LE TRAITEMENT DE L’ACRODYNIE
A l'heure actuelle, nous ne pouvons pas encore opposer à l’acrodynie un traitement spécifique qui puisse, dans tous les cas, abréger son évolution. Cette lacune thérapeutique est la conséquence de l’imprécision de nos connaissances sur l’étiologie et la pathogénie de cette affection.
L'acrodynie est une maladie qui guérit d’ellemême ; son évolution est longue et pénible, aussi doit-on s’efforcer de mettre tout d’abord en œuvre un traitement symptomatique.
Contre l’insomnie nous avons vu donner du gardépal et du bromure. On est parfois obligé de faire appel aux médications opiacées pour calmer les douleurs.
De nombreuses pommades ont été préconisées pour apaiser le prurit : pâte de Rocaz, poudre de MM. Nobécourt et E. Pichon.
Les solutions d’acide chromique ou de bleu de méthylène ont une heureuse action sur la stomatite ; l’atropine à haute dose calme les transpirations.
Le rôle de l'hygiène est primordial pour préserver l'enfant contre l'infection étrangère : il doit être laissé au lit et au chaud :; s’il a des frères et des
sœurs, nous pensons qu’il est préférable de l’isoler ; la connaissance que nous avons de plusieurs exemples de contagion familiale nous donne à croire que cette précaution prophylactique n’est pas vaine.
Certains auteurs pensent qu’il est préférable de préserver.les enfants de l’action des rayons solaires : Vernon et Braithwaite ont amélioré leurs malades en les enfermant dans des chambres aux fenêtres tendues d’andrinople.
Presque tous les malades que nous avons observés ont reçu des vitamines, bien que nous r’ayons pu, en aucun cas, établir un rapport entre l’acrodynie et les avitaminoses.
Wilie et Stern ont obtenu avec le foie cru de bons résultats. Des auteurs australiens donnent à leurs malades des pommes de terre bouillies qu’ils font manger avec la peau ; entre les mains de Pichon et Cambessédès, cette méthode fut couronnée de succès.
La médication opothérapique, notamment par les extraits surrénaux, n’a semblé en aucun cas hâter le processus de guérison chez nos malades.
La médication anti-infectieuse fut mise en jeu assez souvent ; notamment dans les formes encéphaliques que nous avons observées on administra de l’uroformine et du salicylate de soude.
Rodda pense que l’acrodynie est produite par une infection à point de départ rhino-pharyngien ; il aurait remarqué que l’ablation des végétations et des amygdales hypertrophiées entraînaient une guérison rapide de l’acrodynie chez les opérés. L’un de nos
EN) Wiese
malades subit une amygdalectomie sans que l’évolution de sa maladie en fut raccourcie ultérieurement.
En somme, ce qu’il faut retenir de tous ces traitements, c’est que leurs résultats en sont fort inconstants.
Par contre, la thérapeutique qui vise à la correction des troubles végétatifs et vasculaires de l’acrodynie est celle qui nous paraît le plus logique : elle a même donné chez quelques-uns de nos malades d'excellents résultats et le médicament qui a été le plus constamment utilisé est le chlorhydrate d’acétylcholine. Il fut employé pour la première fois en 1929 par Lelong et Odinet qui avaient été encouragés par les résultats obtenus par Lereboullet avec ce médicament dans un cas d’acrocyanose.
Les observations qui attestent l'efficacité de cette thérapeutique sont de plus en plus nombreuses : Nobécourt et Kaplan, Weill-Hallé et Klotz, Mourrut citent des exemples à l’appui. L'effet du médicament a été particulièrement mis en évidence dans un de nos cas : l’amélioration avait été rapide et presque complète, mais le traitement ayant été interrompu pendant queques semaines, les symptômes réapparurent aussi intenses qu’au début.
Le petit malade de l'observation XVII présentait des crises d’excitation nocturnes qui résistèrent à toutes les médications calmantes, mais qui cédèrent brusquement à la suite de la 1* injection d’acétylcholine.
Mais le plus beau résultat que nous rapportons
est celui qu’obtint notre Maître Yves Bureau, dans un cas d’acrodynie à forme mutilante : nous avons vu que cette forme revêtait un caractère très grave du fait de l’installation rapide du processus gangréneux qui avait déjà détruit une phalange et menaçait de s’étendre à tous les autres doigts.
L’acétylcholine fut employée aussitôt et injectée à doses assez fortes : 0 gr. 05 tous les jours.
Le résultat fut immédiat et remarquable, de nouvelles mutilations furent évitées et le syndrome d’acrodynie s’atténua. « Il nous semble certain, dit l’auteur, que grâce à l’acétylcholine, nous avons sauvé les mains de cet enfant ». Mais il faut ajouter que les mains et les pieds de la petite malade furent l’objet de soins locaux continuels avec la mise en œuvre de badigeonnages au cristal violet et au bleu de méthylène. Nous croyons qu’il convient d’attacher une très grande importance aux procédés d’hygiène et de désinfection des lésions cutanées dans la thérapeutique des formes mutilantes.
Toutefois l’action quasi spécifique de l’acétylcholine, qui explique l’existence du syndrome hypertensif et sympathique n’est pas constante. Dans plusieurs de nos observations, nous avons vu que l’action de ce médicament fut nulle ; il est toutefois à remarquer que dans ces cas toutes les thérapeutiques échouèrent. M. Levesque qui n’a jamais eu de ‘ résultats avec l’acétylcholine pense que pour obtenir une amélioration il faut intervenir dès le début. Vue après deux mois, la maladie ne semble influen-