‹ Quelques Applications Dermiques et Transdermiques De L'InsulineChapitre 8 sur 20 · EFFETS LOCAUX · texte numérisé non relu

EFFETS LOCAUX

le Partie : ULCÈRES ET PLAIES ATONES

A) Observations d’ulcères de jambe

La méthode instituée dès 1924 par le Professeur Pautrier et ses collaborateurs pour le traitement des ulcères variqueux avec la pommade à l’insuline fit rapidement école.

Et voici une belle observation type que nous avons relevée dans le Bulletin de la Réunion Dermatologique de Strasbourg :

En 1926, le Professeur Pautrier et sa collaboratrice, M" Alice Ulmo communiquaient à cette société le succès thérapeutique remarquable qu'ils avaient obtenu en traitant des ulcères de jambe avec de la pommade à l'insuline. Ils cicatrisèrent entièrement en vingt jours, trois ulcères datant de 14 ans et dont l’un avait les dimensions d’une paume de main, chez une malade non diabétique mais avec une légère hyperglycémie (1,20 p. 1,000).

OBSERVATION. — M'"° Fal.…...sch Mad., 64 ans.

Antécédents héréditaires : père mort à 85 ans, a souffert d’ulcères des jambes pendant longtemps; mère morte à 63 ans, a eu trois bémoptysies; deux frères en bonne santé; un frère et une sœur morts à 60 et 30 ans, de cause inconnue.

Antécédents personnels : le mari a 65 ans, s.p.; deux filles, dont l’une, âgée de 28 ans, a déjà des ulcères de jambe; trois fils morts : l’un à la guerre, un deuxième à 2 ans, de grippe, un troisième à 9 jours, de tétanos.

À l’époque de la ménopause, il y a quatorze ans, la malade a eu une phlébite et depuis cette époque elle souffre d’ulcères de jambe.

Etat le 21 octobre 1927 : actuellement, la malade se présente à nous avec trois ulcérations de dimensions variables, l’une sur la face interne de la jambe gauche, les deux autres sur la jambe droite.

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Jambe gauche : sur la malléole interne et la couvrant juste, uleère ayant exactement la dimension de cette apophyse, à fond grisâtre sale, répandant une odeur désagréable.

Jambe droite : sur la face interne, on voit deux ulcères, l’un siégeant sur la malléole interne comme de l’autre côté, triangulaire, de 4 centimètres de haut sur 3 centimètres de large à sa base inférieure; le second est beaucoup plus grand : 8 centimètres de haut sur 7 centimètres à sa plus grande largeur, de forme irrégulière; 1l occupe la presque totalité de la face interne du tiers inférieur de la jambe. :

Les trois ulcères siègent sur une large zone brunâtre-rougeâtre, débordant tout autour d’au moins + centimètres; cette zone est manifestement une région insuffisamment nourrie par les vaisseaux sous-jacents.

Les ulcères sont le siège de vives douleurs. Nulle part on ne note d’adhérence anormale en profondeur.

Hecht-Baucr : négatif.

Bordet-Wassermann : négatif.

Glycémie : 1,20 0/00.

Pendant trois jours, pansements au sérum physiologique à 10 0/00 de Na C1 pour nettoyer et désodoriser les plaies.

25 octobre 1927 : pommade à l'insuline sur les ulcérations, pâte de zinc autour pour protéger les tissus adjacents.

16 novembre 1927 : les trois ulcères sont complètement épidermisés et les cicatrices sont indolores.

En 1926, F. Lumière, dans sa thèse inspirée par Legueu et Chabanier, après avoir étudié les applications générales de l’insuline en chirurgie et rapporté un certain nombre de cas où la pommade à l’insuline a aidé à la cicatrisation de plaies post-opératoires chez des diabétiques, expose quelques cas traités à l'Hôpital Necker, à Paris.

La pommade employée alors avait la formule suivante :

OS AO PANNES SERRE EE Lecr- 50 HO HILE M ee en Re CE 45 ge.

NÉS RENE NE MR qe 90 or.

Telle, S'ÉAe NT r e DRLLC RES 30 cc.

L’insuline était préparée selon la méthode de Chabanier et contenait huit unitées par cc.

L'on faisait des applications assez abondantes de cette pommade sur une compresse que l’on mettait directement sur la plaie.

Les résultats généraux obtenus chez la plupart des malades ont été:

1° La transformation des bords de l’ulcération et des tissus avoisinants qui de brunâtres deviennent roses, donnant l’impression d’une vitalité plus grande ;

29 Diminution de la suppuration ;

3° Aplanissement des bords bourgeonnants de la plaie.

Lumière ajoute que, outre l’emploi de pommade à l’insuline, il à tenu strictement à l'application de la méthode ambulatoire; il a

tenu à ce que tous ses malades marchent et se lèvent le plus possible et mènent pour ainsi dire une vie normale. On constatera d’ailleurs, écritil, que la plupart n'étaient pas hospitalisés et venaient de chez eux à l'hôpital pour suivre leur traitement. Quant aux malades d’hôpital, l’auteur a veillé à ce qu’ils soient debout le plus souvent possible. II considère ce fait comme primordial car la plupart des ulcères de jambe, pour ne pas dire la totalité, sont grandement améliorés par le repos. Quelle que soit la médication employée, les résultats obtenus dans ces conditions ne sont nullement probants à son avis, et encore moins intéressants, car en général, les malades voient leur ulcération réapparaître dès qu'ils reprennent une vie active.

Voici les principales observations rapportées par Lumière :

OBSERVATION XVIII (obs. de Chabanier, F. Lumière et M. Lebert). — M'° M. Peig..……., plaie des pieds. Malade de 15 ans, diabétique depuis quatre ans, ma suivi au début qu’un régime de restrictions.

Au mois d'août 1923. — A commencé un traitement à l’insuline. Glycémie 2 97.108:

En 1924. — La glycémie est montée à 4 gr. 25.

Elle à fait à plusieurs reprises des accidents de pré-coma avec inappétence, somnolence, pouls rapide et vomissements.

Au mois d'avril 1925. — A la suite de ses accidents comateux, ses parents s’aperçcoivent de l'existence de grosses cloques à la base des pieds, qu'ils prennent pour des brûlures de bouillotte.

Appelé à ce moment, nous nous rendons compte, après imterrogatoire, que l’origine de ces cloques est spontanée et non pas provoquée par des brûlures.

Au pied droit : région plantaire, énorme phlyctène sur la partie interne, une autre sur la partie externe et d’autres petites sur les faces dorsales des 2%, 3% et 4 orteils.

Au pied gauche : large phlyectène à la face plantaire, une autre à la racine du 5° orteil.

Toutes ces phlyetènes, remplies de sérosité, sont très tendues et très douloureuses.

23 avril. — Les douleurs sont si intenses qu’elles empêchent le sommeil.

Nous nous décidons à une ponction au bistouri que nous renouvelons le 25 avril. Rapidement le liquide s’est écoulé, l’épiderme s’est flétri et, même dans les phlyctènes non ponetionnées, laisse place à de larges plaques de sphacèle noir bien limitées.

L'examen à ce moment permet de constater :

Sur le pied droit : une plaque sur le bord interne de 3 em. sur 6, une autre du côté externe de 2 em. sur 6, petites plaques sur les 2°, 3° et 4 orteils, face dorsale, avee chute des ongles.

Sur le pied gauche : une grande plaque de 7 em. sur 4, une autre à la racine du 5° orteil, face plantaire, de la grandeur d’une pièce de 2 franes, une autre à l’extrémité du 1° orteil.

Traitement. — On continue les injections d'insuline à raison de 80 unités par vingt-quatre heures, eomme la malade le fait depuis 1923; localement, on applique de la pommade à l’insuline en quantité abondante que l’on renouvelle tous les jours.

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4 mai. — On abrase aux ciseaux l’épiderme restant.

À la fin de mai. — Petites plaies des 2°, 3° et 4° orteils du pied droit; celles du 5° orteil du pied droit et du 1‘ orteil du pied gauche sont cicatrisées. Les plaques de sphacèle se sont éliminées, laissant des plaies bourgeonnantes en voie de cicatrisation.

8 juin. — La plaie externe de la face plantaire du pied droit est cicatrisée.

À la fin de juin. — Toutes les plaies sont complètement guéries, laissant des cicatrices roses et souples.

La malade se lève. Le frottement des chaussures amène quelques petites phlyetènes sur les cicatrices. Pansement à la pommade d'insuline : disparition rapide.

15 juillet. — A ia suite d’un port de chaussures, nouvelle apparition d’une grosse cloque qui disparaît.

Vers le 20 août. — La malade remet des souliers de manière journalière

et marche normalement. Seuls quelques fourmillements dans les membres inférieurs subsistent.

Pendant toute cette période, le taux du suere s’est maintenu entre 50 et 90 grammes par vingt-quatre heures; l’acétone, variable, existait soit abondamment, soit sous forme de traces (le 10 mai, 1 gr. 200 0/00).

Nous avons revu la malade en février 1926 : bon état général, excellent état local des pieds; elle n’a plus aucun fournullement dans les membres inférieurs.

OBSERVATION XX. — M. Hedd.……., ulcères de jambe. Malade de 53 ans, entré le 14 avril 1925, dans le service de M. le Professeur Legueu, pour ulcération de la jambe droite.

Ce malade, mobilisé en 1915, présenta, à la suite de marches, des douleurs et de la fatigue de la jambe droite. Rapidement apparut une petite ulcération au niveau de la malléole interne. Evacué à l’hôpital de Creil : repos et eau d'Alibour, cicatrisation de la plaie en deux mois.

2 août 1915. — Il repart dans la Somme. Quelques jours après, réapparition de la plaie, évacuation au Havre. Oxyde de zinc et repos : cicatrisation en un MOIS.

En février 1925. —— Ouverture de la plaie. Hospitalisé à la Charité ; collargol et repos : cicatrisation en quinze jours.

Reprend son travail et, quelques jours après, réapparition de l’ulcère.

En avril 1925. — Entre à l'Hôpital Necker.

Examen du 20 avril 1925. — Homme en très bon état général, ne se plaignant que des arrêts continuels dans son travail que lui provoque sa plaie de jambe.

Cette jambe droite présente une pigmentation brûnatre avee peau lisse dans sa partie inférieure. Pas de varices apparentes, ni sur la jambe, ni sur la euisse. Sur la malléole interne, petite ulcération de la grandeur d’une pièce de 0 fr. 50, à fond atone jaunâtre, à bord irrégulier.

Sur la partie supérieure de la jambe, lésion de pyodermite typique et existence, au niveau de la partie interne de la tête tibiale, d'une plaie en longueur d'aspect banal provoquée par le frottement du bord du pansement.

Rien à l’autre jambe.

Examen des urines. — Sucre : 0; albumine : 0; acétone : 0.

Examen du sang. — Glycémie à jeun : 0,70 0/00.

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