COMPOSITION ALLEMANDE
Man muss das Bâumchcn biegen, wâhrend es jung ist.
COURS DE M. STRYIENSKI
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M. Stryienski reçoit, 2*3, rue de Vaugirard, le jeudi matin, de 10 heures à II heures. — Depuis le i5 mars, l'adresse de M. Stryienski est : 23, rue de Vaugirard.
CERTIFICAT D'APTITUDE SECONDAIRE (ANGLAIS) PLAN DE LA COMPOSITION FRANÇAISE donnée en février.
Le Roman anglais avant Jane Austen. — Romans au temps de Shakespeare. Lyly et son Euphues (1579) > ^e succès de ce livre était dû
au langage précieux et élégant dont il était le modèle. Ce roman, du reste, n'était guère qu'un traité de philosophie et de morale. Lyly eut des imitateurs : Lodge dont la Roaalynde, et Greene dont le Pandosto servirent de canevas à Shakespeare pour As yoii like it et pour The Winter^s taie. Il faut citer encore VArcadie (1590), de Sir Philip Sidney, où M Jusserand voit comme une ébauche de Pamcla, et Jack Wilton (i594)> de Thomas Nash, roman picaresque qui fait pressentir certaines œuvres de Defoë.
Le genre roman reste secondaire et le drame tient toujours la première place. Au siècle suivant, on traduit ou imite les romans français de La Galprenède et de Scudéry, et il faut arriver au début du xviii* siècle pour trouver dans Addison la première esquisse du roman de mœurs (Episode de Sir Roger de Goverley). Puis viennent les romans d'aventure de Defoë, l'immortel Robinson Crusoé (1719) entre autres. En 1726 paraît Gullwer^ œuvre très personnelle d'un satiriste aigri ; l'Angleterre, l'Europe et l'humanité entière sont vouées au ridicule par Swift, qui cache toute son amertume sous les dehors du simple conteur. Mais nous touchons au but avec Jlichardson et Fielding, qui créent le véritable roman de mœurs et de caractères. « WhoUy distinct from merely narrative stories like Defoe's, the true novel is a story round the passion of love to à tragic or joyous conclusion. Its form, far more flexible than that of the drama, admits almost infinité development. » (Stopford Brooke.) Le genre était né ; les successeurs de Richardson et de Fielding le modifièrent suivant leur talent ou leur génie, mais ne se départirent point de ces admirables modèles. Le roman romantique lit oublier un instant le Tristram Shandy* de Sterne, et le Vicar of Wakefield, de Goldsmith ; mais ni les Mysteries of Udolpho^ de Mrs Radeliffe, ni surtout The Castle of Otranto, d'Horace Walpole, n'eurent de sérieux imitateurs, et avec Mrs Inchbald, Mrs Opie, Miss Edgeworth et enfin Jane Austen, il y eut un retour aux romans simples fondés sur l'observation directe.
Les romans de Jane Austen. — Ils parurent de 181 1 à 1817, longtemps après avoir été écrits, faute d'éditeurs assez intelligents pour les comprendre. Ils sont au nombre de sept — quatre furent publiés du vivant de l'auteur (i) : Sensé and sensibility (181 1) ; Pride and Préjudice (1812) ; Mansfield Park (1814); Emma (1816); Northanger Abbey et Persuasion furent édités en 1818, et Lady Jane en 1872 seulement. L'analyse de Pride and Préjudice nous permettra de nous faire une idée de Miss Austen et de donner une appréciation de son chef-d'œuvre.
Analyse. — Ge roman pourrait être intitulé : Comment on établit ses filles. Il y en a cinq à marier dans Pride and Préjudice, et Mrs Bennet a fort à faire pour en caser trois. G'est la préoccupation constante de toutes ses journées provinciales ; malheureusement cette mère de famille n'est guère à la hauteur d'une tâche aussi ardue, elle manque de tact, d'éducation et de jugement, et c'est bien malgré elle que ses trois filles trouvent épouseurs. L'aînée, Jane, est une charmante jeune fille, douce, agréable, d'humeur toujours égale ; la seconde, Elisabeth, a beaucoup d'esprit et de cœur, elle possède une humeur vive et enjouée, mais elle a
(i) Jane Austen naquit en ijjS et mourut en 1817.
des préventions et des préjugés (préjudice) (i); la troisième est une écervelée, futile pécore qui ne voit en tout que le côté extérieur et brillant.
Toutes les trois se marieront, mais de manière bien différente, et suivant leur caractère respectif.
Jane épousera Bingley, non sans peine — sa douceur sera mise à répreuve et triomphera. Bingley , qui est faible et irrésolu, hésitera long^ temps, il écoutera les conseils de son ami Darcy qui, poussé par l'orgueil (pride), lui fera comprendre que la jeune iillc appartient à un monde trop bourgeois pour être la femme d'un riche gentleman. Darcy ira plus loin et prendra sur lui de dire que les sentiments de Bingley ne sont pas payés de retour, Jane gardant une réserve dont il ne comprend point la portée.
Darcy, toutefois, aime Elisabeth, la sœur de Jane, mais il résiste à cette passion au nom de son orgueil. Elisabeth n'a pour lui que dédain, car elle a deviné que Darcy a fait le malheur de Jane. Tout s'arrangera et ces deux êtres, qui sont si éloignés l'un de l'autre, finiront par se marier. L'amour est le plus fort. Darcy, en dépit de son orgueil, cédera. Elisabeth sera vaincue par les sentiments de reconnaissance que lui inspirera Darcy.
Darcy, en effet, intervient avec beaucoup de générosité dans des circonstances assez fâcheuses pour la famille Bennet. Lydia, la troisième sœur, a été enlevée par un bel oiricier,Wickham, et Darcy, mis au courant de cet événement, rejoint les deux fugitifs, les oblige à se marier, non sans avoir payé les dettes de l'olUcier. Il ne s'arrête pas en si beau chemin et reconnaît qu'il a eu tort d'éloigner Bingley de Jane; les deux jeunes gens sont très heureux de se retrouver et de s'épouser.
On comprend qu'après ces péripéties, la Prévention n'ait plus à bouder VOrgueil.
Dans cette brève analyse beaucoup de personnages secondaires ont été passés sous silence, le père Bennet, insouciant et moqueur, qui a le tort de railler trop ouvertement la sottise de sa femme, le révérend Collins, sorte de Diafoirus modernisé, sa protectrice, Lady Catherine, type un peu banal de la grande dame entichée de sa noblesse, etc., etc.
Mérites littéraires de Miss Austen. — A première vue, on est frappé de la simplicité de ce roman qui peut ainsi, malgré sa longueur, s'analyser en quelques lignes.
(i) Voici un joli portrait d'Elisabeth emprunté à une copie d'élève : « Elisabeth est non seulement une des plus charmantes créations de Miss Austen, elle est aussi une des plus séduisantes héroïnes de. roman que nous connaissions. De sa beauté physique, Miss Austen nous dit fort peu de choses ; nous savons qu'elle avait de beaux yeux, un beau teint et qu'elle n'était pas très grande. Ce qui la distingue des autres héroïnes de roman, c'est qu'elle est d'une intelligence supérieure, et en même temps d'une nature essentiellement généreuse. Si elle sait bien tenir tête à ceux qui l'attaquent, il faut remarquer que ses reparties ne pourraient jamais être taxées de méchanceté, et qu'elle n'attaque jamais la première. De plus, l'intelligence chez elle ne laisse aucune place à l'affectation ; elle le dit elle-même à M. CoUins : « Do not consider me as an élégant female, but as a ra-
tional créature speaking the truth from her heart. » C'est elle la seule de sa
famille qui console parfois son père, et bien qu'elle voie tous les défauts de sa mère, nous ne nous apercevons pas que son affection filiale soit au-dessous de ce qu'elle devrait être. »
« Les personnages, dit M. Léon Boucher, sans toutefois qu'il soit nécessaire d'employer un verre grossissant pour les distinguer, n'ont pas les proportions souvent exagérées auxquelles nous a trop habitués le roman contemporain. Ils sont là vivants, mais c'est dans un cercle restreint qu'ils se meuvent, et, tout en appartenant à l'humanité par leurs caractères généraux, ils ont une marque distinctive qui traduit leur origine et leur assigne une date. On sent qu'ils sont d'un autre âge ; on pourrait presque dire qu'à ce point de vue ils ont une valeur historique et qu'ils représentent une époque disparue avec une fidélité qu'attestent de rares survivants. » Voilà un premier mérite et non des moindres. Dans leur admiration, les Anglais ont été jusqu'à prononcer le nom de Shakespareà propos des personnages de Miss Austen — c'est un pavé de l'ours; on peut rendre toute justice à l'auteur de Pride and Préjudice sans être aussi ridiculement brutal. Il vaut mieux citer Macaulay qui dit très excellemment : « She lias given us a multitude of characters, ail, in a certain sensé, commonplace. . . ail such as \ve meet every day. Yet they are ail as perfectly discriminated as if they were the most excentric of human beings. »
Autre mérite. Le choix des incidents et la finesse des détails. A ce propos rappeler ce mot de Miss Austen elle-même : Je travaille sur deux pouces d'ivoire et avec un pinceau si tenu qu'il me faut beaucoup de labeur pour produire peu d'effet. Sur ces deux pouces d'ivoire elle sait représenter tout un monde, et elle y arrive ensachant faire des sacrifices, comme on dit en peinture, et en donnant leur véritable valeur aux sujets qu'elle a entrepris de peindre. Elle a une entente merveilleuse de la composition et ne met en relief que ce qui doit servir à l'ensemble de son tableau. On l'a comparée aux peintres flamands, mais il faudrait faire une distinction, elle n'a rien de la mignardise d'un Miéris ou d'un Gérard Dow, elle a toute l'ampleur d'un Pieter de Hooch ou d'un Terburg.
N'oublions pas la tendance morale de Pride and Préjudice^ mais il est inutile de faire ici un long développement. Nous retrouvons dans ce roman le caractère de la race ; toutefois Jane Austen ne nous fait jamais de sermon, elle ne sait pas être ennuyeuse comme Richardson, ou comme le seront tant de femmes auteurs qui viendront après elle.
Enfin le style est simple comme le fond même du roman. Rien de heurté, rien de prétentieux. Elle n'a point de ces « simplicités artificielles » dont Mrs Browing fait parfois parade dans son insupportable Aurora Leigh.
Ces mérites sont un peu négatifs ; il ne s'en dégage pas moins de Pride and Préjudice, un art très intéressant qui échappe au lecteur inattentif, au lecteur qui veut surtout être amusé (i). M. Léon Boucher formule quelques critiques assez justes quand il écrit : « On y (dans Pr, and Pr.) voudrait plus de grâce, plus d'imprévu, quelque chose d'un peu plus féminin et d'un peu moins imi)ersonnel. » Il s'empresse d'ajouter que ce roman « révèle néanmoins une femme supérieure dont on peut dire, en empruntant à Balzac le mot qu'il s'appliquait à lui-même, qu'elle a porté toute une société dans sa tête. »
(i) Passage emprunté à une copie d'élève :
« Il ne faut point chercher dans les romans de Miss Austen des événements palpitants, des coups de théâtre.. . il ne faut pas nous attendre à être fascinés en les lisant ; ce ne sont pas de ces romans qui vous tiennent en haleine, dans une impatience fébrile d'arriver à la dernière page, et nous font oublier lorsqu'on les a entre les mains la cloche du dîner, l'heure du sommeil. »
NOUS R£C0lfl««O0lt, SP'CUUKEIIÎ « «OS COLUUUtS ,;