‹ Québec et Lévis à l'aurore du XXe siècleChapitre 29 sur 35 · LE 12 MAI · texte numérisé non relu

LE 12 MAI

En face du tombeau de Montcalm, au pied du mur opposé, repose Thonorable M. Pierre-J.-O. Chauveau, Tune des gloires littéraires de notre race.

L'artiste qui a sculpté le marbre de sa tombe y a dessiné un profil très ressemblant du défunt, et au-dessous une plume dans un encrier posé sur une feuille de papier où est gravé, en lettres d'or, ce verset de TEcclésiaste : " Qiiœsivit verba utilia, et coHscripsit sermones reâîissimos de veritate plenos.^^

S'il nous était permis d'ajouter quelques mots à ce bel éloge de notre ancien ami, nous reproduirions ici ce que nous écrivions au lendemain de sa mort :

*^ M. Chauveau a été un citoyen intègre, un homme d'honneur et un chrétien convaincu..-. Il aimait son pays, la religion et les lettres. Toute sa vie il est resté fidèle à ce triple amour. 11 avait pour Québec, sa ville natale, une prédiledlion marquée, et la vieille cité le payait de retour.... Il était un maître en l'art d'écrire. Le vers se montrait souvent récalcitrant sous sa plume, et la rime était quelquefois sourde à son appel. Mais la prose lui obéissait avec grâce.... Il était né malin, spirituel et gai...."

Dans la même chapelle, d'autres épitaphes nous rappellent d'autres noms : ici reposent sir N.-F. Belleau et lady Belleau, M"* Jean Langevin (née Laforce), mère de sir Heélor Langevin, et trois filles de M. Chauveau, mortes avant leur père.

La crypte de la chapelle de l' Hôtel-Dieu, qui ne date que de 1800, contient aussi plusieurs tombeaux, et sur les pierres tombales encastrées dans les murs nous avons lu plusieurs noms bien connus : lady Langevin (Marie-Justine Têtu), et sa fille Léa, morte à dix-neuf ans ; l'honorable juge David Roy, l'honorable M. Louis Massue et M"^ Massue, et M. Alexandre Lemoine, leur gendre.

Quant aux bienfaitrices primitives de cet hôpital, M"^* de Lauzon et d'Ailleboust, elles reposent à côté des religieuses fondatrices, dans le cimetière intérieur.

Dans les cimetières catholiques

Les plus importants sont ceux de Saint-Charles et de Belmont.

Tous deux sont admirablement situés et ombragés de beaux arbres. Celui de Belmont a Pavantage d'être plus élevé, mais celui de Saint-Charles est baigné dans toute sa longueur par la jolie rivière dont il a pris le nom, et les grands pins qui Tentourent sont plus majestueux. On les prendrait pour des survivants de la forêt primitive, tant ils portent haut dans les airs leur feuillage sombre et frémissant.

11 semble qu'on doit mieux dormir entre le doux murmure de ces grandes futaies et le chant monotone de la rivière.

On a érigé dans ce cimetière un chemin de croix, dont chaque station est un bas-relief dressé sur un prie-Dieu en pierre, et il est terminé par un calvaire dont les personnages sont des statues de grandeur naturelle. L'idée est excellente et digne d'imitation.

Quelques mausolées assez remarquables ornent certains tombeaux. J'y ai remarqué surtout une chapelle en pierre, et un petit temple grec très élégant, formé de six belles colonnes corinthiennes.

Plusieurs noms attirent particulièrement mon attention ; car ils me rappellent des personnes bien connues. Ce sont ceux de Cauchon, Côté, Lemieux, Rhéaume, Légaré, Brunet, Hudon, Roy, Blanchet, Lelièvre et Mailhiot.

Une visite au cimetière Belmont m'a impressionné davantage, peut-être parce que je l'ai faite en automne, à la fin de septembre, époque de l'année où la nature est à la fois plus triste et plus belle. C'était vers le soir d'un beau jour, et le soleil allait bientôt disparaître sous l'horizon. Je fus ému et charmé par le spedlacle que la nature m'offrit.

Le grand astre semblait fatigué de sa longue course et il s'éloignait lentement de la terre, en jetant sur elle un regard attristé. On eût cru qu'il avait pris sa part de toutes les douleurs

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