ONE
Traitement. — A partir du 20 avril, pansements tous les trois jours à la pommade d'insuline.
22 avril. — Injections d'insuline : 24 unités le matin et 24 unités le soir.
Les jours suivants : 40 unités le matin, 40 unités le soir.
8 mai. — Cicatrisation du petit uleère malléolaire, cessation des pansements à l’insuline et des injections. On traite la pyodermite à l’eau d’Alhbour et à la pommade à l’oxyde jaune.
G juin. — Il sort de l’hôpital. Guérison de la pyodermite, l’ulcération malléolaire étant toujours cicatrisée.
Revu le 15 juin, état semblable.
Pendant toute la durée de son traitement, le malade se levait une grande partie de la matinée et toute l'après-midi, sauf l'heure réservée aux visites.
OBSERVATION XXI. — M. Moi.…., cocher. Malade de 61 ans, entre le 20 avril 1925, dans le service de M. Brouardel, pour ulcères de jambe.
Dans ses antécédents, le malade ne se souvient pas de maladies.
À 33 ans, en travaillant à la Halle aux Vins, eut la jambe écrasée par un tonneau, ce qui nécessita l’amputation de la cuisse gauche.
A la jambe droite, uleération depuis vingt ans, avec périodes de cicatrisation et d'ouverture depuis ce temps.
Actuellement. 21 avril. — Jambe droite : deux ulcères, face antéro-externe, de la grandeur d'une pièce de 2 franes, à fond jaunâtre sale, tissus avoisinants très pigmentés, avec squames épidermiques.
Examen des urines. — Albumine : 0; sucre : 0; acétone : 0.
Examen du sang. — Glycémie à jeun : 1 gr. 09.
Traitement général : injections d’insulime.
22 avril. — 40 unités dans la journée et, les jours suivants, 80 unités.
Traitement local : pansements à la pommade d’insuline.
11 mai. — Cicatrisation complète de la plaie supérieure.
20 mai. — La deuxième plaie est cicatrisée; la cicatrice de l’uleère supérieur est rose; sur la cicatrice inférieure se trouve une petite croûtelle à la partie supérieure.
23 mai. — Le malade sort de l'hôpital.
Pendant tout son traitement, le malade se levait toute la matinée et l’aprèsmidi.
Revu le malade le 15 juim 1925, puis en janvier 1926 : les deux ulcères sont toujours cicatrisés, mais le malade présente sur la partie supérieure de la jambe, au-dessus des précédentes, des écorchures provenant de coups qu'il s’est donnés en montant dans sa voiture.
OBSERVATION XXIII. -- M. Her... malade de 58 ans, atteint d’uleères de jambe. Dans ses antécédents, rien de particulier.
En 1921, plaie au niveau de la malléole externe gauche qui, depuis, sous l'influence du repos, se eicatrise pour réapparaître quinze jours où un mois après.
En 1923 est apparue sur la malléole interne une autre plaie. Ces deux plaies sont cicatrisées depuis plus d’un mois quand nous le voyons.
À l'examen du malade :
23 juin 1925. — On trouve sur la jambe gauche :
1 Deux ulcères rétromalléollaires externes de la dimension d’une pièce de
Ofr.50:
É Un ulcère rétromalléolaire interne de la dimension d’une pièce de 1 franc.
Le bas de la jambe est très pigmenté et lisse jusqu’au tiers moyen, très maigre; elle ne présente pas de varices.
Examen des urines. — Albumine : 0; sucre : 0.
Glycémie : 1,07 0/00.
Traitement général : injections biquotidiennes d'insuline de 40 unités chacune.
À partir de cette date :
Traitement local. — Pansements à la pommade d'insuline.
5 juillet. — Les plaies sont complètement eicatrisées. Les injections et les pansements sont arrêtés.
24 décembre. — On revoit le malade qui travaille et vaque à ses oceupations d’une manière normale. Les plaies sont toujours cicatrisées.
Le malade n’était pas hospitalisé et venait se faire panser à l’hôpital.
OBSERVATION XXIV. — M'° Dau.…, malade de 60 ans, atteinte d’uleères de jambe, présente des varices depuis sa première grossesse, à l’âge de 19 ans; depuis cette époque, elles ont continuellement augmenté.
A l’âge de 40 ans, apparition d’un uleère sur la face interne de la jambe droite.
Repos et vigo. Cicatrisation en deux mois.
Il y a quinze jours, à la suite d’un coup dans la région malléolaire interne, apparition d’une plaie qui, depuis, n’a fait que grandir.
Examen au 27 mai 1925 :
Membre inférieur droit. — Grosses varices à la euisse et à la jambe, cicatrice à la face interne du tiers mférieur de la jambe. Sur la malléole interne, ulcération de la grandeur d’une pièce de 0 fr. 50, à fond jaunâtre, à bords rouges. Etat inflammatoire des tissus avoisinants.
Membre inférieur gauche. — Légères varices à la cuisse et à la jambe.
Examen des urines. — Sucre : 0; albumine : 0.
Glycémie : 1 gr. 20 0/00.
Traitement général : 40 unités d'insuline en injections, matin et soir.
Traitement local : pansements à la pommade d'insuline.
1 juillet. — La plaie de jambe est complètement guérie. On cesse pansements et injections.
La malade n'étant pas hospitalisée et habitant rue du Théâtre, venait suivre ses soins à l’hôpital et continuait à vaquer à ses occupations ménagères.
Tous les malades précédemment cités avaient grossi sous l’mfluence du traitement insulinien mixte : général par injections sous-cutanées et local par pommade.
Voici maintenant deux cas où le traitement fut exclusivement local :
OBSERVATION XXV. — M. Mas.…., malade de 51 ans, hospitalisé dans le Service de M. Robineau, présente un uleère de jambe.
Au commencement d'octobre 1925, à la suite d’un coup, apparition, au niveau de Ja malléole interne gauche, d’une petite ulcération qui agrandit dans
la suite avee œdème malléolaire le soir et quelques varices et taches pigmentaires sur la jambe.
Nous voyons ce malade le 21 novembre; nous constatons : Une ulcération assez superficielle de forme ovalaire, de 2 cm. sur 3. Examen des urines. — Albumine : 0; sucre : 0. Glycémie : 1 gr. 02 0/00.
Traitement exclusivement local : pansements à la pommade d’insuline.
Le malade se lève une partie de la matinée et tous les après-midi.
8 décembre. — Le malade sort de l’hôpital. La plaie est cicatrisée, encore quelques petites croûtelles.
OBSERVATION XXVI. — M'"° P. Pie... malade entrée le 16 novembre 1925 dans le Service de M. Robineau, pour uleère de la jambe gauche.
Cette malade se souvient d’avoir eu des varices dans son adolescence.
En 1899. — A Ja suite d’un coup, phlébite.
En 1910. — Eczéma variqueux total des deux membres inférieurs, qui disparaît complètement.
En 1912. — Rupture d’une varice. La plaie ainsi formée est soignée à l’emplâtre de Vigo : guérison. Depuis cette époque, elle porte un bas à varices. En 1917. — Lorsqu'elle travaillait en usine, un obus, dans sa chute, lui
érafla la jambe : apparition d’une plaie superficielle de 8 à 10 centimètres. Cette plaie resta sans tendance à la cicatrisation.
21 juin 1921. — Elle entre dans le Service de M. le Professeur Duval qui lui fait une sympathectomie artérielle.
À cette date, B.-W. négatif.
14 juillet. — Elle sort guérie.
Sa plaie réapparaît au bout de quelques jours. Elle entre de nouveau dans le Service de M. le Professeur Duval.
Repos complet au lit. Dix à douze jours après, cicatrisation complète. Cependant, elle reste à l'hôpital jusqu’au 5 septembre.
Un mois après, elle reprend son travail de euisinière. La plaie s'ouvre de nouveau et augmente peu à peu de dimension.
6 novembre 1923. — Elle entre à Saint-Louis, dans le Service de M. Hudelo.
Repos et, malgré un B.-W. névatif, traitement de deux séries de novar et d’une série de eyanure : aucun changement au niveau de la plaie.
On renonce au traitement spécifique.
La malade restant toujours au repos, la plaie diminue mais il reste une surface de 5 em. sur 2 non cicatrisée.
Elle sort de l'hôpital. Sa plaie continue à grandir.
16 novembre 1925. — Elle entre dans le Service de M. Robineau.
À son entrée, nous constatons un uleère à la face interne du tiers inférieur de la jambe gauche, peu profond, d'aspect atone, des dimensions suivantes : hauteur : 22 cm.; largeur dans la partie supérieure : 8 em.; largeur dans la région inférieure : 5 em.
Examen des urines. — Sucre : 0; albumine : 0.
Traitement exclusivement local : pansements à la pommade d'insuline.
Très rapidement la plaie change d’aspect : les parties avoisinantes deviennent roses.
24 décembre. — Après quatorze pansements, toute la moitié inférieure est cicatrisée. Il reste deux flots, un supérieur de 7 em. sur 1 em. 5 et un moyen de 1 em. sur 1.
1° janvier 1926. — Après dix-sept pansements, cicatrisation complète de la plaie. La cicatrisation résiste au frottement, la jambe restant complètement à l'air.
Nous gar/ons encore jusqu’au 21 janvier la malade à l'hôpital, et, aussi bien à ectte époque que pendant tout le temps de son traitement, la malade se lève toute la matinée et toutes les après-midi.
La méthode créée en France de traiter les uleères de jambe par la pommade à l’insuline se généralisa et partout les mêmes résultats favorables furent constatés.
E. Vogt, de Tubinge, employant de la pommade à l’insuline préparée par le Docteur Fornet, rapporta en 1929 de nombreux succès, tant dans le traitement des ulcères de jambes chroniques que dans les ulcères tubereuleux et les ulcères radiologiques. Le professeur Nobl, de Vienne, publia quatre cents cas de guérison d’ulcères variqueux avec régénération cellulaire rapide, notamment à la périphérie des plaies d’où partait un vigoureux processus cicatriciel.
C’est la même stimulation du processus cicatriciel et de l’épithélisation de la plaie que signalent Santamaria, Quaranta et Gaïbisso à l’hôpital Juan Fernandez de Buenos-Aires. Ces auteurs, part?nt des travaux de leur maître, le professeur Ignacio Ymaz, sur les applications de l’insuline aux ulcérations de la peau chez les diabétiques et les non-diabétiques, traitèrent avec 100 % de succès un grand nombre de malades dont nous ne résumerons que huit cas dans le tableau suivant :
PO
Dia- |Glyco-| Gly-
Nom Age Maladie bète | surie | cémie Résultat
B'S;: 70 |Ulcératio: de l’orteil | + 118,6 g | 0,3 % | Guérison complète en dr., 4 cm sur 2,.se- 14 jours crétion puante.
Job: 51 |Ulcération sur le dos| 0 0 Douleurs disparues du pied dr. comme après 24 h. Cicaune pièce d’un sou. trisation en 23 Douleurs jours.
IRSIRE 63 [Tumeur de la résion + |20 g. |0,21 % | Guérison complète en inguinale droite. 14 jours.
Ulcération torpide de Cicatrisation en
JE: l’orteil médian du + 12,6 g|0:21 0/5 14 jours. pied droit.
Is AS 60 |} Ulcération très dou-| + | 23 e. | 0,21 + | Guérison complète en loureuse sur le dos 28 jours.
du pied droit
BAS 28 |Fistule anale ulcérée| 0 0 Fistule fermée, ulcédouloureuse. ration cicatrisée.
J:M. 70 |Ulcération très dou-| 0 ( Douleurs disparues lourcuse sur la jam- après 24h cicabe g 10X4 cm. trisation compli. cn
28 jours.
A.C 34 |Ulcération très dou-| 0 0 Guérison complète en loureuses de vési- 6 jours.
cules herpétiques sur le thorax.
La technique suivie fut :
a) lavage de l’ulcération avec une solution de bicarbonate de soude à 2 %, répété avant chaque application de pommade ;
b) avec une gaze stérilisée trempée dans la même solution, enlever les débris de peau sphacélée sans traumatiser ni le fond ni les bords de l’ulcération afin d'éviter une hémorragie :
c) appliquer avec une spatule de verre stérilisée la pommade à l’insuline, bien l’étaler sur le fond et les parois de l’ulcère ;
Les auteurs argentins ont employé dans leurs expériences deux sortes de pommades, l’une spécialisée et connue sous le nom de Pommade Fornet, dosée à raison de cinq unités par gramme de pommade,
nos
l’autre qui est celle qu'’employait leur maître et qui correspond à la formule magistrale suivante :
HELENE SAR 100 unités en 5 ce.
NON DORE EME A et de 10 gr.
NA SCENE RER mn ter on 20 gr.
d) bander doucement la plaie avec une gaze sèche et stérilisée ;
e) ce traitement se répète quotidiennement les dix premiers jours et ensuite toutes les quarante-huit heures.
Dans les cas où l’ulcère présentait des clapiers avec des fistules profondes où l’on ne pourrait faire pénétrer la pommade vu sa consistance, les élèves de Ignacio Ymaz se servirent d’une solution d'insuline qu'ils instillaient à la seringue, les autres détails de la technique restant inchangés.
Les résultats de cette thérapeutique furent notés pas à pas en observant quotidiennement la régression de tous les symptômes :
a) le prurit qui occasionnait des lésions surajoutées de grattage, disparut souvent à la seconde application ;
b) la douleur qui fréquemment provoquait des insomnies rebelles, d’où un état d’hyperexcitabilité nerveuse s’atténua rapidement avec amélioration de l’état général ;
c) le suintement qui était abondant avant le traitement disparut progressivement ;
d) les bords de l’ulcération, qui étaient irréguliers, congestionnés et couverts de sécrétion purulente, s’aplanirent et se retrécirent ;
e) quant au fond de l’ulcère, en même temps que la sécrétion disparaissait et que la profondeur diminuait, il présentait de nombreux bourgeons cicatriciels.
Tous ces caractères pathologiques de l’uleus s’améliorèrent jour par jour jusqu'à complète cicatrisation.
Santamaria et ses collaborateurs concluent :
1° L'application locale d'insuline ne devrait pas être négligée quand il s’agit d’ulcération torpide résistant à tout autre traitement.
2° [L'application de pommade à l'insuline se recommande au praticien par sa simplicité et sa commodité.
3° Cette méthode de traitement donne 100 % de guérisons.
Un autre auteur, le Docteur K. Heden, médecin-chef de l’hôpital Eira, à Stockholm, a étudié sur de grandes séries de malades, l’emploi de pommade à l’insuline dans des cas d’ulcères de jambes.
Voici sa communication sur ce sujet :
« Dans un précédent travail sur le traitement des ulcères des « jambes par la pommade à l'insuline, nos observations avaient été « basées sur l’emploi d’une pommade provenant de la Pharmacie