‹ Quelques considérations générales sur la nature et l'influence des passionsChapitre 5 sur 6 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Aperçu de l’influence des passions sur la santé.

L’influence générale des passions sur l’économie peut se rapporter à celle du plaisir et de la douleur. Toutes les passions sont accompagnées de l’un ou l’autre de ces deux sentimens. Je crois donc devoir examiner d’abord quels sont les effets du plaisir et de la douleur sur les diverses fonctions.

Le plaisir agit évidemment sur nos organes à la manière dés exeitans; il active les fonctions, et leur imprime un caractère particulier d’aisance et de liberté. Sous son influence, les organes des sens jouissent d’une sensibilité plus exquise, les facultés intellectuelles s’exercent avec plus de facilité, et nos diverses aptitudes se manifestent avec plus d’énergie. On a la conscience d’un bien être intérieur qui fait sentir plus vivement le charme de l’existence : la circulation est accélérée , le cœur bat avec force, la face se colore , le pouls est plein et développé , la respiration plus rapide n’a pourtant rien perdu de sa liberté. Il y a élévation de la chaleur du corps qui est plus capable de résister à l’impression des vicissitudes atmosphériques. L’appétit est vif, et la digestion prompte et facile. L’absorption, l’assimilation, les sécrétions paraissent aussi s’activer ; enfin les mouvemens musculaires sont libres et aisés ; on se ^ht et on est réellement capable de soutenir de grandes fatigues. Tels sont les effets généraux du plaisir, lorsqu’il est modéré et que sa durée se prolonge.

Lorsqu’il est extrême, ses effets se rapprochent de ceux qui résultent de toutes les impressions fortes, quel que soit leur caractère, et consistent dans le trouble de presque toutes les fonctions. Ainsi suspension presque complète des opérations intellectuelles, difficulté de la parole, tremblemens et mouvemens spasmodiques des membres; palpitations du cœur, respiration entrecoupée, soupirs, pleurs, frissons et quelquefois syncope. Ces accidens ne sont le plus souvent que momentanés ; bientôt il s’établit une sorte de réaction, et alors les effets du plaisir prennent insensiblement le caractère que j’ai d’abord signalé comme leur étant spécialement propre.

L’aclion de la douleur morale est généralemeut débilitante : les fonctions intellectuelles s’exercent avec peine et dégoût ; on éprouve à la base de la poitrine un l’esserrement aeeompagné d’anxiété ; la cireulation se ralentit ainsi quela respiration dont la gêne et la difficulté déterminent de fréquens soupirs. La face est pâle,la chaleur diminuée ; l’appétit cesse de se faire sentir, la digestion est lente , incomplète. Les autres fonctions perdent aussi de leur énergie , les muscles sont afl’aiblis, et on éprouve ordinairement une répugnanee presque invincible pour l’exercice. Si la douleur morale se prolonge, le trouble des fonctions s’accroît, surtout de celles qui sont relatives à la nutrition ; peu à peu une maigreur effrayante s’empare de tout le corps, et l’état de dépérissement dans lequel les divers organes sont successivement jetés, eonduit lentement à la mort par le marasme. La douleur , lorsqu’elle est extrême et subite, produit des effets analogues à ceux qui se montrent sous l’influence d’un excès de plaisir ; mais ses effets sont en général plus durables et plus fâcheux.

Ainsi, suivant que les passions sont gaies ou tristes, leurs effets sont en général ceux que je viens d,’indiquer, et ont pour caractère principal une augmentation ou une diminution dans l’activité et l’énergie des fonctions. On doit, sans doute , chercher la principale cause de ces effets dans une altération directe et primitive du système nerveux , et surtout de l’encéphale^ inais il faut, ce me semble^e garder d’établir en principe général, que l’action du centre nerveux soit toujours diminuée dans les passions tristes ; ces passions sont elles-mêmes un résultat de l’activité du cerveau , et une exagération de la sensibilité les accompagne très-souvent. Il n’y a alors de vraiment diminué que l’influence vivifiante du cerveau sur les autres organes.

Mais indépendamment de ces deux ordres d’effets généraux, produits par les passions, selon qu’elles sont causes de plaisir ou de douleur , plusieurs d’entre elles paraissent avoir quelque chose de spécial dans l’influence qu’elles exercent sur l’économie. Ainsi, la colère agit sur l’appareil biliaire d’une manière très-énergique, et p/iraît cotnmimiquer aux divers fluides sécrétés, et surtout à la

salive et au lait, des qualités malfaisantes. La tristesse augmente spécialement la sécrétion des larmes ; la terreur offre surtout pour phénomènes prédominans, le refroidissement de la peau, et l’anéantissement des forces musculaires.

Après avoir donné ce léger aperçu des effets généraux des passions, je vais examiner leur influence sur chacune de nos principales fonctions en particulier, et indiquer les maladies qui peuvent en être le résultat. Mais, pour éviter des répétitions fastidieuses , je crois devoir dire auparavant quelque chose des morts subites, que presque toutes les passions peuvent causer, quand elles éclatent avec violence. On trouve dans les auteurs une foule d’exemples de morts subites, causées par l’excès des passions ; Sophocle, Dénis le tyran , Léon x, moururent de joie. Marcellus Donatus rapporte qu’un enfant mourut de frayeur, pour avoir aperçu inopinément à ses côtés deux personnes vêtus de noir ; un peintre mourut d’admiration à la vue d’un tableau de Raphaël; Isocrate expira de douleur, en apprenant la perte de la bataille de Chéronée. L’ambition déçue , le désespoir de l’amour ont aussi quelquefois causé la mort. Il serait superflu de citer un. plus grand nombre d’exemples.

La suspension immédiate de l’innervation, entraînant celle de la respiration et de la circulation, me paraît être la .cause la plus ordinaire des morts subites produites par les passions, dont l’action pourrait dans ces cas être comparée à celle des fortes commotions du cerveau. Mais la mort peut aussi être le résultat de congestions sanguines , ou d’hémorrhagies du cerveau. Dans plusieurs des cas qu’on trouve cités dans les auteurs, la mort paraît avoir été causée par la, rupture d’anévrismes internes.

Je passe maintenant à l’examen des effets des passions, lorsqu’elles ne causent pas immédiatement la mort.

Les altérations du cerveau et du système nerveux, produites pai^ les passions, consistent dans des irritations, des congestions sanguines, et aussi dans des modes de lésion qui ne sont appréciables que par le trouble des fonctions, et dont nous ne pouvons

par conséquent nous faire une idée précise. Dans beaucoup de passions, et surtout dans les excitantes, l’exaltation des idées et de la sensibilité générale ,. la coloration de la face, les niouvemens convulsifs , tout semble indiquer un afflux de sang vers l’encéphale, avec irritation. Aussi des phlegmasies, des hémorrhagies cérébrales peuvent-elles se développer sous leur influence. Mais le trouble et la perversion des fonctions sensoriales ne peuvent pas toujours être expliqués par l’irritation, et il me semble qu’il y a dans ces cas quelque chose de spécial qui nous échappe; comme on peut aussi le remarquer dans les maladies qui résultent souvent de cette perversion, dans les diverses espèces de folie, l’épilepsie, etc., qui certainement sont autre chose que de simples irritations. Les passions sont les causes les plus ordinaires de l’aliénation mentale ; et parmi elles, les passions tristes la déterminent plus souvent que les autres ; même, suivant M. Esquirol, la joie et les passions gaies produisent trèsrarement la folie, qui reconnaît le plus souvent pour causes , la tristesse, l’amour contrarié, la jalousie, la frayeur, la cojère , l’amourpropre blessé , l’ambition déçue. On sait que de toutes les causes de l’épilepsie, la plus constante est la frayeur.

Les effets des passions sur les autres organes, ne me paraissent pas devoir être considérés comme toujours sympathiques de l’altération du cerveau primitivement affecté par elles.

L’accélération , le ralentissement, et les autres troubles de la circulation , qui sont un des effets les plus remarquables des passions, peuvent entraîner de graves accidens. J’ai déjà parlé de la syncope qui peut résulter de l’interruption des contractions du cœur; mais cés^contractions, qui sont rendues très-énergiques par certaines passions , peuvent le devenir au point de déterminer la rupture du cœur, ou celle d’un gros vaisseau; ce qui toutefois arrive très-rarement, et ce qui n’arriverait peut-être jamais, sans une prédisposition particulière , telle que l’existence d’un anévrisme ou de quelque aMiti'e lésion organique. Les passions qui augmentent l’irritabilité du eœur, peuvent concourir à en déterminer l’hypertrophie , ou au

moins à hâter les progrès de cette maladie. L’accélération de la circulation contribue encore à accroître l’activité cérébrale déjà exagérée par l’influence directe de la passion, et peut favoriser par conséquent le développement de maladies du cerveau. Mais un des effets les plus fréquens que les passions produisent par leur influence siir la circulation , ce sont les hémorrhagies dont plusieurs d’entre elles, mais surtout la colère , ont si souvent été la cause.

Le ralentissement et la gêne de la circulation que produisent plus particulièrement les passions tristes , et qui s’accompagnent toujours de difficultés dans la respiration, peuvent être considérés comme des causes fréquentes de maladies organiques du cœur. Desault a remarqué que ces maladies étaient devenues très-communes à l’époque de la terreur en i/pS ; c’est à ce troublé de la circulation qu’on peut rapporter la suppression des menstrues, si fréquemment oocasioftnée chez les femmes par les passions tristes.

Le trouble de la respiration dans les passions agit surtout par l’influence de cette fonction sur la circulation ; il peut favoriser la formation d’anévrismes du cœur, et de congestions cérébrales. Il y a entre la circulation et la respiration une correspondance constante d’altérations qui concourent ordinairement à produire les mêmes effets. Mais on a aussi des exemples de lésions directes de l’appareil pulmonaire déterminées par de vives émotions de l’ânae, comme l’attestent plusieurs observations d’asthme rapportées par les auteurs.

Les organes de la digestion ne sont pas soustraits à l’influence des passions. Des vomissemens, des gastrites aiguës et plus souvent chroniques, des diarrhées ; voilà les effets les plus fréquens de leur action sur le système digestif. On a* remarqué que les ambitieux succoxnbaient souvent à des affections cancéreuses de l’estomac. Ce viscère serait-il constamment irrité par les passions ? et la sensation douloureuse que les fortes émotions nous font éprouver^ à l’épigastre, serait - elle l’expression de la souffrance de l’estomac? C’est ce qu’on a avancé, et ce qui me paraît très-difficile à prouver.

Il n’est aucun organe sécréteur dont l’action ne puisse être modifiée par les affections de l’âme.

La frayeur, la surprise, la colère, etc., jîeuvent supprimer la sueur et causer des irritations intérieures, lorsque faction diminuée de la peau n’est pas suppléée par la suractivité succédanée de l’appareil urinaire , qui paraît aussi pouvoir être influencé directement. La transpiration insensible est favorisée par les passions douces et excitantes. Un des effets les plus ordinaires des passions c’est l’augmentation de la sécrétion des larmes, dont l’effusion abondante est presque toujours suivie d’un soulagement marqué, et pourrait en quelque sorte être considérée comme une crise favorable.

Le lait se supprime souvent chez les nourrices, au moment où elles éprouvent une forte émotion. On cite même des cas dans lesquels le lait, à la suite d’un accès de colère, acquit des propriétés efesez irritantes pour déterminer, chez les enfans qui s’en nourrissaient, de fortes tranchées , et mêmé'^des gastrites.

La salive est sécrétée abondamment dans certaines passions ; plusieurs exemples tendent.à prouver que la colère peut altérer cette sécrétion au point de faire contracter à son produit des qualités vénéneuses , et susceptibles d’occasionner des convulsions et même la rage chez les personnes à qui uhe morsure inoculerait cette salive altérée. Plusieurs passions , m^is surtout la colère, augmentent

S rdinairement l’action du ^oie et la sécrétion de la bile. Des semens et des déjections^ébondantes de bile , l’ictère, l’hépatite, vent observées à la spife de transports de colère, attestent sufïisammenHku puissaQ te-rùfluence de cette passion sur l’appareil sécréteur de la bile. .

Les changemens produits par les passions, dans faction du système musculaire, offrent des nuances, dont on pourrait trouver les extrêmes dans la force musculaire centuplée par la colère , et dans cette même force annihilée par la terreur.

J’ai parlé de l’augmentation et de la diminution de la contractilité du cœur ; les vomissemens, l’éjection brusque de l’urine et des fèces

sont des phénomènes^qui prouvent que le système musculaire intérieur est aussi sous la dépendance des passions. L’on a observé diververses paralysies à la suite de violentes afl’ections morales.

On a pu voir jusqu’ici combien de maladies peuvent avoir leur source dans l’exagération de nos passions. Mais il faut avouer qu'il ai’rive assez rarement que ces fâcheux effets soient uniquement le résullat de leur aclion instantanée ; le plus souvent une prédisposition particulière existait , et la passion u’a été que l’occasion de la maladie ou de la mort. Dans une foule de cas , on est forcé d’admettre une aptitude , soit innée , soit acquise, à contracter les maladies qui éclatent sous’l’influence des émotions de l’âme. Aussi est-ce surtout dans l’iinminfînce ou dans le cours des maladies, que les passions ont des conséquences fâcheuses. Cette réflexion me conduit à parler des effets des passions sur l’homme malade.

Les passions sont, en général , nuisibles dans les maladies ; et le dîalme de l’âme est ordinairement la condition la plus favorable à leur guérison. Cependant il est d’observation que la confiance, le courage , l’espérance , sont d’un heureux augure; et que les passions gaies et modérées exercent une influence avantageuse sur les maladies qui ne sont pas accompagnées de symptômes inflammatoires prononcés. Mais les passions tristes aggravent ^presque toujours l’état du malade ; et, en général, il n’y a que quelques cas très-rares dans lesquels les fortes émolioias de l’âme ne déterminent pas des accidens fâcheux.

Les passions excil antes agissent dans le sens des inflammations , puisqu’elles augmentent la sensibilité et accélèrent la circulation. Aussi sont-elles très-nuisibles dans ce genre de maladies , ainsi que dans les hémorrbagic's , et dans toutes’ les lésions des organes de la circulation. On trouve, dans les auteurs, de nombreux exemples des effets pernicieux de la colère et de la joie excessive sur des malades atteints d’infUmmations diverses. Sous leur influence, des anévrismes se sont rompus , des hémorrhagies arrêtées se sont reproduites avec violence , des éruptions cutanées se sont supprimées , et une métas-

lase funeste a causé la mort ; des plaies qui marchaient promptement vers la cicatrisation , se sont tout à coup compliquées de douleurs, de convulsions, et de phlegmasies cérébrales souvent mortelles.

Les effets des passions débilitantes ne sont pas moins redoutables. Combien de fois la crainte d’une opération chirurgicale, même légère, n’a-t-ellc pas déterminé la mort pendant ou après l’opération ! De funestes métastases sont occasionnées par la frayeur, surtout dans les exantlièmes. La crainte de la difformité que la variole peut laisser après elle, rend souvent cette maladie dangereuse chez les femmes; et l’on en a vu mourir de l’impression pénible qu’avait faite sur elles la perte de leur beauté. Le dessèchement des plaies , suivi de convulsions mortelles, la métastase de la goutte sur les poumons ou l’estomac, sont des résultats que le chagrin a souvent produits.

On sait que, dans les épidémies contagieuses , la crainte met les personnes qui en sont frappées dans les dispositions les plus favorables pour contracter la contagion, à laquelle les hommes qui la bravenîÉ échappent très-souvent ; et l’on sait aussi que la maladie , une fois contractée, est presque infailliblement mortelle pour ceux qui l’ont redoutée.

Je ne m’étendrai pas davantage sur les effets des passions dans les maladies ; j’ajouterai seulement quelques mots sur leur influence chez les femmes dans l’état de grossesse et à l’époque de l’accouchement. Des hémorrhagies utérines , l’avortement , ont souvent été occasionnées par une forte émotion de l’âme ; et, dans plusieurs cas , on a dû attribuer à une semblable cause des maladies , le dépérissement , et même la mort du foetus. L’observation journalière prouve l’influence que peuvent avoir les passions sur le travail de l’enfantement : la présence d’une personne odieuse ou importune suffît souvent pour arrêter tout à coup les douleurs , ou au moms pour les rendre faibles, irrégulières et infructueuses. La joie d’avoir un fils vivement désiré a quelquefois causé des hémorrhagies ujérines formidables ; et des femmes ont succombé au chagrin d’avoir été trompées dans leurs espérances. Enfin on a vu , après l’accouchement, des

suppressions de lochies , et des péritonites mortelles se manifester à 1 a suite de vives aflfections morales.

Mais les effets des passions sur l’économie ne sont pas toujours nuisibles. J’ai déjà parlé de l’influence avantageuse exercée par celles qui sont légèrement excitantes , sur la marche et la terminaison de certaines maladies. Bien plus, les commotions que les passions fortes commun quent à tout l’organisme , ont, dans quelques cas, causé la guérison vde maladies qui avaient résisté à toutes les ressources de l’art. Les fastes de la science offrent des exemples nombreux de ces cures en quelque soi’te merveilleus'es ; et quoiqu’on ne doive admettre qu’avec réserve beaucoup d’entre eux, il en est pourtant un assez grand nombre dont l’authenticité est incontestable, et que l’expérience journalière vient encore confirmer. Ainsi il est certain que de fortes émotons de l’âme ont guéri des fièvres intermittentes, des paralysies, des hémorrhagies, des névroses ; et des médecins justement célèbres ont employé les passions avec succès dans la cure de plusieurs de ces maladies.

Mais les occasions dans lesquelles cette ressource thérapeutique peut être mise à profit doivent être bien rares ; et il faudrait, pour se hasarder à y recourir', un concours de circonstances bien favorables, et une connaissance très-approfondie du caractère et du degré de susceptibilité du malade. Encore ne serait-ce que dans des cas extrêmes , et après avoir épuisé toutes les ressources de la thérapeutique , qu’un médecin pourrait être autorisé à faire naître chez un malade une de ces violentes émotions dont les effets ne peuvent pas être calculés à l’avance , et peuvent si facilement dépasser le but qu’on cherche à atteindre. Dans presque tous les ouvrages qui traitent des passions sous le rapport iliédical, on propose pour exemple \e célkhre Bokerhaave^ faisant cesser tout à coup, au moyen de la terreur, une épidémie d’épilepsie imitative. 11 est loin de ma pensée <le chercher à rien diminuer de la gloire de ce grand médecin. Mais le fait qu’on cite avec tant de complaisance ne me paraît rien moins que propre à engager les médecins à imiter la hardiesse de leur il-

lustre devancier , s’il est vrai que la guérison des malades lût achetée de la mort de l’un d’eux , qui expira de frayeur au moment où l’on feignait de vouloir lui appliquer le cautère. C’est donc avec la plus grande réserve , je le répète , qu’on doit av^ir recours à des moyens si dangereux, dont il vaudrait peut-être mieux s’abstenir lout-àfait. 11 n’en est pas de même des passions douces, qui n’oflrerit jamais de' danger , et dont l’utilité est incontestable dans une foule de cas , et surtout dans les maladies accompagnées de débilité générale. Je n’entrerai pas dans de plus grands détails sur le parti qu’on peut tirer des passions pour la guérison des maladies. Je me hâte de terminer cet essai par quelques considérations générales sur les moyens de prévenir ou de diminuer les maux que les passions peuvent causer.

C’est surtout à prévenir les passions violentes qu’on doit s’appliquer ; car il arrive bien souvent que tous les secours de l’art restent infructueux aussitôt qu’elles ont éclaté. L’éducation physique et morale de l’homme offre le principal et le plus sûr moyen de le prémunir contre les excès des passions. C’est dès l’enfance qu’il faut s’attacher à combattre les prédominances de penchans dépendantes de l’organisation ; et le meilleur moyen de le faire avec avantage est de chercher à coiïtrebalanccr la suractivité native d’un penchant par l’exercice presque exclusif des autres aptitudes. L’étude des arts libéraux et de Jia philosophie, en éclairant l’esprit de l’homme et en élevant son âme, lui feront éviter sûrement la plupart des passions exagérées qui ont souvent leur source dans l’ignorance, les préjugés et la pusillanimité.

Ou peut aussi tirer un grand parti des diverses influences du climat,, du régime ,- des habitudes , etc. , pour modifier l’organisation et jjar elle les dispositions morales.

Enfin on éloignera avec soin toutes les causes qui peuvent communiquer à l’âme de fortes secousses. C’est surtout quand il s’agira d’apprendre à quelqu’un une nouvelle susceptible de faire naître une joie vive ou une peine cuisante, que les plus grandes précautions devront être prises, et adaptées au caractère et à la susceptibilité individuels.

Ces préceptes, applicables à toutes les conditions de la vie, doivent être surtout suivis à l’égard des malades, et avec d’autant plus de sollicitude, que leur oubli serait plus funeste.

Lorsque les passions ont éclaté , on doit combattre par les ressources ordinaires de la médecine les âccidens immédiats et les lésions consécutives qui résultent du bouleversement des fonctions , puis avoir recours aux conseils de la philosophie, aux consolations de l’amitié , et à un usage bien entendu des distractions , pour éteindre peu à peu le feu des passions, quand la morale ou quelque autre obstacle invincilîle s’opposent à leur satisfaction , ou quand leur cause n’est pas de nature à pouvoir être détruite.

HIPPOCRATIS APHORISMI.

( cdente Foesio. )

Valida quidem apoplexia nullo modo sanatur , levis verô non facilè. Sect. 2 , aph.

At corporis siderationes contingunt eâ ætate maximè quæ est à quadragesimo ad sexagesimum. Sect. 6j aph. 5y.

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