui sont restés célèbres dans les histoires et les romans, et que leur imagination leur a représentés comme extraordinaires.
Naturellement, la réalité les désappointe un peu, beaucoup. Car les restes de la population huronne n'ont presque plus rien qui rappelle la physionomie des ancêtres. Chez quelques-uns, sans doute, certains traits du type facial primitif subsistent. Mais ils sont effacés chez le grand nombre, et leurs descendants ressemblent aujourd'hui, par le langage, le vêtement et les usages, aux deux races auxquelles ils ont été mêlés depuis plus de deux siècles.
Malgré cela, Lorette est très intéressant à visiter, et M. l'abbé Lindsay, aumônier des Ursulines, a commencé, dans la Revue
canadienne^ la publication d'une histoire de cette paroisse, qui promet d'être bien faite et volumineuse.
On se rappelle que c'est vers le milieu du XVIF siècle que les Hurons, vaincus par les Iroquois, se crurent condamnés à périr s'ils n'abandonnaient pas leur pays, et qu'ils se dispersèrent. C'est en 1650 qu'un certain nombre de familles de cette nation vinrent se mettre sous la protection des Français, aux environs de Québec.
Mais leurs habitudes nomades et d'autres circonstances, surtout les incursions des Iroquois qui les poursuivirent jusqu'ici, les empêchèrent pendant longtemps encore de se créer des établissements stables. C'est ainsi qu'ils habitèrent successivement Québec, l'île d'Orléans, Sillery, Notre-Dame de Foy, l'ancienne et la nouvelle Lorette.
Leur première chapelle, à l'ancienne Lorette, fut bâtie en 1674. Mais d'où leur est venu ce nom de Lorette? Uniquement de ce que leur chapelle était bâtie sur le plan de la Santa Casa de Lorette, en Italie. On connaît l'histoire de la Sainte Maison de Nazareth, dans laquelle la sainte Famille a vécu pendant trente ans, et qui fut transportée miraculeusement de Nazareth en Dalmatie, et de Dalmatie à Lorette, près d'Ancône ? Eh bien ! la première chapelle bâtie par les Hurons à Lorette était un fac-similé de la Sainte Maison. Même dessin, mêmes proportions, mêmes ouvertures, mêmes détails de construction, avec cette différence qu'elle était en brique, tandis que la Sainte Maison (que j'ai eu le bonheur de voir moi-même) est en pierre, mais en pierres qui ont la forme et la dimension des briques. Cette première chapelle n'existe plus.
La jeune Lorette n'a été établie par les Hurons qu'en 1699. Le site en est très pittoresque, et la rivière Saint-Charles, que les sauvages nommaient Cabir-Coubat, traverse le village, en sautant bruyamment de rochers en rochers.
L'église possède un fac-similé de la statue de là sainte Vierge que l'on vénère à Lorette, en Italie, et que l'on attribue à saint Luc. Elle a été envoyée, de Lorette même au Canada, par le Père Poucet.
L'autre vie
,ANS la promenade archéologique que nous avons faite, ce sont les choses mortes que nous avons étudiées et tenté de faire revivre. Ce sont les ruines des choses que nous avons interrogées et qui nous ont raconté l'histoire d'un passé qui n'est pas sans gloire.
s Mais, à toutes ces choses disparues ou
détruites, des générations humaines ont été mêlées, et comme elles, mais plus rapidement encore, elles se sont couchées dans la poussière des siècles, pour y dormir de ce sommeil mystérieux qu'on appelle la mort.
A côté de la ville des vivants, il y a donc la ville des morts, et il ne sera pas sans intérêt de la visiter. Elle est bien plus populeuse que l'autre, et, quand un homme a dépassé le milieu de la vie, il connaît plus de monde sous terre que dessus.
Mais, dans cette innombrable population qui habite la ville des morts, les multitudes sont oubliées, et elles tiennent si peu de place que nous aurons bientôt fait de visiter ceux dont la postérité se souvient.
Et n'allez pas croire que c'est une promenade lugubre et ténébreuse que nous allons faire. C'est dans la lumière que les morts habitent : Lux perpétua luceat eis, chante l'Eglise sur les tombeaux! Et remarquez bien ce mot, c'est la lumière "perpétuelle," la lumière sans nuages, sans déclin, sans crépuscule ! Le jour éternel, sans matin ni soir !
Les voyageurs qui se rendent dans le voisinage du cercle ar(5lique voient le soleil tourner sans cesse autour d'eux, et ils
n'ont plus ni soir ni matin. Voilà l'image de la lumière perpétuelle promise aux morts, et le soleil qui tourne sans cesse autour d'eux et les inonde de ses rayons n'est autre que Dieu !
La tombe est aussi le séjour du repos sans terme : requiem ceteruain, chante encore l'Eglise.
Voilà ce qui achève le contraste entre la ville des vivants et la ville des morts : ici le travail sans trêve, là le repos sans fin ; ici la nuit, là la lumière.
Sans doute, tout cela est bien mystérieux, et qui dit mystère dit obscurité. Mais n'oublions pas que Dieu s'est appelé luimême : le Commencement et la Fin ! Et voilà pourquoi tout commencement et toute fin échappent à l'entendement humain et à nos regards. Nous apercevons le milieu des choses, des temps, de l'espace. Mais le commencement? Mais la fin? Mystères. Et ces mystères ne se dévoilent à nos esprits que lorsque la fin de chacun de nous est arrivée !
Le problème de la vie se résout par une équation qui, comme toutes les équations, a pour dernier terme x, l'Inconnu. Mais cet Inconnu existe, il n'est pas le Néant, et si vous le retranchez le problème est insoluble !
Cet Inconnu est en même temps l'Invisible. Et cependant c'est le plus réel de tous les êtres, le seul immuable, l'Eternel ! Tous les corps qui tombent sous nos sens, les mondes innomblables et immenses qui nous entourent, ne sont que des fi3rmes passagères et changeantes de la matière, qui disparaîtront un jour, emportés dans un tourbillon mystérieux.
Mais ce que l'on désigne généralement aujourd'hui sous le nom "d'au delà" subsistera, et c'est là que commencera pour nous la vie future.
Quelle sera-t-elle ? — Elle sera ce que nous aurons voulu. Le dernier terme de l'équation dépend absolument des premiers
termes posés, comme la conclusion d'un syllogisme dépend des prémisses. Donc, si les premiers termes qu'il nous appartient de poser sont bons, notre vie future sera bonne et heureuse ! De sorte que l'inconnu, Vx, en ce qui nous concerne est en notre pouvoir.
Je livre à vos méditations ces pensées philosophiques et religieuses sur l'autre vie. Elles occuperont votre esprit pendant notre promenade au milieu des tombeaux.
Dans les cryptes
Les tombeaux deviennent souvent des églises, et toutes les églises deviennent, avec les années, des nécropoles plus ou moins remplies. Dans les vieilles villes d'Europe, il est des cryptes où les morts sont entassés les uns au-dessus des autres, et où les monuments funéraires font du temple un vrai musée de sculpture.
Dans nos églises, les mausolées sont rares ; mais un bon nombre de chrétiens y vont cependant dormir leur dernier sommeil, et c'est là que nous trouverons plusieurs de nos morts les plus illustres.
La crypte de la basilique est la plus ancienne du Canada.
Il convient d'y chercher les premiers pères de notre pays.
Est-ce là que repose le fondateur de Québec, le père de la Nouvelle- France ? La chose est possible, mais loin d'être certaine.
On a cru, pendant quelque temps, que Champlain avait été inhumé dans la chapelle qu'il avait bâtie à côté de son " Habitation ; " et c'est ce qui avait conduit MM. les abbés Casgrain et Laverdière à croire que les débris trouvés par eux dans les fouilles faites au pied de l'escalier de la petite rue Champlain, étaient les restes du tombeau de cet homme illustre.
Mais cette théorie paraît avoir été abandonnée pour, entre autres raisons, celle-ci :
que la chapelle bâtie à côté de "l'Habitation" par Champlain, avait été détruite par le feu, pendant que les Kertk étaient en possession de Québec, et que Champlain ne paraît pas l'avoir rebâtie.
M. le doéleur Dionne, dans ses Etudes historiques, soutient que Champlain fut enterré dans une chapelle qu'on appela subséquemment "chapelle Champlain," et qui était située quelque part sur le versant de la montagne
OÙ sont aujourd'hui bâtis le bureau de poste et le pâté de maisons qui lui fait face, qu'elle fut incendiée en 1640, en même temps que Notre-Dame de la Recouvrance, puis rebâtie par M.
de Montmagny; qu'elle fut plus tard abandonnée, puis démolie, et que l'on dut transporter dans la crypte de la cathédrale les restes du fondateur de Québec.
Les raisons données par l'éminent historien, pour la localisation du tombeau, me semblent convaincantes. Mais la translation des restes me paraît beaucoup plus problématique. Il ne peut guère invoquer que des raisons de convenance ; et il y a une grave objection : c'est qu'il y avait des registres à Québec dès avant l'incendie de 1640, et que les registres de Notre-Dame, postérieurs à la construétion de cette église, auraient fait mention de cet important événement, s'il avait eu lieu.
Projet tiu monument Ctaampli (V.
par Philippe lléiiert.
Certes, il serait bien consolant de penser que le fondateur de Québec repose dans cette vénérable basilique, si pleine de souvenirs, et dans laquelle dorment d'autres gouverneurs et plusieurs hommes illustres.
Mais ce problème historique si intéressant n'est pas encore résolu : adhuc sub jtuiice lis est. Et tout ce qui est absolument certain, c'est que le grand homme repose dans le sol de notre ville, qui est sa ville et son vrai monument, puisque tout le monde l'appelle la cité de Champlain.
Un autre gouverneur dont le tombeau serait aujourd'hui assez difficile à trouver, est M. de Mésy. Il fut enterré, selon son désir, dans le cimetière des pauvres de l'Hôtel-Dieu, en mai 1665. Mais ce cimetière n'existe plus ; la rue Charlevoix et les maisons qui kl bordent en occupent l'emplacement Lors de cette transformation, des exhumations ont été faites, mais on n'y a pas retrouvé les restes de M. de Mésy; et l'on croit que son tombeau est quelque part sous la rue Charlevoix, ou sous la maison du docteur Rousseau, au coin de la rue Collins.
Nous avons déjà dit que quatre des premiers gouverneurs de la Nouvelle-France avaient d'abord été inhumés dans la crypte de l'église des Récollets, et qu'après l'incendie de cette église, en 1796, leurs corps avaient été exhumés et transportés dans la crypte de notre vieille basilique.
, Mais, jusqu'à ces dernières années, rien n'y indiquait la présence de ces précieuses dépouilles. C'était une lacune regrettable. Car, si la vie de l'homme est courte, sa mémoire est plus courte encore, et le marbre garde mieux qu'elle les grands souvenirs. Les monuments funéraires sont des archives de pierre qui racontent l'histoire des nations, et qui en fixent les dates mémorables d'une manière permanente. Ils sont les bornes niilliaires qui indiquent les distances parcourues.
Voilà ce que M. l'abbé Faguy, curé de Notre-Dame, a compris, et en 189 1 il a fait ériger et fixer sur les murs de son église, des tablettes de marbre où le visiteur peut lire les noms des gouverneurs, des évêques, des religieux et des curés qui reposent dans ce vénéré sanétuaire.
La première, à gauche en entrant, est consacrée aux gouverneurs, et se lit comme suit :
A LA MÉMOIRE