HISTORIQUE
Il y aurait bien des considérations générales à faire à propos de l’histoire de l’acrodynie et il serait d’un grand intérêt de l’étudier d’une façon approfondie.
L'acrodynie appartient en effet à ce groupe d’affections qui réapparaissent brusquement après une longue disparition, et pour des causes tout à fait indéterminées. Il y a ainsi des syndromes disparus depuis des années, qui se réveillent — et des maladies absolument nouvelles provoquées soit par une intoxication collective chronique (alimentaire, par exemple) — soit par l’accession à la virulence d’un germe autrefois saprophyte, ou l'adaptation à l’homme de germes autrefois pathogènes pour l’animal seul.
L’épidémie actuelle — j'hésite à employer ce terme — est apparue en des pays très éloignés les uns des autres, et les travaux qu’elle a suscités l’ont baptisée de noms très divers, dont voici, d’après Rocaz, quelques échantillons :
Acrodermatite chronique mutilante (WEBER).
Acrodynie paroxystique de l’enfance (BEZY).
Acroérythræœdème (BAILLARD et TERRIEN).
Erythræœdème polynévritique (BRAITHWAITE et PEGGE). Maladie de Feer.
Maladie de Swift-Feer (JENNY).
Névrose de Feer (ERICKSON).
Névrose du système végétatif (FEER).
UT
Syndrome caractérisé par de l’insomnie,-des sueurs et des troubles vaso-moteurs des extrémités (JANET).
Syndrome constitué par des altérations du psychisme et du système neuro-végétatif de l’enfant (HAUSHALTER).
Syndrome polynévritique ressemblant à la pellagre
(BYFIELD).
Syndrome sudaminal avec accès de douleurs paroxystiques (VOLECOURT et PICHON).
Thoph o-dermato-neurose (SELTER).
Le terme «acrodynie » a prévalu en France. Il vaut ce qu'il vaut et il est bien impossible actuellement, vu l'ignorance dans laquelle nous sommes de la nature exacte de l'affection, de lui donner un autre nom plus logique et plus adéquat ; car, il a au moins l'avantage de rappeler un des plus constants symptômes.
Certains auteurs ont voulu rapprocher l’acrodynie du « Feu de Saint Antoine » si répandu en Europe au Moyen Age. D’autres l'identifient à cette affection apparue à Paris en 1828, qui envahit rapidement plusieurs quartiers de la capitale et fit 40.000 victimes. Elle est décrite à ce moment par Chardon qui la nomme acrodynie, en raison des douleurs des extrémités. Elle apparaît ensuite en Belgique vers 1844, puis en France en 1854 lors de la guerre de Crimée où Tholozan décrit une sorte de syndrome acrodynique.
Maurice Raynaud, dans sa thèse qui date de 1862, décrit des troubles vaso-moteurs des extrémités appelés «syndrome de Raynaud », mais nombre d’observations qu'il cite à l’appui de sa description paraissent bien être des cas typiques d’acrodynie, maladie oubliée à cette époque.
Quoi qu'il en soit, en 1903, communication à un congrès de huit cas d’une affection nommée tropho-
LU