NOT£S
pira d'eoTie au règne de Loais XIII. La roue tooroa si long-temps pour Loois XIV, qu'elle 8*écria plusieurs fols : — Que ne suis-]e de ce temps-là. — Le règne de Louis XY excita le DDéme vœu. La roue ayant à peine tourné pour Louis XTI, elle s'arrêta.
Tous ces gens que leur cruauté avait fait nommer buveurs de sang , comptaient sur une délivrance prochaine , se flattant , non-seulement de recouvrer leur lit>erté, mais encore de reconquérir avec elle toute la puissance dont ils avaient Joui. En attendant ce moment si désiré par eux, pour passer le temps, ils jouaient à la guillotine. On dit quHls avaient su 8*en procurer de très petites. Simulant des exécutions, des billets de faire part pénétraient mystérieusement jusqu'aux frères et amis, pour leur annoncer que tels et tels de leurs ennemis venaient d'être mis à mort. Cette nouvelle circulait de prison en prison, une joie infernale s'y répandait avec elle ; car c'était un arrêt jeté à l'avenir, et tous juraient que, revenus au pouvoir, ils l'exécuteraient ; mais ils n'eurent plus d'avenir : le clepsydre s'était écoulé.
J'ai perdu le compte de ces fréquents voyages qui formaient à euxseuls une véritable infortune. Il m'est arrivé bien souvent d'envier le sort des paysannes que je voyais tranquillement assises à la porte de leur maison. Les plus pauvres cabanes me semblaient désirables. Oh ! si jamais je pouvais en posséder une^ je ne la quitterais jamais , me disais-je , la plus laide me paraîtra belle, si je puis y vivre en repos. Je versais des larmes sur moi-même, pauvre, errante, sans demeure, et la voiture allait toujours. Ces diligences étaient alors fort mauvaises, doublées en cuir , lourdes, dures et cahotantes ; la rudesse de leurs mouvements me faisait cruellement souffrir. Il m'est arrivé une fois de m'y trouver seule avec ma fidèle Coquette. La voiture n'étant pas chargée, les cahots en devinrent plus secs et plus rudes. Ma petite chienne, roulant comme une balle à paume au fond de la voiture, me sollicitait vainement du regard d'avoir pitié d'elle ; mais comment aurais-je pu venir à son secours? Glissant sur le siège en
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cuir grossier, ne trouvant rien que ma main pût saisir , Je ne pouvais mo tenir moi-même, et eomme elle j'étais jeiée violemment d*an cOté à l'antre. Cet exercice forcé m'épuisa tellement, que lorsque la diligence s'arrêta pour changer de clievaux, Je restai comme anéantie à la place où m'avait laissée le dernier caliot, et J'entendis, à travers mon abaUement^ le postillon qui me quittait s'approclier de la portière, puis dire k son camarade : — Celte pauvre Jeune dame^ mon ami^ ne la mène pas sur le pavé, car elle arriverait morte k l'autre poste. — La pitié de ce postillon me fut droit au cœur, et si J'avais pu ouvrir les yeux, mon regard l'en eût remercié.
Pour donner une idée du peu de souci qu'il prenait de sa femme et de ce qui pouvait lui arriver , Je veux raconter le trait suivant :
Un ordre émané de la terreur obligeait toutes les personnes suspectes de Moulins à se rendre k la Municipalité, pour y entendre la lecture des lettres qui leur étaient adressées, après que préalablement on leur en eût soumis l'écriture afin de la reconnaître. Ce qui faisait que l'on écrivait peu, dans la crainte de compromettre ses amis.
M. Grimauld, poursuivi , traqué comme une béte fauve, sut toujours échapper k ses persécuteurs, irrités au plus haut point de ne pouvoir le saisir. Cette irritation était nourrie par les lettres qu'il écrivait à sa femme, et qui, lui parvenant des points les plus opposés de la France, déconcertaient leurs mesures. Je crois bien , qu'au fond du cœur, madame Grimauld trouvait qu'il écrivait trop souvent , car outre le désagrément d'être traînée k la Municipalité, escortée par des soldats comme un vil criminel, le style de ces lettres n'était pas fait pour adoucir cette épreuve. Son humeur taquine cherchant i se dédommager de la vie errante qu'on le forçait k mener, les transformait en satires mordantes, et s'y répandait en sarcasmes amers sur les puissants du Jour. Il les frappait sans relâche dans les parties les plus sensibles , et comme s'amusant à retourner le fer dans leurs blessures. Il riait de leur impuissance à l'en punir. Je laissée penser les commentaires qui suivaient cette lecture, ils n'étaient pas doux pour madame Grimauld. Et cependant ces gens eux-mêmes s'affligeaient pour elle de lui voir un mari qui l'exposait k des scènes pareilles, et la pauvre femme avait à Joindre à tout son malheur celui de leur inspirer de la pitié.