CONCLUSION
L’effort fiscal nouveau demandé au pays pour assurer l'équilibre de tous les budgets est certes nécessaire pour relever le crédit de la nation et rétablir la confiance dont elle jouissait dans le monde ; et les mesures énergiques destinées à assainir définitivement la situation financière, comme l’amélioration constante des ressources publiques par un aménagement meilleur des impôts existants, ne peuvent manquer de rendre à la monnaie une partie de la valeur qu'elle a perdue, et à la Trésorerie les ressources dont elle a besoin.
Mais les mesures individuelles et les efforts isolés de chaque nation, si grands soient-ils, se révèlent insuffisants pour rétablir un ordre financier bouleversé dans le monde entier, car tous les états civilisés souffrent actuellement à un titre quelconque des fluctuations des changes, qui trou; blent profondément les marchés et constituent un grave obstacle aux relations commerciales et à la vie économique interne de chaque pays.
En outre la guerre a accentué entre les nations une dépendance réciproque d'ordre économique et surtout financier en généralisant entre la plupart des belligérants, comme aussi entre les ueutres, la situation de prôteurs à emprunteurs, de débiteurs à créanciers ; si bien que chaque pays, pour sauvegarder sa propre situation, se trouve intéressé directement et de très près à la prospé-
rité d'états voisins, et peut ètre appelé de ce fait à leur venir en aide ; c'est pourquoi l'intérêt bien entendu des pays Anglo-Saxons, créanciers d’une partie du monde, mais aussi détenteurs de francs, devrait les porter à favoriser la restauration financière de la France, plutôt que son affaiblissement,.
Dans l'état de désordre actuel de l'Europele relèvement général ne dépend pas seulement de l'effort isolé de chaque peuple et d’une exécution loyale des traités ; il dépend aussi du jeu de la solidarité internationale et d’un juste aménagement des dettes interalliées. S'il faut que le Gouvernement sache se faire payer par l'Allemagne des annuités suffisantes, il faut aussi qu'il pratique avec nos anciens alliés, Etats-Unis et Grande-Bretagne, une politique d’entente financière en vue du règlement équitable ‘de notre dette extérieure de guerre qui pèse d’un poids plus lourd sur le crédit de la France quesur celui d’aucune autre nation. Pendant les hostilités l’aide réciproque en vue du but commun a porté tous ses fruits; si certains de nos alliés jouissent actuellement d’une situation privilégiée, parce qu'ils n’ont pas subi de pertes matérielles, il serait juste qu'ils consentent la remise au moins partielle des emprunts faits auprès d’eux en vue de la guerre : les dévastations de notre territoire ont profité à la cause commune et une mesure de bienveillance à notre égard contribuerait à rétablir l’équilibre. Des accords internationaux ne manqueraient pas de hâter grandement Ja solution des difficultés générales d’ordre financier. Il est facile d’ailleurs de faire confiance aux peuples qui, comme la France donnent aux nations étrangères tous les indices de leur désir d'exécuter leurs engagements, et pour cela ne reculent pas devant de nouveaux etlourds sacrifices.
En ouvrant largement leurs caisses aux grands emprunts
internationaux, les pays acluellement détenteurs de capitaux abondants, outre qu'ils obtiendraient une rémunération intéressante, contribueraient à défendre efficacement le crédit des autres nations lorsqu'il est trop vivement attaqué, et à restaurer dans bien des pays les finances publiques et l'équilibre des budgets : l'amélioration rapide du franc dès le vote des mesures fiscales ramenant la confiance à l'étranger, mais surtout dès l'annonce d'ouvertures de crédit obtenues en Amérique — avant même leur mise en œuvre — est un indice des heureux résultats que peut donner entre les peuples une aide réciproque, seule susceptible de parachever l'œuvre de reconstitution dans tous les ordres de la production nationale, de déterminer un retour vers la prospérité ancienne, et de permettre au grand effort fiscal consenti par les Français de porter tous ses fruits.
Vu : le Président de la thèse, NOGARO Vu : Le Doyen, BERTHELEMY Vu et permis d'imprimer Le Recteur de l'Académie de Paris