ACTE PREMIER. — SCENE III
d'hôtel lui donner du « Monseigneur », tu te crois obligé d'en faire autant.
LAMBERT
Je ne reçois pas de leçons du maître d'hôtel... J'ai du savoir-vivre, voilà tout... Kougeloff.
UESRIETTE.
Quoi?
LAMBERT
Kougeloff — c'est le nom du prince — Kougeloff est quelqu'un; c'est un personnage.
Qu'est-ce que tu en sais! Ici, tout le monde est prince. C'est le climat qui veut ça... prince... probablement quelque rastaquouère.
LAMBERT
Naturellement!... Cela m'aurait étonné... Tu vois ton mari causer avec quelqu'un de bien... il faut que ce soit un rastaquouère. En attendant, c'est un homme tout à fait chic et qui a les plus belles relations...
HENRIETTE
Parce qu'il te connaît?
LAMBERT
Tu m'ennuies... C'est lui qui va me présenter à la générale de Saint- Alain.
UENR1ETTE.
Cette femme qui fait tant d'esbrouffe?
LAMBERT
Elle ne fait pas d'esbrouffe : elle a du chic, voilà tout. Elle est très artiste ; elle aime le beau.
On ne le dirait pas... Toutes les fois que je l'ai rencontrée, elle était avec un homme d'une laideur !
LAMBERT
Cela ne signilie rien : c'était peut-être son mari.
HENR I ETTE
Oh! son mari '....
Enfin! qu'elle soit mariée ou pas, elle est immensément riche: elle peut devenir une cliente sérieuse.
QENRl ETTE.
Je n'aurais pas confiance.
LAMBERT
Pourquoi? Parce qu'elle est jolie... Ah! si les femmes avaient à choisir les clientes de leurs maris, les laiderons feraient prime.
HEN.RIETTE, avec un petit air pincé.
Oh ! mon ami, je ne suis pas jalouse.
LAMBERT
Pas jalouse! Alors, tu es sans excuse.
HENRIETTE, se montant.
Mais, je ne te dis rien. Tu peux bien la voir tant qu'il te plaira, puisqu'elle te plaît, puisqu'elle est élégante, puisqu'elle est jolie, puisqu'elle aime le beau, puisqu'elle a du chic, puisqu'elle possède, enfin, toutes les qualités .
LAMBERT
Mais laisse-moi donc tranquille!... Je me fiche pas