‹ Quelques aspects de la foi moderne dans les poèmes de Robert BrowningChapitre 11 sur 52 · You've Ovid in your poke to plaster that · texte numérisé non relu

You've Ovid in your poke to plaster that

Amen's at the end of ail.

croire que ce soient des conseils moraux ou religieux. Le mourant n'a qu'une pensée : avoir sur sa tombe un beau monument, plus beau que celui du vieux Gandolfe, qui lui enviait sa maîtresse. Ce monument, il y pensait il y a des années lorsqu'il mit le feu à son église, uniquement pour s'approprier un bloc de lapis-lazuli « gros comme une tête de juif coupée à la nuque et bleu comme une veine sur le sein de la madone )>. Il l'a caché dans son jardin, et quand son monument sera bâti, en marbre rose, avec neuf colonnes, on mettra le bloc bleu sur ses genoux. Il faudra une inscription en bon latin, du Cicéron, non du Priscien, comme dans celle de Gandolfe, où il y a le mot elacescebat. Tout cela sera placé dans le coin de la cathédrale, d'où il pourra voir le côté de l'Épître, le dôme où habitent les anges et où s'attardent les rayons du soleil. Gandolfe le verra de sa propre tombe et crèvera de dépit. Lui-même pourra entendre « le marmottement sacré de la messe, et voir faire et manger Dieu tout le long du jour )>. Pour que ses enfants hésitants lui obéissent, il leur promet son appui dans le ciel, son intercession pour que saint Praxed leur envoie des chevaux, des manuscrits grecs et « des maîtresses^ aux grands membres lisses et marmoréens ». Qu'est-ce que la religion de ce prince de l'Église, tout occupé d'art ou d'amour jaloux, de vie luxueuse et facile, dont l'idéal ne va pas plus haut qu'une belle tombe et le souvenir d'une belle maîtresse qui rendait jaloux ses rivaux ? (Men and Women. — The Bishop orders his tomhM

Les évêques actuels valent-ils mieux ? Il faut le demander à l'évêque catholique Blougram, qui fait ses confidences à un humble journaliste, trop insignifiant pour que le prélat mesure ses paroles devant lui. (Men and Women. — Bishop Blougram's Apology,)

Blougram est tout à fait du xix® siècle. On a même, à tort ou à raison, mis au-dessous de son nom celui du cardinal Wiseman, connu en France pour son roman autrefois populaire de Fahiola^ mais plus célèbre par ses études sur les doctrines de l'Église primitive. En lui surtout se trouve très subtilement analysé l'état d'un esprit qui eût pu être tiraillé entre la négation et la foi, et qui, de parti pris, a choisi la foi comme conclusion de longs raisonnements, alors' qu'au fond il reste parfaitement sceptique. Il faudrait suivre d'un bout à l'autre sa longue argumentation serrée, où l'on ne peut trouver une faute, et contre la conclusion de laquelle tout esprit droit se révolte néanmoins instinctivement. L'homme instruit de notre époque, avoue l'évêque, ne peut point avoir de foi absolue. Mais il

ne peut pas non plus nier d'une façon absolue ni se débarrasser complètement des sensations de Tinfinî. Sa vie ne sera donc qu'un loi^ acte de doute, mêlé de moments de foi. Soit ; mais pourquoi ne serait-elle pas un acte de foi mêlé de moments de doute ? Dira-t-on que Téchiquier est blanc avec des carreaux noirs ou noir avec des carreaux blancs ? Lui, pour sa part, préfère la première al^rnative. Ment-il en disant : « Je crois?)) Il mentirait tout autant en disant : « Je ne crois pas. )) Que choisir? Ce qui s*adapte le mieux aux conditions de la vie dans laquelle il se trouve. L*idéal, ce serait un monde où la conduite pourrait s'accorder exactement avec la pensée, où Ton pourrait vivre une vie pleine et grande sans duplicité. « Mais le problème n'est pas de se figurer ce qui serait beau dans la vie pourvu que cela pût être ; c'est de découvrir ce qui est, et de le rendre beau dans la mesure du possible. )) A cela l'évêque a borné son idéal, mais il la réalisé. D'autres ont un idéal plus grand, mais ils n'en approchent jamais . « Je suis beaucoup, vous n'êtes rien. Je n'ai voulu qu'être beaucoup ; vous avez voulu être tout : par là seulement vous me dépassez. )) Il faut donc que l'homme rétrécisse son idéal, comme le passager qui n'a qu'une petite cabine à meubler pour un long voyage, et qui ne peut prendre avec lui que ce qui est absolument nécessaire à son confort. Or, dans le voyage de la vie, une chose donne à Blougram ce confort, c'est la foi pratique et positive. Elle convient le mieux à ses besoins, lui fait produire ce qu'il a de meilleur en lui, et lui dopne des fruits de puissance, de paix et de longs jours. La négation ne le ferait point : par suite il choisit la foi. Mais quand elle est choisie, et afin qu'elle porte ses fruits, il faut la déclarer hautement et énergiquement, sans aucune ombre de doute possible, en un credo net et décisif, sur lequel on ne reviendra pas. Or il y a un credo tout fait. Il l'a appris dans son enfance ; il en est devenu le prêtre, car c'était pour lui le moyen d'existence le mieux à sa portée. De plus, ce credo est la forme de foi la plus précise et la plus absolue du monde. Il répond donc parfaitement à ses besoins. Voilà que cette foi de Pierre, ou plutôt d'Hildebrand, lui donne, s'il Tadopte, tout ce qu'il demande. Elle l'exalte au-dessus de ses semblables, procure à sa vie la joie, la fierté et l'aise, satisfait son désir de domination et de respect. — Bien, répondra-t-on, mais cela ne lui donne pas le respect des natures d'élite, et ce sont les seules qui comptent. Verdi, alors qu'une salle tout entière croulait d'applaudissements après son nouvel opéra, n'entendait et ne voyait qu'une

chose : Rossini impassible dans son fauteuil. Donc la foule vénérera Blougram, mais les grandes âmes le mépriseront. — Point du tout. La question de savoir s*il croit ou non les intrigue, et on s'occupe de lui. « Lui, le savant, l'homme de bon sens, comment peut-il croire ? Et pourtant... et pourtant I... »

A quoi bon désirer mieux ? Laisser la pourpre du cardinal pour être un Napoléon ? On y perdrait en tranquillité, si même il n'y avait pas de vie future et de jugement, et combien plus s'il y en avait 1 Être un Shakespeare ? Il vaut bien mieux avoir ce que Shakespeare rêvait.

Si Shakespeare vivait, il ne pourrait que rester chez^uî, et, dans ses rêves, se procurer le Vatican, des bustes grecs, des tableaux vénitiens^ des murs romains et des livres anglais, dont aucun ne vaut le sien, que je lis relié en or (il n'en fit jamais autant). La cascade de Terni, la baie de Naples et le sommet du Saint-Gothard?eh ! mon ami, je ne pourrais pas me figurer une seule de ces choses ; mais, aussi vrai que je verse ce vin, les voici, je les ai gagnées. J ai traversé le Saint-Gothard en juillet dernier avec dix mulets à ma voiture et un lit dans lequel je me balançais. Mon sort est- il plus malheureux pour cela ? Nous voulons la même chose, Shakespeare et moi ; moi, ce que je veux, je Fai. Lui, plus doué, pouvait, quand il voulait, se figurer les avoir, pas assez cependant pour ne pas désirer les posséder à mon sens à moi..« Et si cette vie est tout ce qu'il y a à considérer, qui est-ce qui a gagné la partie ^ ?

S'il y a une autre vie, il est .vrai que l'enthousiasme vaudrait mieux. Mais il ne peut valoir que du côté de la foi, non de celui de

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