‹ Quelques cas de fractures traitées par le massageChapitre 6 sur 13 · TO · texte numérisé non relu

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parus étaient des traités du massage en général, tels la thèse d'Estradère en 1863, l'ouvrage sur le massage du même auteur, ceux de Dally, de Phélippeaux, de Nostrôm, etc.

En France, les ouvrages classiques, traités et dictionnaires, n’en faisaient nullement mention. Cependant l'application du massage aux fractures et aux fractures paraarticulaires spécialement, ne date nide Lucas-Championnière, n1 de Tilanus, ni même de Mezger. Déjà, à la séance du 1° décembre 1859 de la Société de médecine pratique, au cours d’une longue discussion sur l'utilité du massage dans les entorses, Elleaume osait affirmer qu'il masserait même dans les fractures douteuses. |

Dans la Gazette médicale de Paris de 1865, un médecin major du génie, Rizet, publia un article ayant pour titre : Du massage dans le diagnostic de certaines fractures. Dans ce travail très consciencieux, Rizet cite plusieurs observations où le massage précoce lui a permis de reconnaître une fracture. « Il continue, dit-1l, le massage, même lorsqu'une fracture peut compliquer une entorse et vice versà, mais seulement jusqu’au diagnostic. » Au sujet de deux fractures du péroné qu'il a massées pendant 3 jours, il ajoute : « Si le massage, ici, ne vient plus en aide au diagnostic, au moins, il sert manifestement d’aide puissant au traitement dont 1] abrève la durée par une action prompte et incontestable.

En 1873, Bourguet d'Aix faisait, dans les fractures du radius, du massage par-dessus les attelles.

Cette innovation était, en France, sinon tombée dans l'oubli, du moins complètement mise de côté, lorsque Lucas-Championnière fit part à la Société de chirurgie, en juin 1886, des succès merveilleux qu’il avait obtenus du massage dans les fractures du radius et du péroné, du massage et des mouvements précoces dans les fractures de l'extrémité supérieure de l’humérus et de l'olécrâne. Voici en peu de mots les principes de sa méthode : pour les fractures à grand foyer, il fait au début plutôt des

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mouvements communiqués qu'un massage immédiat. Pour les fractures de l’olécrâne, de l'extrémité supérieure de l’humérus, d’un condyle, il provoque des mouvements dès le début et ne fait le massage que vers la troisième semaine.

Pour le radius, il masse au bout de 2 ou 3 jours, 8 jours, si la sensibilité est trop vive, pour le péroné, dès le lendemain, comme dans l’entorse.

Dans une séance ultérieure, Marc Sée, revenant sur la communication de Lucas-Championnière, reconnaît que les raideurs articulaires consécutives aux fractures, les adhérences tendineuses, les rigidités du tissu conjonctifinterstitiel sont dues principalement aux épanchements sanguins qu’elles déterminent dans leur voisinage, et que le but à atteindre, la résorption de cet épanchement, est tout aussitôt atteint, et d’une manière remarquable, avec la bande en caoutchouc, ainsi qu’il l’a montré à l’Académie de médecine, en 1884.

Larger, après avoir félicité Lucas-Championnière de ses succès, affirme qu'il n'en obtient pas de moins complets par ce qu'il appelle le #assage ischémique, c'est-à-dire, l’application de la bande d'Esmarch.

Terrier cite en faveur du massage 2 observations de fracture du péroné : la douleur et l'œdème avaient disparu du 8“ au 10° jour; déjà les malades voulaient se lever, mais par prudence on les a laissés au lit jusqu'au 15°° jour.

Trélat prétend que ses collègues ont été un peu loin et il est partisan d'immobiliser moins qu'autrefois, mais cependant d’immobiliser : 3 semaines pour le radius, 1 mois pour le péroné.

Encore à la Société de Chirurgie, en août 1886, Desprès, Reclus, Horteloup prennent parti pour le massage. Reclus notamment, cite 2 cas de fracture de l’olécrâne survenus successivement chez le même enfant. Il a traité ces fractures par des appareils

peu serrés, et les résultats « ont été excellents, incontestablement

supérieurs à ceux qu’on obtenait jadis avec une immobilisation plus parfaite >. Horteloup fait masser les entorses (depuis que ce traitement a été proposé par Gérard), même les entorses compli quées de fractures du péroné.

Rappelons encore de Lucas-Championnière, 2 observations parues dans le Yournal de médecine et de chirurgie pratiques, (février, 1887): 2 autres lues à la Société de Chirurgie, le 1° juin de cette même année; l’une d'elles, envoyée par Orion, de Boulogne, a trait à un malade atteint de fracture de la malléole interne et de luxation partielle de l’astragale : immobilisé pendant 10 jours dans un appareil plâtré, il subit alors 5 séances de massage de 5 minutes chacune; puis, à l’aide d’un appareil silicaté d’abord, d'une chaussette élastique ensuite, 1] peut se tenir debout au 28% jour et marcher le 38°. Le malade qui fait le sujet de la dernière observation a été vu et traité par Franck, de Sarlat; il avait une fracture du tibia; on fit dès le 3e jour et pendant 5 jours consécutifs un massage d'une heure, puis 3 autres séances à jour passé. Le 15% jour après l'accident, le malade se levait et le 25% jour il pouvait faire un voyage fatiguant.

C'est à ce propos que Marc Sée, revenant à la charge, proteste violemment en disant qu'il est obligé de rétablir ses droits à la priorité; il a obtenu les mêmes résultats avec la bande élastique « mêmes effets et moins de frais ». « J'ajouterai, dit-il, que ma méthode est moins longue que ces manœuvres du massage qui répugnent un peu aux chirurgiens et ont l'inconvénient d'ouvrir la voie à des étrangers à la chirurgie et aux charlatans. »

Par contre, Lucas-Championnière soutient que l'application de la bande élastique est douloureuse et que les malades n’en veulent pas.

Nous avons vu jusqu'ici que Championnière est le principal promoteur du massage. Ses idées et la plupart des cas de sa pratique

personnelle ont été résumés dans une excellente thèse parue à Paris

en novembre 1886. L'auteur de ce travail, M. Maison, s’est attaché

‘surtout à décrire les suites fâcheuses de l'immobilisation prolongée des fractures, à en rechercher la cause et enfin à prouver, par une série d'observations (dont quelques-unes seulement personnelles), en tout 10 fractures du péroné et 6 du radius, que le massage précoce, outre qu'il donne à la cure une durée très courte, met à l’abri des funestes conséquences de l’immobilisation.

Mais l’application du massage aux fractures ne se faisait point seulement à Paris. Dans le numéro du 5 septembre 1886 du Zyon médical, M. Rafin, chef de clinique de Tripier, publiait une observation de massage dans une fracture transversale de la rotule. Le malade, âgé de 48 ans, pouvait, dès le quinzième jour, après 14 séances de massage d'un quart-d'heure, faire, soutenu par des aides, 2 ou 3 fois le tour de la salle. Au quarante-deuxième jour, l'écartement des fragments est de 2 ou 3 centimètres; le malade marche très bien, monte et descend les escaliers, fléchit et étend la jambe, soulève, la jambe étendue, 9 kilog. et de la jambe saine 15 kilog. L’atrophie est de 1 centimètre à la cuisse et au mollet, à 15 centimètres du genou. Ce résultat doit être rapproché de la conclusion de Chaput (Archives générales de médecine, 1886) qui dit que sur 9 mauvais résultats de fracture de la rotule 4 étaient dus à une immobilisation trop prolongée.

M. le professeur Masse, cité par Metge dans sa thèse sur les atrophies musculaires consécutives aux factures, a pratiqué avec plein succès le massage et la mobilisation des articulations dans un cas de fracture de l'humérus au tiers supérieur.

L'Alger médical renferme aussi quelques observations des plus probantes.

Nous ne pouvons mieux clore la série des travaux français sur la question qu'en rappelant les deux articles publiés par un ancien interne des Hôpitaux de Paris, G. Berne, dans la ÆAevue

générale de Clinique et de Thérapeutique, du 16 et du 30 juin

1887. Déjà à la Société médico-pratique, en 1885, « il proposait, pendant le traitement des fractures, d'exercer des manipulations - des membres aussi précocement que possible, lorsque les conditions présentées par les fractures ne sauraient s'y opposer. » Son récent travail se termine par quelques conclusions basées sur divers cas de fractures de radius et du péroné; il conseille de masser immédiatement pour les fractures du radius sans déplacement, d'immobiliser pendant 12 ou 15 jours les mêmes fractures accompagnées de déplacement, et enfin de toujours immobiliser les fractures du péroné dans un appareil plâtré facile à enlever tous les jours.

Nous avons recherché dans la littérature étrangère quels étaient et l'opinion des auteurs sur l'emploi du massage dans les fractures et les cas publiés.

En Allemagne les traités du massage sont loin d’être rares. Citons entre autres :

Nichaüs, /ndications du massage. Discussion, par Emmert dans Corresp. Blatt. f. Schw. Aertze, 15 juillet 1870.

De Geist, Valeur thérapeutique du massage, Würsburg, 1870.

Le massage, son historique, son emplot et son action, par Weïs, Winerklinik, 1879, n° 11 et 12.

Güssenbauer, Æxpériences sur le massage.

Beuster, Du massage in Deutche méd. Wochenochrift, 1883.

Reiïhmayer, Le massage et ses applications dans les diverses branches de la pratique médicale.

Nous n'avons pu avoir connaissance que de l'analyse de ces différents ouvrages, et nous y avons vu l'application du massage presque à toutes les maladies, rhumatisme chronique, péritonite, maladies nerveuses, etc. de même aux entorses, aux atrophies musculaires et raideurs articulaires consécutives aux fractures, mais du massage précoce dans ces mêmes fractures il n’en est jamais question.

La communication très intéressante de Zabludowski sur le

Massage en chirurgie, ses indications et les procédés d'application, publiée #7 exfenso dans le Wrafch de 1884, ne fait aucune allusion au sujet qui nous occupe.

Nous analyserons plus en détail, parce qu'il donne l’état de la question en Allemagne, à l’heure actuelle, le récent ouvrage de Hünerfauth : Traité du massage, Leipzig, 1887, commenté par le docteur V. Hôsslin dans le Mänchener Medicinische Wochenschrift.

L'auteur parle de la guérison par le massage du catarrhe nasopharyngien en 3 jours, du coryza-chronique en 40 heures, de la pharyngite chronique en 3 jours et demi, et des succès merveilleux obtenus dans le croup, la bronchite chronique, l'asthme, les contractions intestinales, la dyspepsie nerveuse, la cardialgie, les typhlite et perityphlite, les névralgies, atrophies, paralysies, l'hystérie, les maladies des yeux, des oreilles, de la peau, enfin en gynécologie ; quant à l'emploi du massage en chirurgie, voici tout ce qu’en dit Hünerfauth : « Nul doute n'existe touchant les succès du massage dans un grand nombre d’affections chirurgicales, spécialement dans l’entorse, le rhumatisme articulaire chronique (s2c), les arthrites, les ankyloses et les contractures. » C’est là tout ce que contient un traité récent et fort estimé !

Schreiber, dans son ouvrage sur les modifications et améliorations dans le traitement des fractures, fait une large part à linitiative de chacun, et prétend que souvent les appareils les plus simples sont les meilleurs, ce que nous sommes loin de nier — mais de massage pas un mot.

Il faut arriver au 28 août 1887 pour trouver en Allemagne des observations de massage dans les fractures. Dans le Wiener Medizinische Presse de cette date, un médecin militaire, Victor Wagner a publié 5 cas de fracture transversale de la rotule, que le professeur V. Mosetig Moorhof de l'hôpital Impérial avait traités par la méthode de Mezger. Après avoir fait l'historique du traitement de ces fractures, décrit les appareils de Lode, Mus-

chenbrock, Ball, Lefort, Trélat, Wolfermann, les griffes de Malgaigne, les pointes de Dieffenbach, l'incision antiseptique de Lister, la ponction de Wolkmann et de Schede pour évacuer le sang épanché, l’auteur rappelle en détails en quoi consiste la méthode de Mezger, lui accorde la préférence, et cite à l'appui les 5 cas suivants de fracture transversale de la rotule, rapide-

ment guéris par le massage.

1% Cas.—C.., serrurier, 39 ans, tombe du haut d’une chaudière sur le pavé. Massage le quatrième jour, mouvements passifs et actifs. Il quitte l’hôpital après la sixième semaine et sans avoir besoin d’aide, de béquilles, ni même de canne.

2% Cas. — Le malade qui fait le sujet de cette observation était parti guéri au bout de 7 semaines. 4 mois après sa sortie, il reparaissait à l'hôpital pour douleurs rhumatismales dans le membre non fracturé, et il déclarait alors que sa fracture de la rotule ne l’avait nullement gêné pour son travail.

ge Cas. — Un tonnelier, âgé de 33 ans, a une fracture transversale de la rotule gauche. Il se soigne chez lui pendant 6 semaines et ne voyant aucune amélioration il se fait transporter le 17 février à l'hôpital qu’il peut quitter sans canne le 20 mars suivant.

4% Cas. — Un voyageur de commerce avait fait sur le genou une chute telle que le gonflement était très considérable, l’épanchement sanguin très abondant ; aussi dut-on commencer par tenir le pied très élevé, et mettre en permanence une vessie de glace sur le genou. Le quatrième jour, on masse le triceps et toute la région périarticulaire ; le huitième jour, le malade accomplissait des mouvements actifs, demandait instamment à se lever et le treizième jour, soutenu par deux infirmiers, il était à même de faire, sans trop souffrir, un ou deux pas dans la chambre.

gme Cas. — Un ouvrier de 24 ans tombe d'un échafaudage élevé et se relève avec une fracture du radius droit et de la rotule du même côté, Il vient à notre service le 9 juillet. On le masse à dater du 13 et le 22 juillet le maladé, malgré sa fracture du radius, s’en allait avec des béquilles se

promener presque tout le jour dans le jardin de l'hôpital.

Malgré nos recherches nombreuses, nous n'avons pu trouver d'autres observations de massage publiées dans les feuilles pério-

diques ou ouvrages #emands, Parmi les précééentes, quelques. unes datent de 1886, je le veux bien, mzis on 4 zttendu, pour les éditer, Ve mois d'août 1887,

Les Nittératures anglaise et américsine clles-mémes sont mueites sur Vemploi du massage précoce dans les fractures; n V'/ndes mudious, 06 Va Lan, 56 Ve Brishish journal, n5 Ve New-York medical journal n'en font Va plus simple méntion, et cependant Playfair (Lancet, octobre 1886), affirme qu'il n'est pes un hôpital où on ne compte un ou plusieurs masseurs ou masseuses, Nous rétracerons plus loin les principaux traits d’une discussion qui eut lieu 4 la Société de Chirurgie de New-York au sujet du traitement de Va fracture du radius, ét nous verrons que tous les appareils, toutes les modifications, sauf le massage, ont été mis en AVaH4,

Nous ne pouvons omettre dans cette énumération sommzire les quelques cas relatés par Norstrôm de Stockholm, Dans #2 premére édition du Traité Hiorique dl praliqjue du massage, 291€ avoir cité les paroles de Podrazky, qui prétend « qu'un où deux massages ne pourraient étre qu'avantageux pour la consolidstion des fractures, surtout dans les c2s où les fragments sont écartés per un épanchement », il rapporte des observations trés intéressantes, publiées par des chirurgiens d'une haute valeur,

Gerst, pour une fracture du 1/3 inférieur du radius,emploÿz le massage immédist pendant 4 jours, Vimmobilisstion pendant 21 autres jours, t, aprés ce laps de temps, le malade qui fzisait partie d'un régiment d'infanterie, pouvait retourner zu corps com-

Ludwig Sellberg traita par le massage 4 L mobilisztion précoces, un jeune enfant de 9 ans atteint de fracture de l'olécräne, « Aprés un mois de trsitement, le malsde peut rentrer chez lui, Verticulation du coude 2 repris tous ses mouvements ét il ne reste qu'un disstzsis insignifiant »,

Rossander parle d’un malade qui, entré à l'hôpital pour une fracture de la rotule, en était sorti après un séjour de 3 semaines. Norstrôm termine enfin par 2 observations très concluantes, l’une de Mezger ayant trait à un malade qui, ayant de l’ankylose pour une fracture ancienne de la rotule, se fait une fracture de la même rotule et est renvoyé par Mezger après 19 jours d’un traitement méthodique par le massage, la mobilisation et la marche. La seconde est due à Wilhem Bolin, de Stokholm. Le succès moins rapide que dans le cas précédent était tout aussi complet et vers le 35% jour le malade pouvait marcher sans difficulté.

Tel est l'historique, résumé et forcément incomplet, du massage dans les fractures. Si je me suis un peu trop étendu sur ce côté de la question, si j'ai donné avec amples détails la relation de la plupart des observations, ce n’est pas dans un simple but bibliographique. J'y vois, sans doute, l'avantage de pouvoir en faire avec mes cas personnels un tout imposant, pour le comparer avec les résultats que donnent les autres modes de traitement; mais j'en tire aussi, dores et déjà, une conclusion dont je suis fier, et pour ne pas être tancé de chauvinisme, j'opposerai à l’invective de Billroth qui prétend que la France se traîne péniblement à la remorque de la science allemande, les propres paroles de Norstrôm, de Stokholm.« Ze mof massage est un mot françars : les lermes techniques usités à propos de lux sont des termes français : les premiers travaux auxquels 1l a donné lieu dans les temps modernes onf été des travaux français » (Avant-propos du Z'rarté du massage, P. 2).

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