‹ Quelques cadencesChapitre 19 sur 23 · DOMREMY-LA-PUCELLE · texte numérisé non relu

DOMREMY-LA-PUCELLE

« Jeanne était toute bonne. >^ Quel mot délicieux qui vêt et fleurit de soleil la petite fille! Quel enchantement parmi tous ces détails ! Nul ne me fera de reproche si je ralentis notre pas. On est près de la terre :

on entend respirer cette belle campagne et sa fidèle population ; on voit les points de suture qui relient le monde gaulois au monde catholique romain. Dans ce paysage qui n'a pas bougé, si l'on médite ces vieux textes, on s'enrichit d'une intelligence qui ne diffère pas de l'amour.

C'est à ces lieux que la vierge pensait quand elle dit telle parole qui nous mène, à mon jugement, le

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plus près de son âme. Elle était prisonnière; les durs légistes la tenaillaient de leurs subtils arguments, car ils eussent voulu qu'elle mourût en doutant d'elle-même et désespérée.

Ses apparitions, disaient-ils, étaient diaboliques et l'avaient trompée, puisqu'elles l'abandonnaient. D'un élan sublime de simplicité, elle répondit à ces tentateurs : « Si j'étais au milieu des bois, j'y entendrais bien mes voix. »

Quel silence nous courbe après un tel éclair ! Nous sommes contraints de méditer. Ce n'est point Jeanne seule qu'il illumine. 11 nous aide à discerner parmi d'épais nuages le caractère et la formation des laveurs surnaturelles. « Si j'étais au milieu des bois... » Cette parole s'empare de nous, saisit notre cœur et notre intelligence pour toujours. Ce n'est point comme tant de mots où nous nous définissons, une lointaine traduction c'est de l'âme nue sous nos yeux.

La vierge a révélé son secret et les moyens de son ascension. Il semble que par une fissure nous voyons

sourdre la source. Voilà donc comment s'émeut la part divine, pour ainsi parler, qu'il y a dans l'homme.

Une jeune fille de dix-neuf ans, illettrée., nous oriente vers la plus poétique et la plus forte conception de la vie ! Souvent nous fûmes dans le sillage de telle femme éclatante, privée de cœur et de cerveau, mais par qui nous entendions les sourdes raisons de l'espèce ; rien ne peut être comparé au bénéfice qui nous augmentera si nous suivons la pure vierge que l'exaltation de son cœur et de son cerveau semble animer de folie : elle nous mène au trésor mystérieux, aux réserves de la nature. Dans ces paroles de Jeanne fraîchissent les nappes souterraines de la vie, de la vie commune à tous les êtres. Le pauvre oiseau captif qui, dans sa cage, n'entend plus sa volonté de vivre, l'enfant qui s'hébète au collège par manque de tendresse, l'artiste que stérilisent les salons, sentent confusément ce qu'exprime avec une sereine puissance cette vierge pour qui le monde surnaturel existait. Ils se

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définissent dans son cri : « Si j'étais au milieu des bois, j'y entendrais bien mes voix. »

Il est des jours qui sont des îles...

Au bord d'une telle journée de l'automne en Lorraine, viennent battre les sombres flots de l'hiver parisien.

Mais plus sombres l'entourent les nuages, les neiges et les pluies de toutes nos vies médiocres. Divine douceur de ce chétif paysage si mol et si fort, racinien et cornélien ! Il brise le cœur et l'affermit. Perpétuel attendrissement, mais qui formerait des héros.

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