‹ Québec et Lévis à l'aurore du XXe siècleChapitre 24 sur 35 · I. L'abbé Lionel Lindsay · texte numérisé non relu

I. L'abbé Lionel Lindsay

"Ce modeste sanâ:uaire," dit l'érudit aumônier des Ursulines de Québec dans une brochure toute récente sur les Origines de la dévotion au Sacré-Cœur de yésus au Canada, "rappelle les cryptes et les catacombes de l'Eglise primitive. N'est-il pas en effet le plus ancien temple de la Nouvelle-France, postérieur seulement à la chapelle de Notre-Dame de la Recouvrancr, depuis longtemps disparue? On y peut voir comme en raccourci toute l'histoire des origines de la foi au Canada.

tnoiinstère des l'rsiilines.

"Comme l'indique une des inscriptions placées de chaque côté de l'autel, le vénérable François de Laval et les martyrs jésuites, les de Brébeuf et les Lalemant, y ont célébré les saints mystères. Là aussi se sont fortifiées dans la prière et la communion ces femmes vaillantes qui s'appelaient Marie de l'Incarnation, Mère Saint-Joseph, Mère Saint-Athanase, les autres pieuses fondatrices, avec M"' de la Peltrie et la phalange de leurs héroïques compagnes et de celles qui ont si dignement continué leur œuvre. Là encore se sont préparées pour leur noble mission dans le monde les Angélique de Verchères, et tant d'autres illustres Canadiennes destinées à tenir haut l'étendard de la foi

et de la vertu. C'est dans cette modeste chapelle que Marie- Marguerite Dufrost de la Jemmerais, qui devait s'appeler plus tard la vénérable Sœur d'Youville, eut le bonheur de recevoir Jésus pour la première fois dans le sacrement de son amour. Elle y puisa sa dévotion du Sacré-Cœur de Jésus, dont elle devait être un jour la fervente zélatrice, comme le rapportent ses biographes. Le nom significatif de Marguerite-Marie qu'elle portait en commun avec la voyante de Paray-le-Monial, semblait la destiner au culte de ce cœur adorable.^'

M*^' de Saint- Vallier y vint aussi dire la messe et prier. On conserve encore, au monastère, un vieux missel et des vases sacrés, en argent massif artistemefit ciselé, dont on se servait à cette époque reculée.

La chapelle adluelle, qui fait saillie sur la rue Donnacona, remonte à 1724. Mais la chapelle primitive existe toujours sous le nom d'Oratoire du Sacré-Cœur. C'est une relique archéologique des plus précieuses, imprégnée des souvenirs les plus touchants.

Quoique moins ancienne, la chapelle aéluelle n'est pas moins intéressante, ni moins riche en souvenirs du passé ; et à part les sculptures en bois et les ors, qui sont d'un âge où Ton travaillait pour des siècles, on y peut admirer une colledlion de peintures dont plusieurs sont des chefs-d'œuvre.

Je ne connais pas, en Canada, un seul tableau qui soit supérieur à celui de Philippe de Champagne : Jésus chez Simon le P/iarisien. Il est immense, et couvre presque tout le mur intérieur du portail, et quand vous le regardez du chœur, en pleine lumière, il vous empoigne et vous ravit.

C'est une scène idéale. Quatre personnages y sont particulièrement vus en relief A gauche, le Christ, ayant l'attitude et le geste d'un orateur incomparable qui parle du ciel. A ses pieds, Madeleine, les baignant de parfums et de larmes, et les essuyant de ses cheveux, sans oser lever les yeux vers Lui. A droite, Simon, drapé dans tout l'orgueil du pharisien, s'étonnant de l'accueil fait à cette femme par Jésus, et la lui montrant d'un geste qui veut dire: '^Si vous étiez prophète, vous sauriez qu'elle

est une misérable pécheresse ! '' A gauche de Jésus, Jean, jeune et beau comme une jeune fille, ravi, extasié, s'inclinant vers le cœur de Jésus, comme pour y poser sa tête. Et tout cela est plein de mouvement, et d^un coloris irréprochable, avec des effets de perspeélive qui détachent chaque convive de la foule.

D'autres toiles sont aussi bien belles; surtout le Rachat des captifs de Claude-Gui Halle, la Parabole des vierges de Pietro da Cortona, et la Nativité de Lebrun.

Il y a aussi, dans la chapelle des Ursulines, des tombeaux d'un intérêt puissant, dont nous parlerons plus loin.

En dehors de cette partie du Québec archéologique que j'ai décrit dans ce qui précède, et que j'ai appelé notre Acropole, les vestiges et surtout les souvenirs du passé ne manquent pas. Il en surgit du sol un peu partout, et dans les environs de Québec ils surabondent.

Mais il faudrait tout un volume pour en • faire une étude complète, et je ne puis pas entreprendre ce travail.

Mon intention est de ne faire ici qu'une course rapide à travers Québec et aux alentours, et de noter seulement en passant les lieux et les choses qui ont un intérêt historique un peu ancien.

Nous ne prétendons décrire ni raconter rien de neuf, rien qui ne se trouve dans nos historiens, dans nos annalistes et dans les compilateurs de nos vieilles archives. Nous n'avons découvert, ni même cherché aucune pièce nouvelle, et nous n'avons pas eu le loisir de remonter aux sources pour élucider les points obscurs.

Nous puiserons tous nos renseignements dans les ouvrages déjà publiés, et nous mettrons surtout à contribution les œuvres

de notre ami sir James LeMoine, qui a tant écrit sur notre vieux Québec et qui a pour ainsi dire consacré toute sa vie à le faire connaître.

La première chose qui attire l'attention du touriste, ce sont les noms des rues, dont un grand nombre se rattachent à des personnages historiques qui furent plus ou moins étroitement liés à notre histoire.

La rue Saint-Louis, par exemple, fut ainsi nommée pour

rappeler Louis XIII, qui eut le mérite de se faire rétrocéder par l'Angleterre cette colonie naissante de la Nouvelle-France, dont les Kertk s'étaient emparés, et de confier de nouveau le gouvernement de Québec à Champlain.

Louis XIII a été souvent désigné comme un prince faible et incapable ; mais n'oublions pas qu'il fut aussi surnommé le Juste, et que ce sont peut-être ses sentiments religieux qui l'ont fait déclarer faible par quelques historiens. En tout cas, il avait un

ministre qui se nommait Richelieu, et il fut assez intelligent pour comprendre tout le génie de cet homme, et pour le laisser à peu près libre de gouverner la France à sa guise.

On sait que la reine Anne d'Autriche, sa femme, était aussi très remarquable, et qu'elle s'intéressait beaucoup à l'établissement de la Nouvelle-France. C'est pourquoi la rue voisine, et parallèle à la rue Saint-Louis, s'appelle Sainte-Anne. Deux autres rues voisines se nomment Richelieu et d'Aiguillon : la première rappelle le grand ministre de Louis XIU, et la seconde sa nièce, qui fut bien longtemps dame d'honneur à la cour de Louis XIII, et qui a fondé, comme l'on sait, l'Hôtel-Dieu de Québec.

La rue Buade rappelle le noble comte qui a été deux fois gouverneur du Canada, et qui est si bien connu dans le peuple sous son titre de Frontenac.

Je ne mentionne ici que celles qui me viennent présentement à l'esprit, mais il en est bien d'autres qui furent nommées d'après des hommes célèbres de France, du Canada et de l'Angleterre, et dont l'histoire serait très intéressante.

Quand la rue Saint-Louis a-t-elle été baptisée de ce nom? Nous ne le savons pas exaélement. Dans un vieux tableau, qui

Rue Sous-le-Cap.

représente le premier couvent des Ursulines, se trouve tracé, au milieu d'un bois qui devait être la forêt primitive, un chemin plus ou moins achevé, qui s'appelait la Grande- Allée ; au nord est dessiné un sentier au milieu des grands arbres, et qu'on appelait le ** petit chemin." Il conduisait de ce qui s'appelle aujourd'hui la rue des Jardins, à la porte du couvent primitif, et, au coin de ce petit chemin et de la rue des Jardins, s'élevait une petite maison qu'habitait M*"' de la Peltrie.

Le nom de Saint-Louis, donné dès l'origine au fort et au vieux château, s'est-il étendu à la rue qui y conduisait en venant de l'ouest? Ou bien, est-ce M. Louis d'Ailleboust qui aurait donné son nom à cette partie de la Grande-Allée qui est située en dedans des murs? Nous n'en savons rien.

Quoi qu'il en soit, la rue Saint-Louis et la Grande-Allée sont les plus intéressantes de Québec par leurs souvenirs historiques, et nous allons les parcourir rapidement.

Le promeneur qui, en 1792, sortait du château Saint-Louis, voyait souvent un régiment des soldats de Sa Majesté qui faisait l'exercice sur la place d'Armes. C'était le f fusiliers, alors en garnison à Québec, et qui était commandé par un colonel de belle prestance, chevalier de l'ordre de la Jarretière, et quatrième fils de George III, roi d'Angleterre. Il se nommait le duc de Kent, père de notre auguste souveraine la reine Vidloria. C'est son nom qui fut porté jusqu'à ces dernières années par cette large construdlion placée au coin nord-est des rues Haldimand et Saint- Louis. Elle est aujourd'hui occupée par plusieurs bureaux d'avo-. cats et par une résidence privée ; mais elle a été très longtemps connue sous le nom de Kent House.

A-t-elle jamais été habitée par le prince lui-même? Je ne le crois pas ; car Son Altesse royale, qui aimait beaucoup la campagne, avait pris un appartement près de la chute Montmorency, dans une maison nommée Haldimand House. Mais, si le prince n'habita pas Kent House, il en était un des habitués, et il y donnait souvent des dîners à ses amis, parmi lesquels se trouvaient les Haie, les Caldwell, les deux Salaberry et le dernier des Pères Récollets, Félix de Berey.

QUEBEC ARCHEOLOGIQUE

Il est peu d'histoires plus mouvementées, et plus remplies de péripéties, que celle du duc de Kent. Né au palais de Buckingham à Londres, il fut envoyé dans le Hanovre, à l'âge de dix-huit ans, pour y faire son éducation militaire. Plus tard, on le plaça à Genève, où il fit un court séjour. Il fut dirigé ensuite sur Gibraltar, où il ne demeura que quelques mois, mais où il reçut

le titre de colonel du

7' régiment des fusiliers royaux. De Gibraltar il vint à Québec, à la tête de son régiment, en 1791, et il y passa trois ans.

Est-ce ici ou ailleurs qu'il rencontra M"" de Saint-Laurent, qui a occupé une si grande place dans sa vie, et qui a nui peut-être à son avenir? Y eut-il entre eux un véritable mariage morganatique, comme le dit sir James LeMoineî Nos historiens ne contiennent là-dessus aucun renseignement certain ; mais il n'est pas douteux que pendant le séjour du prince à Québec, M°" de Saint-Laurent faisait les '" " """" '"'" " "'

honneurs de sa maison, qu'il la traitait et qu'elle était traitée par le public comme sa femme. Le 2 juillet 1792, il fut parrain d'un fils de Louis de Salaberry, seigneur de Beauport, et M"' de Saint-Laurent en fut la marraine. Le registre de Beauport contient ses noms et prénoms : Alphonsine-Thérèse-Bernardine-Julie de Mongenet de Saint-Laurent, baronne de Fortisson. Elle était donc veuve d'un M. de Fortisson, qui paraît avoir été colonel

dans Farmée française. En 1794, le 7*" fusiliers et son royal commandant furent envoyés aux Indes occidentales. Le duc s'y distingua comme militaire. Il en revint, en 1795, pour être lieutenant-général et commandant des forces à Halifax. Sa correspondance prouve que M""" de Saint-Laurent Ty avait suivi. Là encore son goût pour la vie rurale se manifesta, et il se bâtit lui-même une jolie résidence au bord de Bedford Basin^ qui forme aujourd'hui une partie du port d'Halifax. Le juge Haliburton, qui visita l'endroit, constate avec mélancolie que cette maison princière tombait en ruines de son temps, et elle a dû disparaître complètement depuis.

En 1797, le duc fut rappelé en Angleterre, et l'année suivante il fut renvoyé à Halifax comme commandant en chef des forces anglaises dans l'Amérique du Nord. Il retourna en Angleterre en 1799, pour cause de santé, et il fut nommé en 1800 gouverneur de Gibraltar, à son grand déplaisir. Rappelé en Angleterre en 1803, il n'y fut pas traité par le gouvernement et par sa famille comme il avait droit de l'être. Il avait laissé un peu partout des dettes qu'il ne pouvait pas payer, et l'allocation que le gouvernement lui accordait était moindre que celle payée à ses frères, plus jeunes que lui. En 1804, il fut promu au grade de maréchal de camp, et dans les années qui suivirent, jusqu'en 181 5, il vécut au palais de Kensington, et fit, pour améliorer sa position, des efforts qui restèrent bien longtemps infructueux. Il était cependant très estimé et même populaire. Sa correspondance montre que M""" de Saint-Laurent continuait de vivre avec lui.

En 181 5, il abandonna Londres pour aller vivre à Bruxelles, et c'est là que fut négocié, en 1818, son mariage avec la sœur du prince Léopold de Belgique. Cette union fut approuvée par l'Angleterre ; et c'est ainsi que la princesse Mary-Louisa-Viéloria, veuve du prince de Leiningen, devint la duchesse de Kent et la mère de notre reine.

Que devint alors M"'"" de Saint-Laurent ? Nous ne connaissons là-dessus aucun détail, si ce n'est qu'elle entra dans un couvent.

Cette histoire est un peu longue, peut-être, mais nous a semblé intéressante. Le duc de Kent était certainement un homme remar-

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quable, un militaire distingué, et un noble cœur, très sensible et très dévoué à ses amis. C'était aussi un esprit élevé et cultivé.

Mais il était ce qu'on appelle un homme malheureux, et le guignon paraît l'avoir poursuivi toute sa vie. Pour n'en citer qu'un exemple, il suffira de raconter que, dans l'espace de cinq années, il a commandé en Angleterre, chez son tailleur, sept uniformes, qui ont tous été perdus : le premier avait été mis à

bord de V Antilope, qui fut i a-gg ^^^-

capturé par les Français, ^^/v^^ |^^ 7'

et le dernier, à bord de \lt>^

VAmelia, qui fit naufrage Jt-\^

sur l'île de Sable ; les

autres ont eu d'autres

mésaventures et ont été

perdus. Le tout lui avait

coûté plus de dix mille

livres sterling.

On dira peut-être qu'il fut heureux en amour; mais ses amours eux-mêmes nous semblent avoir nui considérablement à sa fortune, et lui ont, sans doute, occasionné bien des misères.

On sait qu'il mourut, dans toute la vigueur de l'âge, à la suite d'un refroidissement pris dans une promenade, un jour de pluie.

La correspondance du duc de Kent avec la famille de Salaberry est des plus intéressantes, et elle porte la marque d'un esprit distingué et d'une culture littéraire remarquable.

A deux pas de Kent House, du côté opposé de la rue Saint- Louis, est l'antique maison actuellement occupée par le perruquier Williams, dans laquelle Montcalm avait établi ses quartiers généraux. Un peu plus loin, à gauche, vous remarquerez la

Porte Prescott, vue (îes deux côtés.

maison de M. Gampbell, qui tient des écuries de louage. C'est là, croit-on, que s'élevait la maison du do6leur Arnoux, où Montcalm, blessé, fut transporté, le 13 septembre 1759, et où il mourut. La question n'est pas, cependant, définitivement tranchée de savoir où était exactement cette maison du do6leur Arnoux, et quelques-uns soutiennent qu'elle se trouvait au coin de la rue Sainte-Ursule, sur l'emplacement de l'ancien hôtel de ville ; mais sir James LeMoine, qui, dans VAlbmn du Touriste^ indiquait comme site l'ancien hôtel de ville, a écrit depuis, dans ses Maple Leavesdit 1894, que la maison du doéleur Arnoux était en face de la rue du Parloir, sur l'emplacement Campbell, et nous croyons qu'il a raison.

Une autre question débattue est de savoir si Montcalm mourut chez le do6leur Arnoux, ou bien au château Saint-Louis. Garneau, l'histoire des Ursulines, et le doéleur Dionne racontent qu'il mourut au château Saint-Louis ; et ce dernier croit qu'il a été transporté chez le do6leur Arnoux d'abord, et plus tard au château Saint-Louis où il serait mort. Mais M. l'abbé Casgrain, M. Ernest Gagnon, et sir James LeMoine sont d'avis que Montcalm mourut chez Arnoux. L'opinion contraire ne me paraît reposer sur aucun fondement solide ; et il ne me semble pas vraisemblable que Montcalm se soit fait transporter au château Saint-Louis, vu les rapports peu amicaux qui existaient entre le marquis de Vaudreuil et lui, et vu que M. de Vaudreuil était ce jour là absent du château. Montcalm avait son appartement sur les remparts, et s'il avait jugé à propos de ne pas rester chez le do6leur Arnoux, pendant les quelques heures qui lui restaient à vivre, il se serait fait transporter à sa propre résidence.

Il me paraît donc certain que le vaillant général mourut dans l'antique maison basse au toit pointu qui existait encore il y a quelques années, en face de la rue du Parloir; c'est là que le jeune doéleur Arnoux, après avoir examiné les blessures du général, lui dit franchement : ^' La blessure est mortelle et vous n'en avez pas pour vingt-quatre heures à vivre." Et le général répliqua : ^' Tant mieux, je ne verrai pas les Anglais dans Québec ! " C'est là que M*' de Pontbriand vint le confesser et lui administrer les

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derniers sacrements. C'était le 13 septembre; le lendemain à Taube du jour il expira; et le soir même il fut transporté et inhumé dans la chapelle des Ursulines. 11 n'était âgé que de quarantesept ans. 11 cous semble intéressant de reproduire ici l'extrait des registres de la chapelle des Ursulines constatant sa sépulture :

L'an 1759, le 14*"" du mois de septembre, a été inhumé dans l'église des Religieuses Ursulines de Québec, haut et puissant seigneur Louis-Joseph Marquis de Montcalm, Lieutenant Général des armées du Roy, Commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, Commandant en chef des troupes de terre en l'Amérique Septentrionale, décédé le même jour de ses blessures au combat de la veille, muni des sacrements qu'il a reçus avec, beaucoup de piété et de religion. Etaient présents à son inhumation Messieurs Resche, Cugnet et Collet, chanoines de la Cathédrale, M, de Ramezay, Commandant de la place, et tout le corps des officiers.

(Signé) Resche, Ptre,

chanoine.

(Signé) Collet,

chanoine.

Eglise de Beauport.

Du côté opposé de la rue Saint-Louis, au coin de la rue du Parloir, vécut longtemps l'abbé Vignal, qui fut le confesseur et Taumônier des Ursulines pendant dix ans, et qui, en 1661, fut pris par les Iroquois, à la prairie de la Madeleine, près de Montréal, rôti vivant, et mangé par ces barbares.

Faites encore quelques pas en remontant la rue Saint-Louis, et regardez cette grande maison en pierre brune, à deux étages. Ce sont les quartiers généraux des officiers. Il est généralement reconnu que la belle Angélique des Meloizes, qui devint M"' de Péan, vivait en cet endroit. M. William Kirby, dans son roman, le Chien d'or, décrit ainsi cette maison :

" La maison des des Meloizes s'élevait sur la rue Saint- Louis. Elle était grande et d'une apparence prétentieuse. Elle existe encore; mais elle est vieille et triste maintenant. Elle porte le deuil de sa splendeur perdue. Aujourd'hui, le passant ne lève plus les yeux pour admirer sa large façade. Il en était bien autrement autrefois, alors que dans les beaux soirs d'été, la ravissante Angélique et ses amies se mettaient aux fenêtres pour échanger des saluts et des sourires avec les jeunes officiers de la garnison."

M. Kirby semble croire que la maison aéluelle est absolument la même qui existait dans les dernières années de la domination française ; mais cette maison fut incendiée en 1796. Elle fut cependant rebâtie au même endroit, et il est très possible qu'une grande p irtie des murs soient les mêmes. On sait que M"" de Péan passait pour être la maîtresse de l'intendant Bigot, qu'elle tenait un salon très fréquenté par plusieurs gentilshommes et militaires de son temps.

On sait aussi que de Péan, complice des brigandages de l'intendant Bigot, fut enveloppé dans la même condamnation après la conquête, et voué au mépris public.

Il y a quelques années, toujours dans la rue Saint-Louis, près de la rue Sainte-Ursule, se trouvait une petite maison très basse, dans laquelle avait été déposé le corps de Montgomery,

Intérieur de l'église de Beauport.

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tué le 31 décembre 1775, à Près-de-ville. Une inscription, sur la façade, mentionnait ce fait aux passants; et les touristes américains ne manquaient jamais de s'y arrêter, pour vénérer le souvenir de Vun de leurs plus brillants et plus malheureux généraux. Cette antiquité a disparu, et une maison en pierre, toute neuve, l'a remplacée. Mais M. Baillairgé, son propriétaire, a fait reproduire l'inscription sur une plaque de zinc, à la façade de la maison nouvelle.

Il est un autre endroit plus intéressant pour le touriste américain. S'il tourne à gauche, en arrivant à la porte Saint- Louis, et fait quelques pas dans le chemin qui conduit à la citadelle, il apercevra sur le mur à droite une plaque de marbre et une inscription qui captiveront son attention, car elles lui apprendront qu'en cet endroit reposent treize de leurs compatriotes, tués avec Montgomery, le 31 décembre 1775. Leur général lui-même reposa au même endroit pendant quarantetrois ai)s; mais en 1818, l'État de Ne^'-York obtint du gouvernement du Canada la permission de transporter ses restes, et ils ont alors été déposés dans un tombeau digne de lui, en l'église de Saint-Paul, à New- York.

A notre grand regret, il nous faut couper court à cette promenade archéologique qui nous retiendrait trop longtemps.

Sortons des murs, laissons derrière nous la ville aux grands souvenirs, et parcourons à vol d'oiseau les environs de Québec qui nous offriront le plus d'intérêt historique. Arrêtons-nous d'abord à Speitccf lï^ood.

Asile de Beauport.

La province de Québec peut se vanter de loger princièrement ses lieutenants-gouverneurs, si on tient compte des alentours et surtout du site incomparable de leur résidence officielle. Le parc au milieu duquel elle est bâtie, la longue avenue qui y conduit au milieu d'une véritable forêt, les parterres et les jardins qui r entourent et qui se prolongent jusqu'à la haute falaise qui domine le Saint-Laurent, les vastes horizons qui s'ouvrent devant le regard, du côté de Test, et qui embrassent à la fois le fleuve dans toute sa largeur et les pittoresques promontoires de Québec et de Lévis, en font un séjour d'une idéale beauté que bien des princes envieraient.

La maison elle-même est sans prétention architecturale. C'est un vaste corps de logis, à deux étages, flanqué d'une belle serre, avec portique en arrière et large véranda en avant, dont le toit est soutenu par une rangée de colonnes.

Mais les chênes séculaires, et les massifs de fleurs, et les allées ombreuses, et les prés émaillés, et le ravin profond qui sépare la propriété de Wolfe's Field, et la falaise escarpée, et les perspectives infinies ouvrant au milieu des gazons verts leurs horizons lointains, tout me paraît admirable et vraiment digne d'un château vice-royal.

Or, voici que M. Ernest Gagnon, qui est un découvreur de vieilles archives, vient de démontrer que Spencer Wood est vraiment un château, régulièrement érigé en fief de dignité depuis 1657, sous le nom de Châtellenie de Coulonge, en faveur de Louis d'Ailleboust, le troisième gouverneur du Canada.

Son étude sur ce sujet est Tappendice ^^A" du rapport du commissaire des Travaux publics pour cette année igoo] et on y peut lire les pièces authentiques qui font connaître l'origine, les mutations et toute l'histoire très intéressante de ce château, depuis 1649 jusqu'à nos jours.

M. et M"* d'Ailleboust ont habité la terre de Coulonge (nom primitif) pendant plusieurs années; et, après la mort de l'ex-gouverneur, la propriété passa à sa veuve, l'intéressante et vertueuse Barbe de Boulongne. Elle n'y demeura que peu de temps, parce que son rêve était de passer le reste de sa vie dans

une communauté religieuse. Vainement M. de Courcelles, gouverneur du Canada, et l'intendant Talon, charmés de sa beauté, de son esprit et de ses vertus, la sollicitèrent en mariage ; elle refusa leurs offres, et entra aux Ursulines comme novice. Mais, après quelques mois, elle ne se reconnut pas la vocation requise pour cette institution, et elle se retira à T Hôtel-Dieu, où elle passa le reste de ses jours. On sait qu'elle légua tous ses biens à cette communauté.

Après elle, ce fut le séminaire de Québec qui acquit la terre de Coulonge. Le fief fut démembré et concédé par fractions. Après une série de mutations, la partie qui formait le domaine seigneurial fut nommée Spencer Wood, en T honneur de l'honorable Spencer Perceval, alors premier ministre de la Grande- Bretagne, et parent et protecteur de Michael-Henry Perceval, qui en était devenu acquéreur.

Les héritiers Perceval vendirent la propriété à Henry Atkinson, négociant de Québec, lequel en céda la plus grande partie au gouvernement de Tancienne province du Canada, en 1852 et 1854.

La province de Québec Ta enfin acquise en 1870, et y loge depuis lors nos lieutenants-gouverneurs.

Plusieurs de nos anciens gouverneurs anglais ont habité Spencer Wood, entre autres, lord Elgin, sir Edmund Head, lord Monck, lord Lisgar et lord Dufferin.

'^ Puis, la France semble être revenue,'' dit M. Ernest Gagnon ; ou plutôt ce sont des fils d'une autre branche de la famille normande, tous nés dans la province de Québec, qui viennent représenter, au château, la couronne d'Angleterre.

^^ Et que . d'hôtes illustres, que d'hommes politiques à jamais disparus de la scène du parlement et du monde, ont reçu l'hospitalité de la demeure vice-roj^ale et y ont discuté les destinées de notre pays !

^' C'est à quelques pas à l'est de 'la cascade du ruisseau Saint-Denis, qui est la borne nord-nord-est de la châtellenie de Coulonge, que les soldats de Wolfe escaladèrent la falaise du Saint-Laurent, pour venir se ranger en bataille sur les hauteurs d'Abraham, au matin du 13 septembre 1759. C'est à peu de

distance vers Touest, que le Frère Liégeois, dont les restes reposent dans la chapelle du monastère des Ursulines, fut massacré par les Iroquois, le 29 mai 1655, et c'est sur la rive de Sillery, voisine de Coulonge, qu'expira, dans la nuit du 11 au 12 mai 1646, le Père Ennemond Massé, le compagnon de Jean de Brébeuf.

^^ L'histoire, la légende, l'anecdote familière aux érudits, surgissent à chaque pas dans ce domaine de Spencer Wood."

Tout le monde sait que la propriété voisine est Spencer Grange, résidence de sir James LeMoine, et que la suivante s'appelait autrefois Samos.

D'où pouvait lui venir ce nom antique d'une des îles célèbres de la mer Egée? Il lui venait de M*^' Dosquet qui, avant d'être évêque titulaire de Québec, était évêque de Samos /// partibits infidelium, et qui y avait bâti une villa dans un site ravissant. Quand il quitta le Canada, en 1732, ce prélat la céda au séminaire de Québec, qui la vendit au célèbre juge Mabane. Celui-ci l'agrandit et l'orna de deux tourelles qui lui donnèrent l'aspeél d'un château.

Plusieurs autres personnages importants l'ont habitée depuis, sous le nom de Woodfield, notamment l'évêque anglican Mountain et feu l'honorable M. Sheppard.

Mais hâtons-nous vers un lieu plus intéressant encore et non moins pittoresque.

Sillery, voilà un endroit que l'on ne fréquente guère, que la plupart des touristes ignorent, et qui est cependant le plus joli à voir et le plus intéressant à visiter au point de vue archéologique. La rive du fleuve est accidentée, formée de hautes falaises et de promontoires boisés. Jadis pleine de mouvement et de bruit, elle est aujourd'hui solitaire, silencieuse, et invite à la rêverie.

Quelques ruines, un monument et une foule de souvenirs historiques complètent le charme et l'attraélion de ce pittoresque rivage.

Son nom rappelle tout d'abord l'histoire d'un très célèbre personnage, aussi pleine de péripéties qu'une légende dramatique ou un roman.

OUÉBEC ARCHÉOLOGIQUE

Noël Brulart de Sillery était le plus jeune fils d'un illustre magistrat, conseiller d'Etat du roi Henri IV. Après des études brillantes à Paris, il entra à dix-huit ans dans Tordre de : Malte, et il y devint commandeur.

En 1607, la reine Marie de Médicis le prit sous sa protection et le nomma chevalier d'honneur. Il fut ambassadeur de France en Espafçne, et puis à Rome. Sa fortune était considérable, et il vivait avec un luxe invraisemblable.

Mais Rome est à la fois l'écueil où les orgueils et les vanités se brisent, et le creuset où les âmes d'élite se purifient. Le brillant ambassadeur y comprit la vanité des grandeurs et des joies humaines, et après quelques années il entra dans les ordres sacrés. En 1632, il vendit au cardinal de Richelieu son hôtel princier de Paris, et il résolut de consacrer ses brillantes facultés, son zèle et sa fortune à la propagation de la foi parmi les tribus sauvages du Canada.

C'est dans ce but, par son initiative et son argent, que la mission de Sillery fut fondée par les jésuites, en 1637.

Elle se composait de Montagnais et d'Algonquins, et une chapelle y fut bâtie, dédiée à saint Michel, laquelle fut peu après remplacée par une église.

Un fort y avait été élevé pour se protéger contre les incursions des Iroquois, et tout auprès on avait construit une résidence

MAISONNEUVE — par Philippe Hébert.

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JEANNE MANXE — par PliLlippè Hébert.

pour les missionnaires et des maisons pour les néophytes. Les hospitalières y vinrent établir un hôpital, en 1640, pour obéir aux appels des sauvages et des missionnaires.

M. Pierre Puiseaux, dont Thistoire est malheureusement peu connue, vint aussi se fixer au même endroit en 1639, ^t s'y bâtir un manoir que Ton considérait alors comme un monument. Pendant Thiver de 1641-1642, il y donna Thospitalité à M. de Maisonneuve, M"' Mance et M"' de la Peltrie.

L'abbé Ferland, sir James LeMoine, M. Chauveau, Tabbé Casgrain, et presque tous nos historiens ont consacré quelques pages intéressantes à ce joli coin de terre que Ton nomme Sillery, et qui garde encore de si précieux et si antiques vestiges archéologiques. Car on y retrouve encore le manoir Puiseaux, la maison des missionnaires et quelques ruines de l'église Saint-Michel.

C'était un endroit ravissant comme site, mais son isolement de Québec en faisait un séjour peu sûr à cette époque où le pays était souvent ravagé par les bandes indiennes ; et les hospitalières crurent prudent de revenir à Québec, après y avoir passé quatre ans.

Leurs pressentiments ne les avaient pas trompées. Car c'est quelques mois après que le Frère Liégeois fut massacré près de là, et que le Père Poncet fut fait prisonnier.

En 1870, les abbés Laverdière et Casgrain ont fait exécuter des fouilles à Sillery, et ils y ont retrouvé les fondations de l'église et les ossements du Père Massé, qui y avait été inhumé en 1646.

Sur la tombe de ce vénérable jésuite, on a érigé alors un joli monument en pierre, plaqué de marbres, où l'on y a fait graver l'inscription suivante, sur une des tablettes de marbre :

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