‹ Quelques Considérations à propos du CongrèsChapitre 36 sur 62 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

sivement. C’est d'observation populaire : « Le peuple observe parfois à demi-juste, écrit le D° Félix Regnault (). Un homme qui se marie à plusieurs reprises et enterre toutes ses femmes a le foie blanc. Sans doute, on confond le foie avec les poumons décolorés; le phtisique a de l’éréthisme génital. Si une veuve prend plusieurs maris, on dit qu’elle l’a chuai — traduisez chaud — (Loire-Inférieure. »

L'affaire du marquis de Langey nous fournit une preuve vécue de l'insuffisance de l’épreuve du Congrès. Nous en donnonsile résumé! d’après le D° Dive ():

« Le 2 avril 1653, messire René de Cordouan, chevalier, marquis de Langey, majeur de 25 ans, épouse demoiselle Marie de Saint-Simon de Courtomer, âgée de 13 à 14 ans. Le ménage vécut en parfaite intelligence pendant quatre ans, c’est-à-dire jusqu’en 1657, que ia dame de Langey accusa son mari d’'impuissance. De religion protestante, elle porte plainte devant le lieutenant civil du Châtelet qui nomme des experts pour visiter les parties: lesquels rapportent: qu'ils les ont trouvés l'un et l’autre dans l’état où ils devaient être comme mari et femme. La demoiselle de Saint-Simon, pour infirmer ce rapport, prétendit que si elle n’était pas fille, c’était par les entreprises brutales d’un impuissant qui met tout en usage pour

(1) Variétés in Rev. mod. de méd. et de chrirurgie, mars 1927. (R) Dr F, DIVE : De la dissolution du mariage pour cause d’impuissance. (Chronique Médicale, 1 janvier 1914, page 11.)

se satisfaire. Le sieur de Langey, piqué de ce reproche, demanda le Congrès. Le juge l’ordonne, la demanderesse interjette appel, mais la sentence est confirmée.

« Pour l’exécuter, on choisit la demeure d’un nommé Turpin, baigneur : cinq chirurgiens, cinq médecins et cinq matrones y assistèrent. Le succès n'ayant pas été avantageux au sieur de Langey, son mariage fut déclaré nul par arrêt du 8 février 1659, qui le condamna à rendre la dot, et lui fit défense de contracter aucun mariage. Le lendemain de cet arrêt, le marquis de Langey fait ses protestations devant deux notaires, déclare qu’il ne se reconnaît pas impuissant et prétend se remarier comme sa religion l’y autorise. Il se remaria en effet avec demoiselle Diane de Montault de Navailles et en eut sept enfants. Dans le même temps, la demoiselle de Saint-Simon, sa première femme, épousa messire de Chaumont, marquis de Boësle, et de ce mariage, sont nées trois filles.

« En 1670, la nouvelle marquise de Boësle décède; une clause de son testament laisse clairement entrevoir la surprise qu'elle avait faite à la justice lors-

qu'elle parvint, en 1659, à faire annuler son mariage. » *

La preuve par le Congrès était inutile dans les cas de mutilations anatomiques; de malformations con-

ee ADR A

génitales ; de maladies graves telles que chancres, néoplasmes, tuberculose, et chez les eunuques.

Cette preuve pouvait être obtenue par l’examen séparé des deux époux. C’est ce qu'admit le Parlement de Paris par son arrêt du 18 février 1677. Cela simplifiait et pouvait même servir à prouver la mauvaise foi de la femme. En voici un exemple rapporté par le D’ Dive ®

« En l’année 1689, Marie Le Maître fit assigner par devant l’official de Paris Henri Cajola, son mari, pour voir déclarer nul et invalide le mariage célébré entre eux, sur le fondement de l’impuissance qu’elle supposait en la personne du défendeur. La visite du mari ayant été ordonnée, les experts rédigent le rapport suivant

« Nous soussignés, maître Charles de Laval et maître

Urbain Léaulte, docteurs régents en la Faculté de méde-

cine de l’Université de Paris; Jacques Clérambourg, chirurgien du Roi en son Châtelet de Paris, et Robert Gervais, maître chirurgien-juré à Paris, experts nommés par sentence de M. l’Official de Paris, en date du 17 du présent mois, certifions qu’en vertu de la dite ordonnance, à la requête de Marie Le Maître, demanderesse en nullité de mariage à cause d’impuissance, nous nous sommes transportés au prétoire de lOfficialité à huit heures du matin, auquel lieu, après avoir prêté serment

(1) Chron. Méd., 1% janvier 1914, page 12.

accoutumé par devant M. l'Official, nous sommes montés en la chambre du concierge, où nous avons visité le sieur Henri Cajola, défendeur; auquel nous avons trouvé les parties destinées à la génération très bien et dûment disposées dans toutes leurs dimensions, figure et nombre, en sorte que nous avons unanimement conclu que le dit sieur Cajola est propre à accomplir tous les devoirs du mariage; en foi de quoi, nous avons signé le présent rapport. »

« Le défendeur ayant subi la visite, fit donner un avenir. La cause ayant été portée à l'audience, sur ce que le dit défendeur assura que si son mariage n’avait pas été consommé, c'était la faute de la demanderesse nimisareta, requérant qu'elle fut visitée par les mêmes experts et la demanderesse y ayant consenti, l’official l’ordonna ainsi. et fut procédé à la visite

dont voici le rapport

«.Nous soussignés, etc, Marie Garner, femme de Bureau, et Marie Aunoy, femme Jean Aubusson, jurées et maîtresses sage-femmes à Paris, experts nommés par les parties ci-après, certifions qu’en vertu, etc, sommes montées en la chambre du concierge, où nous avons visité Marie Le Maître, demanderesse...; et après avoir exactement examiné toutes ses parties génitales, nous les avons trouvées bien conformées et dans leur état naturel; même nous avons jugé par la dilatalion considérable que nous avons trouvée, tant à l’orifice externe de la matrice, qu’à toute l’étendue du vagin, que la dite demoiselle Le Maître a pleinement consommé le mariage: et même fréquemment usé de ce droit, en foi de quoi, nous avons signé le présent rapport. »

HENGATEE

« Le promoteur général de l’Archevèché de Paris déposa ses conclusions et la sentence définitive, sur le vu des pièces, fut prononcée comme suit :

« Tout considéré, et sur ce pris conseil de maître Jean Robert, docteur en théologie, pénitencier de l'Eglise de Paris et de maître Louis Nivelle, avocat en la Cour; nous avons débouté et déboutons la dite demoiselle de sa demande et ordonné qu’elle retournera avec le dit Cajola pour lui adhérer comme à son mari; tous dépens compensés. Fait à Paris le 19 mai 1689. Signé : Chéron, Robert, Nivelle. »

La femme est souvent la cause de l'impuissance de son mari soit par sa frigidité, soit par ses infirmités diverses. Il fallait donc l’examiner à part. Citons l’étroitesse vaginale, le vaginisme, les maladies féminines ou les lésions accidentelles des organes génitaux, et même la psychologie féminine. Il est des femmes qui ont de la mauvaise volonté ou une répugnance invincible.

« Tel, dit Voltaire, qui serait un Hercule avec des facilités, devient un eunuque par des rebuts. Sans doute, la femme n’a pas le droit d’accuser son mari d’une impuissance dont elle sait pertinemment être la seule cause. »

Le Parlement de Paris abolit le Congrès par son

Gore

arrêt du 18 février 1677, à la suite du réquisitoire retentissant de l’avocat général de La Moignon.

Mais une question se pose.

Pouvait-on diagnostiquer l'impuissance autrement que par le Congrès? Pouvait-on, en un mot. faire utilement un examen séparé des deux parties adverses. |

Il me semble que oui.

L’hydrocèle, la hernie inguinale, l’orchite rhumatismale, l’orchite tuberculeuse, l'hématocèle, le spermatocèle, le sarcocèle, l’amputation du pénis pour cancer ou par traumatisme, l’hypospadias, le phimosis, les injections astringentes peuvent être facteurs d’impuissance, tout comme l'épuisement par excès antérieurs et exigeant de l’habileté de la part de la femme, la peur d’être malhabile, l'imagination (dans les cas où un sort avait été jeté), voire même l’excès de puissance, sont des causes d’impuissance masculine. Nous avons cité plus haut les causes féminines. :

Or, on connaissait tout cela.

Dionis opérait l’hydrocèle, la hernie, l’hypospadias, le phimosis; Bouisson (), le célèbre doyen de la Faculté de Montpellier, nous explique que le phimosis peut porter gêne à l’acte de la copulation, mais qu'il se voit et se traite par la circoncision pratiquée de tous temps par les Juifs depuis Abraham, qui se circoncit lui-même sur l’ordre de Dieu. Bouisson qua-

(1) Œuvres, T. IV, page 3 et seq., Paris, Masson, 1909.

NGC

lifie cette opération d’ « insignifiante ». Janberthon ( remarque qu’ « un autre vice d’éjaculation, et auquel les hommes sont encore fort sujets, dépend des tumeurs ou duretés qui se forment dans les corps caverneux de la verge et qui affaiblissent et empèchent l’action des organes destinés à chasser la semence ». Le même auteur signale aussi ®) le danger des ‘injections astringentes. « Je ne saurais trop le répéter, dit-il, les injections astringentes, et contre lesquelles tous les bons praticiens crient ®, exposent toujours plus ou moins ( les malades à des rétentions d'urine, dont quantité meurent, ou du moins les réduisent-ils à la dure nécessité de ne les rendre un jour que goutte à goutte (®, suscitent des dépôts urinaux d’où il résulte des fistules inguérissables, en un mot, détruisent des millions de générations dans un seul homme, par l'impossibilité où il se trouve de faire des éjaculations directes.

« Si ces remèdes sont susceptibles de causer de si grands maux et sont si contraires à la population parce qu’ils empêchent l’éjaculation et quelquefois même l'érection chez les hommes, il n’est pas moins dangereux de les employer, pour arrêter les écoule-

(1) Traité des maladies vénériennes, page 56 (Paris, d'Iloury, 1766).

(2) Loc. cit., page 53).

(3) Cela prouve que c'était connu depuis longtemps par les anciens médecins.

(4) Evidemment, on ne connaissait pas encore les méthodes de Nelaton, de Guyon; on ne possédait pas l'aspireteur Potain pour vider la vessie et on ne disposait pas de l’électroïyse linéaire.

Page 1