DE LA VOCATION
Les parents chrétiens, a dit Son Éminence le Cardinal Bégin, ont à l’égard de la vocation une responsabilité qu’ils ne devraient pas oublier. Souvent s'ils étudiaient les inclinations, les aptitudes et les dispositions de leurs enfants, ils empêcheraient que bien des vocations religieuses soient perdues, comme cela arrive trop fréquemment.
Cette vigilance doit être d’autant plus active que les dangers, tels que les théâtres, se multiplient ; et le devoir des parents d'empêcher que des vocations soient compromises est d' autant plus impérieux que les prêtres, même dans le diocèse de Québec, ne sont pas assez nombreux pour les besoins qui se multiplient.”
Dans la famille est donc dévolu aux parents le rôle spécial et divin de préparer les enfants à la vocation du sacerdoce : ils sont les premiers recruteurs du clergé. Il faut
u’un enfant, qu’un jeune homme en entendent parler; il faut qu’ils sachent quelle est la sublimité de cette vocation, quel besoin le monde a de prêtres et quel besoin pressant il a d’avoir des saints.
Le père et la mère doivent orienter vers le sacerdoce les pensées et les aspirations de
leurs enfants. La mère chrétienne surtout, à qui revient le rôle d'apostolat dans la fa. mille et en qui sont tant de trésors de piété, de délicatesse, de sentiments et d'amour.
sera la première à oi enter son fils vers les sublimes hauteurs du sacerdoce. Elle fera entendre discrètement au cœur et à l'oreille de l'enfant cette parole de Jésus : Si vis esse perfectus, le premier appel de Dieu vers le sacerdoce. Avec tact, avec discrétion elle cultivera les vertus premières du cœur de son fils ; avec un don plus pénétrant pour lire dans l’âme de son enfant et pour y deviner ses attraits comme ses répulsions, ja mère chrétienne y découvrira la vocation de son enfant que Dieu a mise en germe dans l’âme de tout homme d’une façon non parcimonieusé: Ce germe, elle le cultivera, le développera par les vertus dont elle donnera l'exemple et par ses prières. Vivant avec ses enfant plus et quelquefois mieux que le père et trouvant facilement l’ouverture de leur cœur, elle leur parlera des beautés du sacerdoce, épiant en eux leurs goûts naissants et leurs inclinations travaillées par la grâce de Dieu, sous sa direction délicate, leur inspirant la piété, le respect et l'amour des choses de la religion.
La mère chrétienne aura soin d’écarter de son fils toute influence qui pourrait nuire à la vivacité de sa foi et à la pureté de son cœur, et c'est là surtout que devront s’exercer sa prudence et sa délicatesse.
On entend quelquefois de la be uche de certains catholiques cette réflexion un peu surprenante : il faut qu’un jeune homme connaisse le monde, vive pendant quelque temps à son contact, en sache les misères afin d’éprouver sa vocation. Alors autant faudrait dire qu'il est nécessaire que celui qui se destine à l'art militaire fasse l'apprentissage du métier de tisserand ou de celui de charpentier. Le sacerdoce suppose des vertus qu'on n’apprend pas aux bals, à des piqueniques, ou au contact des sociétés mondaines.
Osons le dire, il y en a, dans la bourgeoisie et les hautes classes, qui s’appliquent à Etouffer les meilleures dispositions ais- “ santes. Sous prétextes d’éprouver de mal-
lencontreuses vocations, on les voit, alors
— et ceci est de l’histoire actuelle — orga- ‘‘ niser des bals d’enfants et puis des mati- ‘‘ nées, dont le résultat inavoué, pa ue ‘‘inavouable, mais certain, est d’éveiller, ‘ d’abord, et d’aiguiser ensuite, les appétits “* sensuels ; les bonnes dispositions évidemment sombrent, mais la vertu aussi. II y a là un désordre réel, un manque de logique inexplicable, et une des causes fort “tristes de la crise dont nous souffrons.”’ (Lahitton). s
Trois choses sont nécessaires à la vocation : deux de la part de l’enfant, l’aptitude, c'est-à-dire les vertus néces: dires que cultive et développe l’enfant sous les regards, à l’exemple et sous la direction des parents chré-
tiens, surtout sous les soins de la mère, et une intelligence suffisamment ouverte pour s’assimiler les connaissances voulues et comprendre les vérités nécessaires à l'exercice normal de sa vocation : en deuxième lieu une intention droite qui veut la gloire de Dieu, sa propre sanctification et le salut des âmes ; en troisième lieu, l’acceptation ou Pappel de la part du supérieur légitime. De Dieu, source première du sacerdoce, le droit d’appel passe par Jésus-Christ, de Jésus-Christ, il passe aux chefs de l’Église : Sicut misit me Pater et ego mitto vos.
La vocation est une fleur tendre qui arrive à sa floraison par des soins délicats comme elle est peut se flétrir à peine éclose par une direction inhabile et au contact d'exemples pernicieux.
Nous craignons que ce soit en grande partie la faute des parents qui, au lieu de “ cultiver le désir si naturel à un jeune cœur de se dévouer au service du sanctuaire, trop souvent inculquent à leurs enfants leur propre esprit mondain, et cherchent ‘à influencer leur choix d’un état de vie, en exagérant les difficultés, les dangers de la vocation sacerdotale, et en peignant avec de trop vivés couleurs les avantages de la vie séculière.“ (Concile de Baltimore).
La mère chrétienne devra faire comprendre à son fils que l'esprit de sacrifice et d’abnégation trempe les âmes et les crée fortes et généreuses. Combien de vocations ont
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été tuées par une vie inutile et égoïste et cela le silence des parents sur les sacrifices et De de soi-même nécessaires à la vie religieuse d’un peuple. Habituer l'enfant à remplir ses devoirs constamment et intégralement est l’unique moyen de former une génération robuste sur la fidélité de laquelle on pourra compter.
is l'enfant n'a rien entendu qui pût l’aider, le diriger dans l’acceptation secrète de sa vocation ; peut-être même l’a-t-on détourné de l’appel que Dieu adresse à tous:
Si tu veux être parfait, vendstes biens et suis-moi. ;
Tai la conviction, par le souvenir de beaucoup d’existences manquées et malheureuses, qu'il y a de par le monde beaucoup d’hommes qui avaient la vocation sacerdotale et qui ne l’ont pas suivie. Pauvres êtres malheureux. tout le reste de leur vie et qui porteront la faute de leurs parents : ils seront des ouvriers qui manqueront à la gloire de Dieu et au bien de l’Église ; ils seront toujours en dehors de leur voie. Dieu, les ayant appelés à l’état ecclésiastique, leur destinait des grâces particulières pour y parvenir ; quelle que carrière qu’ils embrassent plus tard, ils ne trouvent plus ni les mêmes lumières, ni les mêmes secours surnaturels.
Le premier devoir des parents chrétiens, surtout d’une mère chrétienne, est d’aspirer à l'honneur d'avoir un prêtre dans leur famille, et par leurs exemples de vie chrétienne et de
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sacrifices et par leurs prières ferventes d'en faire éclore la vocation dans l'àme de leurs enfants. On peut, sans crainte d’exagérer, affirmer que l’Église est redevable de plus de la moitié de ses prêtres aux pieux désirs des parents chrétiens et surtout des mères vraiment chrétiennes. — 2 Un homme de génie a dit que si le sa- ‘ cerdoce catholique n’avait pas été institué par Jésus-Christ, il aurait fallu Finventer.
Eh bien! aux mères chrétiennes l’honneur et le devoir non pas d’inventer le sacerdoce, mais de le perpétuer au milieu des hommes qui sans lui se perdent, et des sociétés qui se corrompent, Si donc un de leurs fils a ‘entendu cet appel: Viens et suis-moi, “ qu’elles fassent taire tous les calculs d'in- ‘* térêts, de lacheté ou de folle tendresse pour ‘ prêter elles-mêmes l’oreille à cette voix.
Elles recevront dès ici-bas la récompense de leurs peines et de leur générosité, car un jour, heureuses mères, elles le verront, dee fils devenu leur père en Dieu, gra vir, au mi ieu des cantiques et des fumées de lencens, l’autel de sa première messe, et faire ‘ descendre sur leur tête ses premières bénédictions en attendant qu'il les introduise dans le ciel.“ (Semaine de Saint-Dié): :
Après les parents, les premiers recruteurs du clergé sont les prêtres chargés du minis-
tere paroissial. Par leur conduite d’abord
et leur parole ensuite, ils doivent faire comprendre aux enfants les beautés du sacerdoce,
an. L'ÉDUCATION
ils
doivent i inspirer ia vertu et la e faire les premiers choix, transmettre aux petits chrétiens d’élite la première invitation de Dieu en vue du sacerdoce. Ils doivent faire comprendre aux parents les sacrifices à faire pour l’honneur d’avoir un prêtre dans leur famille, car souvent c’est l'obstacle à vaincre : les sacrifices pécuniers nécessaires à l'entrée de leurs enfants dans un petit séminaire ou dans un collège, Ils doivent, si cela est nécessaire, les aider de leur bourse. .. —— Quel bonheur pour un prêtre qui comprend la grandeur de sa vocation, qui sait montrer dans sa personne combien le prêtre est heu- . feux et toujours aimable, tou ujours digne et grand, de pouvoir se dire qu’il aura, après lui, un autre lui-même pour continuer à offrir à Dieu la sainte Victime, lorsque ses mains défaillantes ne pourront élever vers le ciel
l’Hostie sacrée ! !
: C'est au catéchisme de première communion que le prêtre trouve le terrain le plus propice pour l’étude des vocations. L'intelligence, le cœur, le caractère, la piété des enfants se révèlent par un bene de signes qui fondent un jugement certain. Si le prêtre remarque un enfant intelligent, doeile, ouvert, aimé de ses camarades, pieux et d’une famille honnête, il doit faire en sorte d'orienter sa pensée, ses désirs vers le séminaire et le sacerdoce et engager ses parents à faire les dépenses voulues. La peur du
sacrifice : voilà ce qui tue bien des vocations. On préfère ir le budget de la famille au détriment de la gloire de Dieu, du bien de l’Église et du salut des âmes. | Le sacrifice crée les forts, trempe les âmes et rend capable de grandes choses. Il est le pain quotidien du chrétien : plus.il en mange, plus il est énergique.
N'oublions pas que c'est à tous que Jésus a dit: Si tu veux être parfait, quitte tout et suis-moi. Plus les volontés seront trempées et énergiques, plus il y aura de réponses à l'appel de Jésus. Dieu n'impose pas la conscription, mais il tient compte du volontariat, et l'esprit de sacrifice le prépare et le consomme. Combien d’enfants ont toutes les qualités voulues pour être de bons et saints retrès; mais ce qui les détourne de l’appel de Jésus, ce qui les rend tristes comme le jeune homme de l'Évangile, c’est la crainte de l'etfort, la peur du sacrifice dont ils ne reçoivent pas l'exemple de la part des parents, ni de ceux assez souvent qui doivent être les recruteur du clergé. | Tout prêtre doit être un recruteur de prétres. Telle est la déclaration unanime des évêques. | Qui donc, dit l’un d'eux, qui donc pour- „ voira à la succession du sacerdoce ? Qui done s’inquiétera des vides qui se font cha- ‘ que jour dans ses rangs ? i donc aura
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‘ la sainte jalousie de les combler, si ce n’est le prêtre?” :
Et un autre: “ Il faudrait qu'il n’y eût pas dans le diocèse un seul prêtre qui, avant doe paraître au tribunal de Dieu, ne pût dire: Non omnis moriar, car je laisse après moi ‘un autre moi-même continuateur de ma „ mission sacerdotale. Un prêtre qui „ prépare des enfants pour les Petits Séminaires est dix fois plus prêtre.”
Monseigneur Dupanloup disait : “ On dit, „ avec raison, que c’est ucoup de faire un homme, et que la vie entière d’une mère ‘“ chrétienne y est bien employée. Je dis, moi, que c’est incomparablement plus encore de faire un prêtre et qu’un ministre de ‘* Jésus-Christ qui dans sa vie n'aurait fait „que cela, n’aurait pas perdu sa vie.
“* Beaucoup d' enfants, ajoute-t-il, qui au- * raient été prêtres, et bons prêtres, ne l'ont pas été, parce qu'il ne s'est pas trouvé là un curé, un vicaire, attentif et zélé, pour ‘* révéler à eux-mêmes ou à leurs parents la ‘ vocation naissante et la cultiver.”
Les prêtres employés dans les petits séminaires ou dans les collèges ne doivent pas craindre de parler, avec tact et mesure toujours, de la vocation sacerdotale. Ils doivent en dire volontiers les joies et les grandeurs surnaturelles fin de provoquer chez tous les élèves les saints désirs de s’en rendre dignes, mais surtout afin d’amener les vocation divines à prendre conscience d'ellesmêmes et à se déclarer. Mais il faut qu'ils de gardent de tout ce qui ressemblerait à une
ression morale exercée sur la conscience et la volonté des élèves. Il ne faut non plus rien cacher des peines inévitables de la vocation sacerdotale.
Les directeurs spirituels des élèves ne doivent pas attendre que ces derniers soient arrivés à la fin de leurs études pour leur poser sérieusement la question de leur avenir, Il faut qu’ils les aident, avec prudence, sans précipitation de jugement, avec une entière impartialité, à connaître la voie où Dieu les appelle et à orienter leur vie. Les prêtres éducater:rs ne doivent pas attendre, pour se prononcer sur une vocation, d’être arrivés à une certitude absolue, ce qui est ordinairement impossible en pareille matière, mais se baser sur une probabilité notable, tout en laissant pleine liberté de se déterminer en une matière aussi grave; puis ils doivent s’efforcer de cultiver chez les élèves les vertus qui les rendent dignes d’une telle vocation, afin de l’amener à pleine maturité.
Extraits du règlement des surveillants au Séminaire de Québec, avec la bienveillanie permission de M. le Directeur du Petit Séminaire de Québec, 3 aux traditions en usage au Séminaire de Sherbrcoke.
Les surveillants dans les pensionnats ont une des fonctions les plus importantes à remplir et bien souvent fort ingrate : ils ne doivent pas se plaindre des ennuis et des inconvénients de leur position : Dieu n’aime pas les rechigneux, et — nous l’avons dit bien des fois — l’éducateur doit aimer les élèves ur Dieu, pour les enfants eux-mêmes, pour leur faire du bien; les surveillants, qui jouent un des principaux rôles dans l’œuvre de l’éducation, doivent porter un intérêt tout particulier à ceux dont ils ont la charge. En conséquence, ils doivent être remplis de piété, pleins de zèle, amoureux des âmes ; leur rôle demande de la générosité, du dévouement, de la prudence et ils doivent toujours donner l'exemple de ce qu’ils prescrivent aux élèves. Ils sont sous la direction totale de M. le Directeur des élèves, dont ce dernier porte la complète responsabilité devant les parents et les autorités du séminaire. Les surveillants doĩ vent donc bien respecter ses conseils et ses avis, et les élèves qu'ils dirigent doivent le comprendre par leur conduite et leurs paroles.
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