‹ Quelques cas de fractures traitées par le massageChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

OBSERVATION I (personnelle).

Fracture des deux radius, traitée comparativement par le massage et

l’immobilisation.

Le nommé Ben. G., 37 ans, mécanicien, entre le 12 novembre 1886 dans le service de M. le professeur Lanelongue, salle 17, lit 35.

Il a une fracture des deux radius à la suite d’une chute d’une hauteur de 9 mètres sur les poignets. Les lésions, la déformation, le gonflement, l'impotence sont les mêmes des deux côtés. Les deux fractures sont réduites; l’une, celle du radius gauche, est traitée par l'appareil classique et l’immobilisation, l’autre par le massage. Des deux côtès la pression au dynamomètre est nulle.

13 novembre : Deux séances de massage de 15 minutes très douloureuses.

14 novembre : 3° et 4° séances, la 1'° de 17 minutes, la 2° de 15.

15 novembre : Les mouvements du poignet se font sans trop de douleur ; à la pression, la partie antérieure est insensible, la partie postérieure est encore un peu douloureuse. 2 séances de massage.

16 novembre : Une séance de 20 minutes.

17 novembre : Le gonflement a disparu presque totalement, Les pressions, faites uniformément sur tout l’avant-bras, sont mieux supportées. Durée : 1/4 d'heure. Le malade soulève une chaise avec la main en demipronation.

18 novembre : Massage et mobilisation pendant 18 minutes. B., écrit commodément et sa force au dynamomètre est de 10*500.

19 novembre : Force dynamométrique, 12*,

20 novembre : Force dynamométrique, 13“750.

Chaque jour je fais un massage d’un quart d'heure, Le 22 novembre, les frictions, même très fortes, sont très bien tolérées sur tous les points, les mouvements du poignet sont libres, aucune déformation ne s’est produite; le malade soulève à bras tendus un vase contenant un demi-litre d’eau et

se sert déjà de sa main pour manger.

25 novembre : 22: au dynamomètre,

30 novembre : La pression au dynamomètre est de 25*500.

La consolidation est achevée: le cal est très volumineux. Le malade se sert de sa main pour tous les usages de la vie. Aussi considère-t-on le poignet droit comme guéri.

L'appareil du bras opposé est enlevé le 8 décembre. Le consolidation est parfaite également, et ne s'accompagne d'aucune déformation ; mais il existe de l’atrophie musculaire, de la raideur des doigts et du poignet et une impotence fonctionnelle absolue. B., donne de sa main gauche o° au dynamomètre.

Le malade, sorti de l’hôpital le 10 décembre, a été revu le 31 mars 1887, par le docteur Metge à qui j'avais communiqué l'observation et voici ce que mon excellent camarade et ami a constaté :

« Les mouvements articulaires se font normalement dans la main droite. Dans la main gauche, il y a encore des raideurs dans les articulations métarcarpo-phalangiennes et dans les articulations des phalanges.

« Au dire du malade, le bras gauche est beaucoup plus sensible au

» Nous avons mesuré en trois points différents l’avant-bras de chaque côté, le gauche est sensiblement diminué ; nous avons trouvé :

» À 5 centimètres au-dessous du pli du coude : à droite, 27 centimètres 1/2; à gauche 26 centimètres,

» À 10 centimètres au-dessous du pli du coude : à droite, 26 centimètres; à gauche, 22 centimètres.

» À 15 centimètres au-dessous du pli du coude : à droite, 21 centimètres ; à gauche, 19 centimètres ».

(TH. DE METGE. — Bordeaux, 1887).

OBSERVATION II (personnelle).

Fracture de l’extrémité inférieure du radius. Massage. Guérison avec déviation

de la main,

Cas... Adélaïde, 70 ans, arrivée de Toulouse, où elle s'est fait, en tombant dans les escaliers, une fracture au 1/3 inférieur du radius droit, est admise'le 21 février à l'hôpital Saint-André et placée salle 8, lit 27.

Déformation en dos de fourchette très prononcée. Gonflement considé-

rable, vaste ecchymose recouvrant tout le poignet, Douleur très vive au niveau de l'articulation et en un point précis, qu’on reconnaît être le siège de la fracture, c’est-à-dire à 3 centimètres au-dessus de l’apophyse styloïde du radius.

22 février : Je réduis la fracture et procède immédiatement à une première séance de massage ; J'évite de mobiliser les articulations, encore trop douloureuses, et me contente de faire pendant 20 minutes, non sans arracher des cris à la malade, un effleurage aussi léger que possible.

22 février, soir : Second massage de 15 minutes. Ni bandage ni appareil d'aucune sorte. La main est placée un peu élevée sur un coussin.

23 février : Troisième et quatrième séances de massage de 15 à 17 mis nutes,.

24 février : Gonflement diminué. Ecchymose diffuse. Effleurage un quart d'heure matin et soir, mieux supporté. Quelques mouvements passifs. Aucune déformation.

25 février : Force au dynamomètre 5 kil. 2 séances de massage. La malade se lève toute la journée le bras en écharpe.

26 février : Force au dynamomètre 5 kil. 500. Le dos de fourchette n’est pas reproduit, mais il existe un commencement de déviation vers le bord radial. Je redresse la main pendant le massage qui dure 20 minutes.

27 février : Une seule séance de 18 minutes.

28 février : Une séance d’un quart d’heure. Frictions, mouvements actifs et passifs douloureux à l’extrême limite seulement.

1e mars : Force dynamométrique 8 kil. La déviation, corrigée à chaque massage, est reproduite au suivant. Je l’attribue à la position vicieuse de la main qui repose sur l'écharpe par son bord cubital. Aussi recommandé-je à la malade ou de garder le lit où de porter son bras pendant. Elle ne se conforme en rien à mes prescriptions, et au bout de vingt jours elle quittait l'hôpital, guérie, mais la main en abduction.

Ainsi, après 25 séances de massage de 12 à 20 minutes chacune, sans appareil ni aucun traitement accessoire, Cas Adelaïde, âgée, avons-nous dit, de 70 ans, donnait au dynamomètre 18 kil., avait tous les mouvements de son poignet et de ses doigts libres et faciles, et pouvait vaquer aux divers travaux de ménage.

OBSERVATION III (personnelle).

Fracture du radius. Massage. Guérison en 16 jours.

- Jeanne R..., domestique, 48 ans, glisse en lavant une cour, tombe sur la paume de la main droite et remarque alors qu’elle ne peut plus se servir de cette main.

M. le professeur Lanelongue appelé constate une fracture par pénétration

de l'extrémité inférieure du radius, et, avec une bienveillance dont je ne saurais être trop reconnaissant, m'adresse la malade, pour la masser. . Jeanne R... vient à l'hôpital le lendemain 23 avril. Outre les signes classiques, je constate un gonflement tel que le poignet lésé a 18 centimètres de circonférence, tandis que le poignet sain n'a que 15 centimètres 1/2. Ce gonflement s'étend de l’espace interdigital au milieu de l’avant-bras. Pouce immobile et raide. Les autres doigts exécutent à grand-peine la demi-flexion. Force au dynamomètre 0. — Tête du cubitus très-douloureuse.

1° Séance de massage après réduction de la fracture. L’avant-bras reposant dans toute sa longeur sur une table, je fais un effleurage depuis l'extrémité des doigts jusques au coude, je ne cherche à éviter ni les articulations ni les points fracturés, etje ne m'arrête qu'après 20 minutes de manœuvres, en réalité très douloureuses, Pour masser la face antérieure de l’avant-bras, qui ne peut alors s'appliquer sur la table, j'embrasse et soutiens solidement dans ma main gauche sa face antérieure, j'évite de la sorte tout frottement et tout déplacement dans le foyer même de la fracture. En fait de mouvements, je me contente de fléchir et étendre les doigts.

Je n’applique aucun appareil, mais mettant à profit le cas précédent, je recommande à ma malade de faire reposer l'avant-bras sur l'écharpe, par sa partie moyenne et non par la main. Elle rentre alors chez elle et revient chaque matin subir le massage.

24 avril : Gonflement légèrement diminué. Flexion des doigts plus complète. Force au dynamomètre 3 kil. Séance de 20 minutes.

25 avril : Circonférence radio-carpienne 17 centimètres. Pression dynamométrique 7 kil. Massage pendant 16 minutes. .

26 avril : Force 10 kil. L’ecchymose plus étendue que le premier jour a pris une teinte ocreuse,

27 avril : Légère déformation en dos de fourchette, Je ramène la main

dans la rectitude pendant le massage qui dure un quart d'heure. Force 12}Ki: |

28 avril : Il n'existe plus d'œdème, Massage pendant 12 minutes, mouvements actifs et passifs des doigts et du poignet,

29 avril: Pression dynamométrique 17 kil. Les frictions ne sont douloureuses qu’au niveau de la fracture et de l’apophyse styloïde du cubitus. Massage pendant 11 minutes.

30 avril : Force au dynamomètre 20 kil. Massage de 10 minutes,

1* mai : Mouvements spontanés d'extension et de flexion du poignet très étendus et indolores, mouvements de pronation et de supination plus limités, le mouvement d’abduction éprouve un peu de gêne par suite de la douleur du cubitus. Aussi j'insiste tout particulièrement à chaque séance sur le bord interne de la main.

2 mai : Je permets à la malade de porter le bras pendant.

3 mai: Force au dynamomètre 18 kil.; outre les frictions et la mobilisation j'exécute le tapotement et pincement des muscles.

4 et 5 mai: Même force dynamométrique.

6 mai : Jeanne R... se sert de sa main pour se boutonner, s'habiller, faire la cuisine.

7 mai : Elle soulève ün bol plein d'eau. La consolidation est complète.

9 mai : Elle tient à bras tendus un vase contenant un litre d'eau. Les frictions les plus vigoureuses sont très bien supportées et sur tous les points; tous les mouvements sont libres et dégagés, il n'existe pas d'atrophie musculaire, et après une dernière séance de massage de 10 minutes, la malade se sentant elle-même apte à s'acquitter sans aide de ses travaux de

cuisinière ne reparaît plus à l'hôpital.

OBSERVATION IV (personnelle).

Fracture de l’extrémité inférieure du radius. Massage.

Le 19 juin 1887 entrait dans le service de M. le professeur Lanelongue, pour une fracture, par écrasement de l'extrémité inférieure du radius gauche, un jeune homme de bien chétive apparence.

Pierre Leb.. âgé de 26 ans, tonnelier, portait en effet de nombreux vestiges d’accidents scrofuleux aussi tenaces qu'invétérés : engorgement gan-

glionnaire, blépharites, etc.

Je réduis sa fracture et pratique pendant 20 minutes un effleurage très modéré, pas assez sans doute pour que le malade ne pousse des cris et ne verse même des larmes. Installation du membre sur un coussin, la main débordant et pendant en demi-flexion afin de prévenir le retour de la déformation. |

20 juin : Effleurage pendant 18 minutes mieux supporté. Force au dynamomètre toujours nulle, |

20 juin, soir : Séance d’un quart d'heure, mobilisation des doigts, pression au dynamomètre 2 kil.

21 juin : Gonflement moindre. Mouvements actifs et passifs des doigts. Douleur moins vive. Aussi hasardé-je des frictions plus fortes sur tous les points excepté au niveau de la fracture que je me contente d’effleurer. Première séance le matin de 16 minutes, deuxième le soir d’un quart d'heure.

22 juin : Force au dynamomètre 3 k. 2 séances de 15 à 18 minutes.

23 juin : Le gonflement a disparu en grande partie ; seuls le foyer de la fracture et le ligament latéral interne sont encore douloureux. 2 séances de massage d'un quart d'heure,

24 juin : Force au dynamo mètre, 9 kil.

25 juin : Force au dynamomètre, 10 kil,

Frictions de moins en moins douloureuses; mouvements des doigts absolument normaux ; ceux du poignet sont limités et provoquent encore de vives souffrances. 1 séance de massage de 20 minutes consistant principalement en pressions circulaires sur l’interligne articulaire, en tapotement et pincement des muscles.

26 juin : Pression dynamométrique 12 kil. Dos de fourchette reproduit. Massage d’un quart d'heure pendant lequel je corrige la déformation. Attelles de carton ouatées. Le malade se lève avec une écharpe.

27 juin : J'enlève l’appareil, le membre est bien en place, la force a augmenté de 500 grammes. Séance de 12 minutes après laquelle je réapplique les attelles. |

30 juin : Mouvements d'extension du poignet, de pronation et de supination encore un peu douloureux. L’épiphyse radiale augmente considérablement de volume.

1°" juillet : Force au dynamomètre, 19 kil. 500.

2 juillet : Pression de 22 kil. Il peut détacher de terre une chaise sans

toutefois réussir à la soulever complètement. Massage, tapotement, pétrissage chaque jour pendant 10 minutes.

4 juillet : J'ôte l'appareil et mets, après le massage, une simple bande. Le malade porte de légers fardeaux, une assiette, une bouteille, etc.

5 juillet : On lui fait balayer la salle.

6 juillet : Il fait lui-même son lit.

7 juillet : Il demande à sortir, n'éprouve aucune douleur, peut donner une pression de 25*, exécute tous les mouvements comme du côté sain et

le lundi 11 juillet il reprend ses occupations de tonnelier.

OBSERVATION V (personnelle).

Fracture de l’extrémité inférieure du radius. Massage, guérison, arthrite du

poignet.

Perc. Jean, 36 ans, charretier, entré le 26 juillet, sorti le 22 août.

La veille, après de copieuses libations, il était tombé violemment du haut de sa charrette sur le pavé et depuis n'avait pu se servir de sa main droite,

La main droite et l’avant-bras sont excessivement gonflés et recouverts d’une ecchymose qui s'étend jusqu'à 5 centimètres du pli du coude. La déformation du poignet, quoique très accusée, n'offre rien de caractéristique; une dépression occupant en arrière toute la largeur de l’avant-bras semble faire croire que les deux os se sont brisés simultanément. Et de fait, la tête du cubitus est très douloureuse à la pression. Cette même douleur se retrouve en arrière tout le long du segment inférieur du radius en suivant une ligne sinueuse depuis le rebord articulaire jusqu’au trait de fracture qui est à 5 centimètres de l'articulation; mobilité anormale et crépitation très nettes.

En face de ces signes insolites de la fracture de l'extrémité inférieure du radius, nous recherchâmes s'il n’y avait pas de fracture comminutive ou tout autre complication. Après un examen minutieux, je me suis arrêté au diagnostic de fracture du radius par flexion exagérée, avec arrachement de l’apophyse styloïde du cubitus, et fêlure intra-articulaire parcourant le fragment inférieur du radius. Cette idée de fêlure, suggérée par une communication orale de mon excellent collègue et ami le docteur Suzanne, qui l’a retrouvée deux fois dans des autopsies, me paraissait, dans le cas présent, suffisamment expliquée par la douleur également vive sur tous les points

du fragment inférieur.

Ave.

LS GITES

Après avoir vérifié les troubles fonctionnels, notamment l'impossibilité de remuer le poignet ou les doigts, de saisir le moindre objet et partant d'exercer une pression quelconque, je procède immédiatement à la réduction de la fracture et au massage. J'agis toujours de la même façon en suivant la direction des tendons et des muscles et en effleurant même l’apophyse styloïde du cubitus, même la fêlure et la fracture du radius. Séance de 20 minutes supportée à grand peine.

26 juillet, soir : Nouvelle séance d’un quart d'heure. Pas d'appareil. Avant-bras appuyé sur un coussin par sa face antérieure, main pendante de façon à entraîner en avant, par son propre poids le fragment inférieur.

27 juillet : Aucune modification notable. Deux séances de massage d’un quart d'heure.

28 juillet : La déformation s’est un peu reproduite. Ecchymose jaunâtre et diffuse. Massage de 15 minutes pendant lequel je réduis la fracture et mobilise les doigts et le poignet. Force dynamométrique 3 kil.

Le soir, nouvelle séance de 12 minutes. Même position donnée à l'avant-bras.

29 juillet : Force dynamométrique 4 kil. Mouvements actifs des doigts, assez étendus, nuls au poignet. Massage de 18 minutes.

30 juillet : Force au dynamomètre 4 kil. 500.

31 juillet : Œdème disparu. Ecchymose jaune verdâtre. Les frictions ne sont douloureuses qu’au niveau de l'articulation, de la tête du cubitus, de la fracture et de la fêlure du radius.

1° août : Je répète chaque jour le massage pendant 12 à 15 minutes. Je m'aperçois qu'à mesure que le gonflement des parties molles diminue, les épiphyses radiale et cubitale augmentent considérablement ; les mouvements actifs et passifs du poignet sont toujours très douloureux, principalement ceux de flexion et d’abduction. De plus la déformation se reproduisant régulièrement, j'applique après chaque séance du massage de fortes attelles en carton garnies de ouate, que j'enlève le matin pour procéder au massage.

3-4-5 août : Rien à noter à part la raideur et la douleur persistantes du poignet.

Je n’en continue pas moins le massage encore pendant 5 jours, frictionnant, mobilisant, tapotant et pétrissant les muscles.

10 août : Consolidation achevée. Suppression des attelles, Bandage roulé après le massage. Douleur spontanée nulle au niveau de l’articulation,

très vive à la pression. Il VOT, 1oe tuméfaction au niveau de l’interligne et cependant l'existence de l’arthrite est indéniable. La douleur d'une part, la limite restreinte des mouvements le prouvent suffisamment. Et d’un autre côté, bien que le diamètre de l'extrémité inférieure de l’avant-bras soit considérablement accru, on constate que cette tuméfaction est due non à de la synovite tendineuse ou à de la périostite, mais à l’hypertrophie des extrémités mêmes des deux os. Au niveau de la fracture, en arrière, se voit une dépression très accusée, qui donne, à s’y méprendre, au poignet le véritable aspect du desde fourchette ; en avantexiste au même point une saillie analogue et la déformation résulte de l’exagération de toutes les dimensions des deux épiphyses.

Du 10 au 16 août : Massage articulaire tous les deux jours. Amélioration lente mais continue.

16 août : J'abdique le massage, enlève tout bandage et applique des pointes de feu.

20 août : Le malade donne 12 kil. de pression.

22 août : Lorsque je propose au malade de nouvelles pointes de feu, il préfère quitter l'hôpital. Les mouvements du poignet ont à peu près la moitié de leur étendue normale, et ne réveillent aucune souffrance. Pression dynamométrique 14 kil.

Circonférence du poignet malade 207 millimètres.

Circonférence du poignet sain 19 centimètres.

OBSERMVATION VI (personnelle).

Fracture de l’extrémité inférieure du radius. Massage.

Las... Cyprien, âgé de 37 ans, employé chez un photographe, poussait devant lui un tricycle lorsqu'il glissa sur le pavé et fit une chute si malheureuse qu’il se releva le radius droit fracturé à son extrémité inférieure.

Il entre le lendemain (6 août 1887) à l'hôpital Saint-André où il est placé dans le service de M. le professeur agrégé Dudon.

Immobilisation avec l'appareil de Nélaton.

Le 8 août je vois le malade pour la première fois, et M. Dudon, avec avec une bonne grâce et un empressement dont je ne saurais trop garder le souvenir, le met à mon entière disposition.

Pas de déformation, épanchement sanguin abondant mais circonscrit.

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Gonflement modéré du métacarpe et du tiers inférieur de l’avant-bras. Douleur vive au niveau de la fracture, c’est-à-dire à 25 millimètres audessus de l'articulation, qui est elle-même douloureuse et privée de ses mouvements. Ceux des doigts sont paitiellement conservés. Force au dynamomètre, 2 kil.

Première séance de massage d’un quart d'heure. Je remets en place les attelles,.

8 août, soir : Deuxième massage de 10 minutes.

9 août : Le malade me voit ar:iver avec une satisfaction non dissimulée. Les deux premières séances ont en effet beaucoup atténué la sensation de tension et de poids des premiers jours. Force au dynamomètre, 6 kil. Massage pendant 16 minutes. Mouvements passifs du poignet et des doigts. Je laisse le bras libre jusqu’au soir, afin de voir si la déformation n'a pas de tendance à réapparaître.

9 août, soir: Encouragé par la bonne position qu'a conservée la fracture, je me décide à ne plus appliquer l'appareil même pendant la nuit. Massage de 12 minutes.

10 août : L’ecchymose perd sa couleur lie de vin et la suffusion sanguine, jaune ocre, remonte jusqu’au tiers supérieur de l’avant-bras. Douleur à la pression très atténuée. Deux séances d’un quart d'heure.

11 août : Le gonflement est en train de disparaître. Pression dynamométrique, 8 kil. Massage de 11 minutes le matin, 10 minutes le soir.

12 août : Frictions assez fortes sur toute la région lésée. La fracture étant saisie et maintenue dans ma main gauche, je fais exécuter au poignet des mouvements complets de flexion et d'extension. En présence de la disparition rapide des phénomènes aïgus, je ne pratique plus qu’une séance de massage chaque jour, et j'autorise le malade à se lever avec une écharpe.

13 août : Las... Cyprien demande à quitter l'hôpital, à la condition de venir chaque matin se soumettre au massage; comme il est intelligent et très reconnaissant de l’amélioration produite en si peu de temps, il cède à mes instances et attend le lundi 15 août afin d’avoir l'assentiment de M. Dudon, qui consent en effet à signer son exeat.

A cette date il donne une pression de 10 kil.

15-16 août : Massage d’un quart d’heure. Mobilisation complète et indolore de toutes les articulations, pression circulaire tout autour du poignet,

tapotement et pincement des masses musculaires pendant deux minutes.

17 août : La veille le malade a pu lui-même tirer ses épreuves photographiques. Comme il tenait la plaque avec les deux mains et était obligé de la retourner vivement, il a ressenti une légère douleur au niveau de l’apophyse styloïde du cubitus. Massage pendant un quart d'heure.

18 août : Force au dynamomètre 14*500, J'engage le malade, qui jusqu'ici tenait en marchant son bras en écharpe, à le laisser pendre, ce qu'il fait à peu près toute la journée. Il roule une cigarette avec la plus grande aisance,

19 août : Force dynamométrique, 17 kil. Après un massage de 11 minutes et le pétrissage des muscles, la pression est de 21 kil.

20 août : Force, 20 kil., après massage, 24 kil. Las., Cyprien, reprend son emploi de commis chez un photographe.

22 août : Pression dynamométrique, 19 kil., après massage, 21 kil.

23 août : Dernière séance de massage de 8 minutes seulement. Avant de congédier le malade, je le soumets au contrôle précieux de M. le professeur agrégé Dudon.

Les mouvements actifs du poignet et des doigts sont normaux. On ne remarque aucune déviation, ni du radius dans le sens antéro-postérieur, ni de la main dans le sens latéral. Seul le fragment inférieur du radius est fortement augmenté de volume et le poignet massé a, comme circonfé-

rence 15"* de plus que le gauche.

OBSERVATION VII (personnelle).

Fracture du radius. Massage. Mort au bout de 5 jours. Autopsie.

Le dimanche 4 septembre, entrait dans le service de M. Lanelongue, suppléé par M. le professeur agrégé Piéchaud, une vieille et grosse femme de 74 ans, ayant une fracture de l'extrémité inférieure du radius gauche, survenue dans des circonstances particulièrement intéressantes.

La veille, vers le milieu de la nuit, prise d’un pressant besoin, elle s'était levée ; ce besoin satisfait, elle se disposait à se remettre au lit quand elle fut prise de vertige et tomba : son radius gauche était fracturé. Le vertige ne persista que quelques instants, assez longtemps cependant pour que la malade, ayant perdu connaissance, fût incapable de remonter seule dans son lit.

A son entrée à l'hôpital, on constate une vaste ecchymose recouvrant presque tout l’avant-bras. Le gonflement, qui est excessif, masque le dos

de fourchette ; la malade ne remue ni son poignet ni ses doigts et l’exploration la plus légère lui fait jeter les hauts cris. La douleur est surtout exagérée à 2 centimètres de l'articulation, sur l’interligne articulaire lui-même et sur l’apophyse styloïde du cubitus bien que celle-ci ne paraisse pas arrachée.

L'apparition étrange du vertige, cause de tout le mal, nous oblige à interroger les divers organes. L’estomac, les poumons et les reins semblent indemnes. Les battements du cœur sont sourds et on entend à la base un souffle diastolique. La malade nous apprend, en outre, qu’elle éprouve fréquemment des sensations d'angoisse, d'étouffement, fréquemment aussi de véritables pertes de connaissance.

5 septembre : Après réduction de la fracture, effleurage léger pendant 20 minutes; mouvements passifs des doigts. Pression dynamométrique nulle. L'avant-bras repose horizontalement sur un coussin ; la main déborde en demi-flexion.

5 septembre soir : Massage d’un quart d'heure.

6 septembre : 2 séances de inassage d’un quart d'heure. Le gonflement et la douleur sont moins accusés.

7 septembre : L'ecchymose tend à s’effacer et comme d’ordinaire revêt en certains points la teinte jaune ocre. Effleurage assez bien toléré, le matin pendant 20 minutes, le soir pendant 15.

8 septembre : 2 séances de massage d’un quart d'heure. Je mobilise sans trop faire souffrir, et les doigts et le poignet. Je quitte la malade en très bon état et supputant déjà le jour où elle pourra quitter l'hôpital.

Le lendemain matin à 5 heures et demie, malgré ma défense absolue, la malade se lève pour uriner, et c'est encore quand elle veut se relever qu’elle est prise de vertige et tombe : elle était morte.

L'autopsie a été faite le lendemain 10 septembre à 10 heures, avec l’aide et le contrôle de M. le docteur Lacharrière, chef de clinique.

La dissection de la main et de l’avant-bras est faite couche par couche et minutieusement.

A la face antérieure, dans le panicule adipeux sous-culané, je trouve.un foyer sanguin correspondant à la fracture, entre le long supinateur et le fléchisseur superficiel, d'autres plus petits entre les diverses couches musculaires, enfin un dernier au pli du coude : le sang est liquide et ne renferme pas la plus minime trace de concrétion ou de caillot. Les veines suivies

jusque dans leurs ramifications capillaires, de même que les artères, ont

e oo DT

toutes leurs tuniques intactes, sans rougeur ni solution de continuité ; les muscles ne sont pas déchirés, les gaînes tendineuses ne sont pas enflammées, l'articulation radio-carpienne n’est pas ouverte.

A la face postérieure, se montrent encore quelques foyers sanguins, larges d’un centimètre autour de l'articulation métacarpo-phalangienne du pouce, plus vastes entre les muscles superficiels et profonds, comme une pièce de 5 francs environ.

[ci encore les veines sont suivies depuis le pouce jusqu’à l'axillaire. En

dedans comme en dehors des vaisseaux, le sang est tout entier liquide. . L'examen du squelette révèle les détails suivants : une parcelle de l’apophyse styloïde du cubitus, 2 ou 3 millimètres environ, a été arrachée: certes, du vivant de la malade, il eût été difficile de reconnaître cette lésion; aussi est-il permis de penser qu’elle est beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit, et qu'elle passe souvent inaperçue. Le radius est fracturé à 18 millimètres du rebord articulaire ; le trait de fracture est transversal, le fragment inférieur est très raréfié, très fragile et porte les marques d’un début d’éclatement. La tranche de l'os est très rouge.

Aux poumons, au cerveau et au bulbe, rien. Estomac dilaté. Foie graisseux, reins petits, sans kystes ni sclérose ni dégénérescence quelconque.

Le cœur ratatiné présente une énorme surcharge graisseuse; les fibres ont la couleur feuille morte, le ventricule gauche est hypertrophié, les orifices auriculo-ventriculaires et celui de l'artère pulmonaire paraissent sains; mais, en revanche, les valvules sigmoïdes de l'aorte, l'aorte elle-même et les artères coronaires sont très altérées ; l'aorte a un calibre très considérable et offre, ici des plaques calcaires, là des excavations consécutives à l'élimination de bouillie athéromateuse ; les valvules sigmoïdes sont rigides, déchiquetées, et n’arrivent pas à se rejoindre. Enfin, les artères coronaires incrustées elles-mêmes d’athérome sont rétrécies et ne s'affaissent Jamais ; aussi la nutrition du cœur est-elle très insuffisante.

Dans les ventricules on voit des caillots noirâtres, mous, et dans l'artère pulmonaire droite, un autre plus considérable, ayant environ 15 centimètres de long et moulé dans ce vaisseau, Comme les précédents. il n'offre aucune adhérence, et a, au contraire, tous les caractères des caillots post

mortem.

OBSERVATION VII (personnelle).

Fracture du cubitus. Massage.

Mich. Jean, charretier, 44 ans, reçoit le 25 juin 1887 un violent coup de pied de cheval qui lui fait une fracture du cubitus au niveau du tiers inférieur.

Entrée à l'hôpital dans le service de M. le professeur Lanelongue le 26 juin. Outre le gonflement, l’ecchymose, on note une mobilité anormale et crépitation très nettes. Les troubles fonctionnels sont peu prononcés et le malade peut donner au dynamomètre une pression de 15 kil., du côté sain 54 kil. Massage d’un quart d’heure. Pas d'appareil. Installation de l’avant-bras sur un coussin. |

27 juillet : 2 séances de massage de 16 et 17 minutes.

28 juin : Ecchymose disparue. Gonflement moins prononcé. Massage de 16 minutes matin et soir. ;

29 juin : 2 massages d’un quart d'heure. Force au dynamomètre 20 kil. Les mouvements du poignet, un peu raides et douloureux au début, se font actuellement avec beaucoup de facilité.

30 juin : Pression au dynamomètre 22 kil. Le gonflement a totalement disparu, l'ecchymose aussi, la douleur au massage est moins vive qu’au début. Mais il existe toujours une déformation qui, corrigée par le massage, ne se renouvelle pas moins. Les deux fragments s’écartent de l’avant-bras et forment un angle saillant à l'extérieur.

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