ANATOLE LEROY-BEAULIEU
... J'ai connu Anatole Leroy-Bcaulieu au Lycée Bonaparte où nous fîmes ensemble notre Philosophie. Il eut, lui, une manière de terminer ses ('tudes assez particulière. L'état de sa santé et, notamment, la fatigue de ses yeux, l'obligeaient à de nombreuses absences. Il disparaissait pendant des semaines, voyageant en Itahe oîi résidait sa mère, puis revenait de temps à autre pour les compositions ; et, élève irrégulier, mais supérieur, il remportait la plupart des prix.
Dès cette époqjie, il était possédé de cette ardente curiosité, de cette llamme de l'esprit qu'il
I . Notice extraite do la Revue des Sciences politiques, de juillet-août 19 r 2.
a conserAées jusqu'à ses derniers jours, qui n'excluaient chez lui ni la profondeur, ni l ordro et même la ténacité dans les idées, mais qui iuurnissaient à son intelligence des aliments, des faits et des points de vue toujours nouveaux. Nul n u été plus informé que lui. ri cela dès sa primo jeunesse, dans tous les domaines, arts, littératures, aussi bien que politique et religion. Il avait des lectures immenses, bientôt fécondées et comme vérifiées par la vue directe des choses et des hommes. Car malgré une santé en apparence délicate, ce fut un intrépide et constant voyageur. Quand je le vis à Rome en 1866, à 23 ans, il connaissait déjà à fond l'Italie, ses monuments, ses galeries, ses mœurs, son peuple. C'était un guide admirable, et en même temps un exquis compagnon, avec ses cheveux blonds un peu germaniques et désordonnés, et sa figure fine et pâle de Christ du xv®. Peu à peu il se fit non seulement Européen, mais Africain, Asiatique et Américain. Et cette familiarité avec le monde n'engendra jamais chez lui l'indifTérence du dilettante aisé et pressé, mais fut source de largeur d'esprit et de tolérance. Il rappelait volontiers plus tard, dans ses préfaces ou ses discours ce qu'il était resté Français et Chrétien, mais qu'il avait toujours