I. Souveraineté du peuple et gouvernement
.4 JXiré --«i.*^*-»»*.^.
Je suis ici avec ma sœur el mon neveu comme tous les ans. J'y reviens après trois semaines de séjour chez mon vieil ami Guiffrey près de Gyr- Je vous serre bien affectueusement la main, mon cher ami.
Sully Prudhomme.
. . . Votre ouvrage est conçu avec une grande solidité ; Thistoire vous en a fourni tout le fond substantiel et vos déductions m'ont paru pour la plupart irréfutables- Je voudrais m'en tendre avec vous une bonne fois, sur la valeur de la déclaration des droits de l'homme, et sur la souveraineté du peuple. Il est évident qu'une minorité y est associée à une majorité, mais à la suite d'un suffrage oVi tous les votants ont été appelés également, et il y a un quasi-contrat par lequel la minorité éventuelle a accepte son sort de vaincue. Je ne conçois pas une seule espèce d'Etat où toute tyrannie de ce genre puisse être évitée : mais tout cela demande à être examiné de plus près.
Je pense que vous avez lu des fragments de mon allocution aux élèves du lycée Condorcet, dans le Temps ou les Débats, car elle n est ^pas encore imprimée en entier.
Ghatenay, i^'' juin i8q8.
Mon cher ami.
Je viens de lire, à la campagne, la correspondance inédite de Stuart Mill avec votre père, dont vous m'avez envoyé fidèlement un exemplaire. Je vous remercie bien vivement du plaisir que je vous dois et de votre amical souvenir. Cette lecture m'a passionné; je l'ai faite d'un trait hier. La lutte courtoise et franche entre le jeune
QUELQUES LETTRES DE SULLY PRUniIOMME 187
fiançais et le jeune anglais au sujet du Simonisme est des plus caractéristiques. La conversion inavouée et pourtant sensible de Mill aux principes fondamentaux de cette docirine généreuse m'impressionne beaucoup. Je ne peux dans une lettre de quelques lignes' vous analyser tout ce que j'ai éprouvé, à l'évocation d'un passé dilTicile à rapprocher sans tristesse de notre situation morale présente, car il me semble que nous ne sommes plus le champion des belles causes. Cette correspondance fait le plus grand honneur à la mémoire de votre père et à votre piété filiale par la publication que vous en avez faite.
Je vous serre bien affectueusement la main.
Sully Prudhomme.
i5 février 98.
Un mot seulement, mon cher ami, en hâte pour vous remercier de votre séduisante invitation que j'accepte avec plaisir, et de l'envoi d'un nouvel exemplaire de voti e excellente étude sur le rythme du vers. Nous en causerons. Je ne m'occupe pas encore en réalité d'une novivelle édition de mon volume sur la versillciation ; je vous expliquerai tout cela.
A samedi 26.
Bien affectueusement à vous.
Sully Puudhomme.
Ghatenav (Seine), 2 juin 1907.
Mon cher ami.
J'ai recouvré l'usage de mes yeux. Je suis heureux de
QUELIJUES AMES D ÉLITE
pouvoir vous remercier par ma plume de Tenvoi que vous m'avez fait du recueil de vos sonnets, et spécialement du plaisir que j'ai eu à relire Concert de voix dont la dédicace m'est très agréable. C'est un livre qui vous fait grand honneur. Nous en causerons bientôt, je Tespère (sauf les mardis et les vendredis).
Je vous serre cordialement la main.
Votre vieil ami.
Sully Puudhomme.