ACTE PREMIER. — SCENE IV
ROBERT
Qu'est-ce qu'il y a?
ALICE
Il y a... Il y a... que ça y est....
ROBERT
Hein?
ALICE, très simplement.
Je suis enceinte!
ROBERT, bouleversé.
Non?
ALICE
Si. mon ami.
ROBERT, s'écroulant sur une chaise.
Ah! mon Dieu! mon Dieu!...
ALICE
Voyons, remets-toi.
ROBERT
Ah! ma pauvre chérie, ma pauvre chérie!... Ah! ma pauvre petite Alice!
Il fond en larmes.
ALICE
Voyons, ne pleure pas.
ROBERT, pleurant.
Vois-tu, c'est plus fort que moi... c'est nerveux... Ah! ma pauvre petite Alice... Mais voyons, ce n'est pas tout ça : il faut demeurer calme et envisager froidement la situation; ta mère ne sait rien encore?
A LICE
Non !
ROBERT, la voix toujours ontrecoupée de sanglots. Se levant.
Bon!... d'ailleurs, tout compte fait... il vaut mieux qu'il en soit ainsi... Au moins, cela précipitera les événements.
ALICE, toujours très calme.
Quels événements?
ROBERT
Écoute, ma chérie, tu n'as rien à craindre. Tu as devant toi non seulement un honnête homme, mais un galant homme... tu entends : un galant homme. Je connais mon devoir. Je n'y faillirai pas. Je vais aller trouver ta mère; je lui dirai toute la vérité...
ALICE, sursautant.
Tu es fou, non, mais tues fou!
ROBERT
Laisse-moi continuer... Et que je veux t'épouser.
ALICE
Mais c'est tout à fait impossible!
ROBERT
Pourquoi?
ALICE
Non, mais je te vois arriver devant maman, devant maman que tu ne connais pas, lui tirer une belle révérence et lui dire : « Madame, je suis l'amant do voire fille. » — Ah! non, ce serait plutôt gentil!
ROBERT
Mais, enfin, es-tu enceinte ou ne l'es-tu pas?
Si, je le suis; et puis après?