‹ Quelques considérations au sujet de plusieurs cas de syphilides malignes précocesChapitre 13 sur 20 · PR · texte numérisé non relu

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d'une pétite croûtelle blanchâtre. Au loucher, elles présentent une certaine induration.

Le malade est soumis immédiatement aux piqûres hebdomadaires de calomel et absorbe de l'iodure de potassium à la dose quotidienne de 3 grammes.

A la cinquième piqûre environ, ces grosses papules sontsèches, mais ne veulent pas disparaître. A la sixième, elles pâlissent et s’affaissent cependant.

Enfin, quand la première série de huit piqûres est terminée, ces lésions sont complètement guéries, mais elles ont laissé à leur place des cicatrices non déprimées, blanchâtres au fond.

Au point de vue éliologique, comme nous le voyons, ces syphilides malignes précoces sont dues d’abord à ‘âge du malade. Il a, en effet, dépassé la cinquantaine et, quoiqu'il vive sainement à la campagne, nous retrouvons aussi et surtout dans ses antécédents le facteur aggravant: alcool.

Quelle conclusion pouvons-nous rer de la lecture de toutes ces observations ?

La première chose qui nous saute aux yeux, c'est que nous retrouvons l'alcoolisme dans les antécédents de tous les malades dont nous venons de retracer l'histoire.

La majorité des syphilitiques contractent l'accident primitif entre 18 et 24 ans ; de très nombreuses observations l’ont prouvé. Très peu de ceux-là ont des manifestations graves précoces. Cependant dans le nombre 1l est facile d’en trouver plusieurs qui ont fait et continuënt à faire des excès alcooliques.

Cela posé, sommes-nous donc en contradiction avec ce que nous venons d'affirmer plus haut? Non, si la facon dont nous concevons ce problème est juste.

Il est rare qu'on fasse des excès alcooliques d’une

pe façon continue avant 18 ans. De plus, l'organisme, au début, réagit convenablement contre l’intoxication, les reins éliminent assez vite le poison, et celui-ci n’a pas encore eu le temps d'imprimer la trace de son passage sur les différents organes. Mais à 30 ou 40 ans, l’intoxication remonte à longtemps, et l'alcool à eu le temps de mettre les organes en état de moindre résistance.

Dans toutes nos observations, nous remarquons que tous nos malades sont alcooliques depuis longtemps. L'infection syphilitique tombant sur cet organisme qui ne peut plus se défendre y fait alors des ravages effrayants.

Il en serait de même d’ailleurs de toute autre infection. Nous le voyons tous les jours à la clinique.

Il y aurait donc une certaine distinction à faire : ce n'est pas l’intoxication récente, mais l'alcoolisme ancien déjà, celui qui à imprimé Son cachet sur le malade, qui. serait véritablement la cause de ces manifestations graves et surtout précoces. |

Et nous pouvons mettre en seconde ligne tous les autres facteurs étiologiques, tels que l’âge, les infections clironiques, les diathèses, la gravité ou le siège de l'accident primitif et l’insuffisance où même l'absence de traitement. ’

SYMPTOMATOLOGIE ET DIAGNOSTIC

Nous passerons très rapidement sur la symptomalologie et le diagnostic qui ne doivent occuper qu'une place secondaire dans notre étude sur les syphilides malignes précoces. |

La symptomatologie comprend des symptomes subjectifs et des symptomes objectifs. Ces derniers ont déjà été étudiés au chapitre Il. L’invasion des syphilides malignes précoces ne se fait pas silencieusement comme celle des syphilides ulcéreuses tardives. Les prodromes se présentent ordinairement avec une intensité plus grande. Is consistent en un malaise général, de la courbature, des céphalées opiniâtres, de la fièvre plus ou moins accentuée.

Le malade maigrit rapidement, pâlit, s'essouffle facilement, a des palpitations, phénomènes qu’on peut expliquer par l'anémie globulaire qui marque le début de toute syphilis constitutionnelle.

Cet état précède l’éruption, mais peut se prolonger et même augmenter, pour arriver quelquefois à /a cacher, comme nous le voyons dans plusieurs de nos observations. |

On trouve disséminés sur toute l'étendue de la surface cutanée, en nombre et en proportions variables, la plupart des éléments érupüfs. Rarement l’éruption

Re recouvre d'emblée toute la surface du corps, elle débute souvent par la face et le cuir chevelu, pour se répandre ensuite sur le tronc et les membres.

Les boutons initiaux se changent vite en ulcères croûteux qui fournissent un pus jaune verdâtre.

Au point de vue diagnostique, nous devons faire le diagnostic différentiel : |

1° Dessyphilides malignes précoces elles-mêmes avee les syphilides ulcéreuses tardives qui Dr MEURT à la forme commune ;

2° Des Hérentes variétés de. syphilides précoces entre elles ; |

3° Des nt malignes précoces avec les affections qui leur ressemblent le plus.

1° Le premier point est facile à élucider. Les syphilides malignes précoces s’'accompagnent d’un état général grave. Et puis on peut,encore découvrir, sinon Ja trace du chancre, du moins les ganglions, témoins qui n'ont pas disparu aussi vite que le chancre.

2° Les syphilides dont nous nous occupons ont des caractères communs, mais aussi des caractères différentiels. Pour Iles syphilides papulo-croûteuses, c'est d’abord la coloration; elles sont de couleur rouge sombre jambonné. La consistance en est ferme, dure, résistante.

Les syphilides ulcéro-croûteuses sont entourées d’une aréole rouge sombre, quelquefois pigmentée. Les croûtes sont de coloration foncée jaune verdâtre particulière, de forme ostréacée. L'ulcération enfin qui existe dans ce cas n'existe pas chez les précédentes.

3° Le diagnostic différentiel des syphilides tubercu-

EE ea leuses el ulcéro-croûteuses avec certaines dermatoses est plus délicat.

Parlons d'abord du diagnostic différentiel de ces syphilides avec les dermatoses tuberculeuses de forme correspondante.

Les deux maladies ont également un type sec.

De prime abord, il y a beaucoup d’analogie entre la syphilide papulo-croûteuse et le lupus tuberculeux de forme sèche. La physionomie générale de chacune de ces deux lésions est à peu près identique. Mais en les examinant de plus près on observe une différence de couleur. Le tubercule lupique est d’un rouge plus clair, tendant vers le jaune, bien différent du rouge jambon fumé du tubercule syphilitique. La consistance diffère également; le tubercule syphilitique est dur au toucher, tandis que le tubercule lupique est mollasse, moins rénittent et s’affaisse sous le doigt

Si nous en venons aux formes ulcéreuses des deux maladies, nous retrouverons également de prime-abord beaucoup d’analogie entre elles. Cependant à l'analyse, nous avons plusieurs caractères importants à relever.

L'aréole syphilitique est toujours d’un rouge sombre, tandis que l’aréole du lupus est rouge clair. Les croûtes . qui recouvrent l’ulcération syphilitique ont des caractères absolument spéciaux : elles sont stratifiées, dures, foncées, de coloration verdâtre. Les bords qui entourent cette ulcération sont toujours accentués, durs, adhérents différant complètement des bords de lulcère lupique, qui sont au contraire pen accentués, mous

et décollés.

I yaenfin la configuration d'ensemble de la lésion.

En 0e

La syphilis affecte toujours dans ses lésions une forme orbiculaire, circinée, tandis que les ulcérations du lupus s'étendent sans méthode, au hasard.

Un très grand nombre d’affections cutanées présentent des analogies objectives plus ou moins accentuées avec les syphilides tertiaires prématurées. Les étudier toutes dans ce chapitre de diagnostic différentiel serait empiéter sur le domaine de la dermatologie, nous nous contenterons de donner place ici et de ne citer que celles d’entre elles qui sont plus exposées Le d'autres à donner lieu à des erreurs.

C'est d'abord l’ulcère tuberculeux de la peau, mais dont le fond rouge et bourgeonnant est nettement différent du fond jaune crémeux de l’ulcère gommeux.

C’est ensuite l'ecthyma qui simule parfois d’une façon étrange la syphilide ulcéro-croûteuse ; mais 1l s’en différencie à titres multiples par sa localisation, par ses SAONE éliologiques et he son allure inflammatoire. ù

Puis l’épithéliome, l’acné nécrotique ou acné pilaire de Bazin, qui se distinguent de la syphilis par leur particularité de siège.

Enfin les iodurides, les bromides, qui se reconnaissent bien à la soudaineté de leur invasion et de leur. développement; et en dernier l’ulcère variqueux, qui a été souvent confondu avec les ulcérations spécifiques.

Ajoutons que le traitement « pierre de touche » institué d'emblée lèvera bientôt tous les doutes.

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