‹ Quelques Considérations Au Sujet De La Pathogénie Des Angiomes FissurauxChapitre 4 sur 11 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

. La nature des angiomes, leur origine surtout sont l’objet de nombreuses controverses.

N’ayant en vue que leurs caractères cliniques, les an-

ciens auteurs les avaient placés dans le groupe si vaste autrefois des tumeurs : c’est dans ce chapitre qu’on continue à les étudier dans les ouvrages classiques. De nos jours cependant, en anatomie pathologique, ce terme de tumeur a une acception bien plus restreinte que celle que lui donnaient les eliniciens: il est devenu synonyme de néoplasie.

Les angiomes sont-ils des néoplasmes? On a essayé de le démontrer: les arguments ne manquent pas. D’un autre côté, c'est la tendance actuelle, on insiste de plus en plus sur leurs rapports avec les malformations congénitales.

A l’occasion de deux observations que nous devons: la première à l’obligeance de M. le professeur Forgue, la deuxième à la bienveillance de M. le professeur agrégé

LEE Leenhardt, nous nous bornerons dans ce modeste travail à grouper quelques faits relatifs à l’étiologie des angiomes et à discuter quelques-uns des points de leur pathogénie en insistant sur l’hypothèse de l’origine fissurale émise par Virchow, dans les leçons si importantes qu’il a consacrées à ces affections.

Avant d’aborder le sujet de notre thèse, nous tenons à rendre hommage à tous nos Maître qui, à la Faculté et dans les hôpitaux, ont su nous rendre attrayantes les études médicales et nous faire aimer la profession que nous avons choisie.

Nous remercions tout particulièrement M. le professeur Forgue de nous avoir fait l’honneur d’accepter la présidence de notre thèse. Nous garderons le plus précieux souvenir de son enseignement clinique si séduisant et si clair.

Que M. le professeur Vialleton veuille bien trouver ici l’expression de nos hommages respectueux. Nous sommes à la fois touché et fier de l’intérêt qu'il a bien voulu nous porter, des conseils qui nous ont été d’un si précieux secours dans l’élaboration de ce travail.

À M. le professeur agrégé Leenhardt, nous exprimons notre vive gratitude pour la bienveillance avec laquelle il a bien voulu nous confier l’une des deux observations que nous publions.

Nous nous faisons un devoir de dire à MM. les Médecins et Chirurgiens des Hôpitaux de Nice, quelle profonde reconnaissance nous leur gardons pour l’encourageante sympathie qu’ils nous ont toujours manifestée au cours de notre internat. î

OBSERVATION PREMIÈRE = (Inédite)

(Due À l’obligeance de M. le Professeur Forgue)

B. H.., 52 ans, entre le 26 octobre 1921, dans le service de M. le professeur Forgue, salle Delpech, lit n° 35, pour tumeur de la 1èvre supérieure. Depuis très longtemps, le malade a remarqué qu'il présentait sur le bord cutanéomuqueux de la lèvre supérieure, à gauche et à égale distance de la commissure et de la ligne médiane, un petit naevus plan de coloration rouge qu’il comparaît à une piqûre de puce.

Cette petite tumeur n'avait pas spécialement retenu l’attention du malade: elle était d’ailleurs cachée par ja moustache.

Mais, à partir de 1908, elle augmente progressivement de dimensions: en 1919, elle est extériorisée, atteint le volame d’un pois et, en 1921, elle a subi un accroissement tel que le malade décide de demander une intervention.

Aucun signe particulier n’a accompagné son évolution: jamais elle ne s’est montrée douloureuse, jamais elle n’a présenté d’ulcération accidentelle provoquée comme il arrive souvent dans ces tumeurs des lèvres par des morsures, par des brûlures de cigarette, etc.

Le malade ne nous apprend rien de particulier quant à ses antécédents héréditaires.

On ne relève rien dans ses antécédents personnels; aucune autre malformation congénitale.

À l'examen, on constate que la lèvre supérieure porte une tumeur non ulcérée, largement pédiculée, du volume d’une noix. Son pédicule d'implantation, d’une largeur de 1 centim. 5, occupe la partie moyenne du côté gauche de la lèvre, sans atteindre la commissure ni la ligne médiane. Elle empiète sur la muqueuse, mais ne gêne aucunement les mouvements d’occlusion des lèvres.

La surface de la tumeur est d’un rouge sombre, présente des arborisations, et ne montre en aucun point de perte de substance ni de trace de cicatrice. Elle a une forme régulièrement ovoïde et pend au devant de la lèvre inférieure dont elle cache la partie correspondante.

À la palpation, elle donne la sensation d’une consistance uniforme; elle est dépressible mais non réductible, Par une pression énergique, on peut déterminer une légère diminution de volume mais la tumeur conserve sa forme et offre alors une consistance dure. Ces manœuvres sont absolument indolores.

La tumeur n’est pas pulsatile. Ni son volume, ni sa coloration ne sont modifiés par l'effort, les cris ou la position penchée de la tête.

Intervention, le 7 novembre 1921 sous anesthésie locale (syncaïne à 0,5 p. 100). Excision cunéiforme de la lèvre supérieure enjambant le pédicule de la tumeur. Suture au :

rip.

Suites très simples. Le malade sort le 16 novembre, Examen histologique. — Lies fragments prélevés: com-

prennent la presque totalité de la masse tumorale ayant conservé son revêtement cutané.

Angiome de la lèvre supérieure. (Observation 1)

(Cliché de la collection de M. le professeur Fon@ux)

RAA

La peau parfaitement régulière qui recouvre la tumeur ne présente aucune modification, pas même de signes d’irritation des papilles et, en aucun point, eile ne montre de solution de continnité.

Au-dessous, les tissus sont caractérisés par la présence de lacunes très nombreuses, irrégulières, de volume différent contenant des globules rouges. |

Certaines se présentent sous forme de fentes, d’au-

res sous forme de cavités plus ou moins arrondies, com-

muniquant en certains points, les unes avec les autres. Ces lacunes sont revêtues d’un endothélium parfaitement conservé; il n’est proliféré en aucun point; une rangée de cellules endothéliales très nettes le constitue. Du tissu conjonctif normal sépare les lacunes les unes des autres; en nul endroit on ne peut mettre en évidence la tendance fibromateuse de ce tissu, pas plus que sa tendance Hpomateuse.

Au-dessous de cette zone le muscle apparaît très net; en certains points cependant, les fibres musculaires sont dissocliées par la pénétration de quelques lacs sanguins néoformés. Nulle part on ne trouve de foyer inflammatoire diffus ou nodulaire.

Il s’agit donc d’un angiome simple.

OBSERvVATION II

(Due à l’obligeance de M. Leenhardt, professeur agrégé)

P. G..., âgé de 3 mois, est présenté, le 30 juin, avec une tumeur de la joue droite. Cette tumeur se développe en empruntant la joue et les moitiés droites des lèvres supérieure et inférieure sans que la muqueuse soit intéressée.

Elle est d’une couleur rouge violacé - et son volume est celui d’une orange; de plus, elle devient fortement turges-

cente lorsque l’enfant crie ou pleure. Il s’agit d’un angiome congénital.

En outre, fait particulier, vers le milieu de la masse tumorale, à 2? centimètres environ en dehors de la commissure droite des lèvres, le malade présente une fistule légèrement suintante dont les bords ont une couleur rouge violacée très foncée; elle est en cul-de-sac et son diamètre est environ celui d’un Crayon.

On ne relève, chez ce nourrisson, les traces d’aucune autre malformation. Il est né à terme; on n’a rien remaiqué d’anormal à la naissance, sauf cette fistule et cet angiome.

Actuellement, il est bien portant; nourri au sein maternel, il ne souffre d’aucune sorte de trouble.

Ses parents jouissent d’une bonne santé; dans leurs antécédents, on ne relève rien de particulier. [ls paraissent indemnes de syphilis, et dans leur famille, on ne not: aueune malformation congénitale. :

Traitement. — Une première application de radium dure du 1* au 5 juillet. Aucune réaction inflammatoire ne ’ensuit. |

L'enfant est revu le 9 août, le volume de l’angiome a diminué de moitié et la flstule est en voie de cicatrisation.

À cette date, on fait une deuxième application de radium, d’une durée de vingt-quatre heures seulement suivie, d’après les parents, d’une certaine réaction inflammatoire: érythème et desquamation.

Le 19 novembre, l’enfant revient; la joue droite a à peu près le même volume que la joue gauche; l’emplacement de la fistule presque fermée est marqué par une fossette. La consistance des deux joues est à peu près la même, au niveau de la fossette cicatricielle se révèle à la palpation une légère induration due au tissu fibrenx. La couleur vio-

ss fie

lacée a disparu, faisant place à une coloration rose pâle.

L'enfant revu ces jours derniers est considéré comme guéri. L ,

(Ce malade a été présenté à la Société des sciences médicales et biologiques de Montpellier et du Languedoc méditerranéen, le 2 juillet 1921, par M. Leenhardt, professeur agrégé; le 19 novembre, par M. Leenhardt et M. le docteur Parès.)

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