L AMOUR
Je n'attends point que dans l'amourpassion Philippe rencontre le bonheur, puisqu'il ne gît qu'au fond de la sérénité. Mais dans son ardeur à souffrir, à conquérir un tendre objet fragile, je souhaite que son désir se nuance de fierté, de beauté, comme on voit chez Racine.
Qu'une jeune femme l'accueille, qu'elle soit pure, brûlante et de divine fantaisie ; qu'il meure à la pression d'une si petite main, à l'éclair de ce regard, au passage d'un nuage sur ce tendre, sur cet éclatant visage :
il connaîtra en quelques semaines le déchaînement de ses puissances les plus secrètes, la subtilité de l'amour tel que l'ont policé les poètes,
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et sur son cœur, comme sur les sables égyptiens le Nil, le cœur d'une femme soudain va s'épandre, à l'imitation duquel il recommencera de vivre.
Une belle vie a des saisons. Qu'elle se fane, ce n'est point nécessairement la mort. Sur une tige plus forte et d'un sol nourri de désastres, je vois qui veut refleurir un plus beauchant de confiance.
La nuit couvrait les espaces, la terre ne semblait qu'un aride gravier ; nul amour ne montait du jardin, nulle gloire ne tombait des cieux et pourtant, à notre insu, il y avait une divine préparation. Si les branches se courbaient, c'était du poids de leurs parfums, nous ne semblions abattus qu'à cause de nos désirs sans objet et le souffle de la grâce pouvait mollir, ordonner ce chaos. On le vit bien quand, au milieu de ce silence, soudain une voix chanta, jet d'eau pour féconder notre dessèchement, fusée-signal dont la courbe souveraine et la pluie de feu ne me laissèrent plus ignorer quel était le centre du monde.
Qu'importe si le rossignol chante sur un arbre étranger ! C'est en moi que sa chanson, qui montait vers le grand ciel froid, a pénétré pour jusqu'à ma mort.
Que sera-ce si l'un de mes mots, le plus secret et si douloureux d'invincible désabusement, passe dans son divin gosier et par son chant revient sur mon cœur, comme une pluie de musique, fondre toute sécheresse ?
Nous avons marié nos parts immortelles, et la mauvaise circonstance qui ne nous laisse d'appui sur aucune réalité, qui nous oblige à soutenir notre amitié par la noblesse permanente de l'intention, deviendra pour nous, contre toute hypothèse, le douloureux moyen d'une merveilleuse création.