AYA
i*""" juillet 1918.
J'avais en grande partie écrit ces pages avant l'effroyable tempête qui dévaste encore l'Europe, et il peut paraître peu opportun de les imprimer en ce moment. Les hommes dont j'ai tracé une esquisse sont morts, les uns bien des années, les autres quelques années seulement avant la guerre de 1914. Si quelques-uns d'entre eux avaient pu la prévoir ou la redouter, certainement ils ne l'avaient pas pressentie avec les gigantesques proportions de destruction dont nous sommes les témoins épouvantés. Ils n'avaient pas prévu les violences abominables contre les hommes et les choses, le mépris du droit auxquels nos ennemis se sont livrés sur une échelle qui laisse bien loin, non seulement les horreurs de 1870-71, mais celles des époques les plus barbares qu'ait connues l'humanité. Les âmes nobles dont je vais parler
avaient élé bouleversées par la crise d'il y a près (le cifKpiante ans. Oiulle aurait été leur consteriialKni <!('\aiil (l''s (' \ (' II. ' 1 1 K'ii I s oui on\oi"l
comme un ibssé elTVayant dans I histoire de la civilisation humaine, ([ui ont semhh' démentir notre foi ;m proL^rès. aux hien faits de la science, à I adouc issement des mieurs. h»! qui, sous différenles formes, avait fait vivre ceux dont je \ oudrais rappeler quelques traits!
Cel;i ;i ('!(' une (!<^ inc^ pins profondes souffrances, pendant ces années tragiques, de me sentir privé du contact et comme de la communion de ceux avec lesquels j avais, dans les grandes épi <MM <'s im( ieim('<. <enti. souHert. observé, gémi ou espéré, qui avaieni r\r mes guides ou mes compagnons et dont le contrôle d'opinion ou de pressentiment me manquait cruellemenf dans nos soml)re-- heuies. Que de fois je me suis demandé ce qu auraient pensé mon père ou Gaston Paris, Gabriel Monod, Sully Piudliomnie. F>m. Routmv ou Analif)le 1 .erov-Beaulieu . Je nir x'utais afVaibli «l ins la cinilé de ma propre opinion ou de mes propres espérances j)ar le manque de contact avec ceux qui m'avaient tial>ltu(' ?! la connance en leur jugement. Et je pensais eu même Icmp- >i l injuste hnrxelé de