‹ Quelques conseils sur l'éducation dédiés aux élèves du grand Séminaire de Sherbrooke [microforme]Chapitre 22 sur 23 · SPÉCIAL · texte numérisé non relu

SPÉCIAL

A certaines époques de l’année, aux jours des séances publiques, à la fin d’un trimestre, à la veille des vacances de Noël ou de cellesde la fin de l’année scolaire, tous les professeurs doivent donner la main à M. le Directeur et aux surveillants afin de bien miainte-: nir l’ordre parmi les élèvés et le respect du règlement dans la communauté alors un peu en désarroi ; à plus forte raison ne doiventils pas laisser ou faire violer la règle toujours en vigueur dans une maison d'éducation bien organisée. =

Certains éducateurs ont parfois une mentalité que je qualifie de fort bizarre. Ils nous disent : „Pe notre temps, ça se faisait ainsi, et nous n’étions pas pires que les autres. Ils oublient, ces éducateurs, qu'il faut quelquefois subir les nécessités d’une

ue, que le monde et les idées évoluent, que la jeunesse et l’enfance sont mieux con- . nues. II ne s'agit pas de n'être pas pires que les autres; il ne faut pas s emmailloter dans une certaine perfection médiocre de laquelle on se contente, au-dessus de laquelle ces éducateurs se gardent bien de viser ; il faut être meilleur, s’il est possible, et s’efforcer tou-

jours d'atteindre le plus parfait; autrement on demeure dans l'ordinaire et le banal, ce qui est une éducation à rebours.

Que les éducateurs ne créent pas chez les élèves la mentalité de faire passer l’accessoire avant le principal ; de renvoyer à plus tard ou d’omettre tout à fait l’accomplissement d'un devoir essentiel pour un travail surérogatoire ou un amusement récréatif ; c’est là fausser la notion du devoir, rendre léger l’esprit des élèves et en faire des hommes vains et inutiles qui ne penseront qu’à s'amuser, ce qui les amenera à bien des déboires et leur préparera bien des désillusions.

Il est un autre mal que les éducateurs imprévoyants peuvent aussi engendrer. Oh!

qu ils ne disent jamais à un élève qu'il est intelligent, qu ils ne lui fassent jamais voir qu'il est fin et spirituel, alors ils en feront . un orgueilleux et un rempli de lui-même, ils

t. chez lui l’orgueil de l'esprit, véritable fléau pour l’Église et la société, fruit mûr pour le modernisme. Les êtres superbes qui se croient supérieurs aux autres sont toujours malheureux ; ils auront assez souvent l'imagination vive et l’esprit alerte, ils pourront amuser et faire rire, mais leur or-

il fera le cercle autour d’eux, ils n’auront jamais les sympathies. Ils ne sauront jamais obéir même à l’autorité la plus légitime et ue se gêneront pas pour la critiquer amèrement et la citer à la barre de leur jugement.

Ce mal ne se corrige pas, car il s’ignore lui-même : si on le connaissait, on ne l’aurait pas. Si l'intelligence, dit Scupoli, cet œil de l’âme, qui a mission de sonder et de purifier la plaie . volonté superbe, est „ aveugle, tout envahie par l’orgueil, qui donc pourra la guérir? Et si la luinière dégénère en ténèbres, si la règle devient une source de fautes, qu'adviendra-t-il de tout le reste?

Et Bossuet, dans son grand langage, a décrit ainsi l’orgueil de l’esprit :

Une erreur sans fin, une témérité qui hasarde toui, un étourdissement volontaire, et, en un mot, un orgueil qui ne peut souffrir son remède, c’est-à-dire qui ne peut souffrir une autorité légitime. Ne croyez que l’homme ne soit emporté que par l’intempérance des sens; l’iutempérance de l'esprit ‘n'est pas moins flatteuse. Comme l’autre elle a des plaisirs cachés, et s’irrite la défense.” (Or. funèbre d'Anne de Gonza-

gue.)

II faut que le travail de l’éducateur soit si actif, si fécond, si clairvoyant, qu'il pénêtre les cœurs et les intelligences et qu’il vive persévérant à travers la vie dans les élèves qu'il aura formés.

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