TRAITEMENT LOCAL
Deux manières différentes d'envisager la question se pré- :
sentaient à mon esprit. Je pouvais, ou bien faire une étude o
approfondie historique et comparative des divers modes de traitement, et ils sont nombreux; ou bien rester essentiellement sur le terrain de la de et voir, le cas échéant, de quelle façon il serait plus convenable de traiter tel on ee anthrax, tel ou tel furoncle.
Ce dernier point de vue m'a paru plus pratique; il est, ie crois, sinon plus savant, du moins plus utile.
D'ailleurs, on ne doit ;pas systématiser dans le traitement de l’anthrax où du furonele. Chaque chirurgien arrive et préconise son traitement, le trouvant supérieur à celui de ses confrères ; d’où des discussions interminables au sein des S0ciétés savantes; c’est ainsi que:
Dupuytren voulait de larges incisions. Nélaton, d'abord partisan de la non intervention, fit plus tard de es incisions cruciales assez profondes pour avoir quatre lambeaux. Vulpian préconisait des incisions multiples, en tulipe, disposées comme les rayons d’une roue.
Richet, Marjolin, insistent pour qu’on dépasse les limites du mal. % we A. Guérin (1864) décrit son procédé des incisions sous-
cutanées. u
Broca n’a pas fait mais a proposé l’ablation de la ose furonculeuse comme pour la pustule maligne.
Gosselin, Desprès, Hardy, sont toujours restés partisans de l’expectation.
Le Fort préfère un procédé allemand qui consiste à inciser crucialement et à se servir d’une curette tranchante.
Esp
Marc Sée se rallie à un autre procédé allemand: avec un ténotome, il fait sur la périphérie une petite incision et coupe sous la peau les brides tendineuses, ouvrant ainsi les collections purulentes; des lavages phéniqués hâtent la guérison.
Tillaux dit que le principe de cette méthode est le même que celui des incisions sous-cutanées de A. Guérin, et que ni l’un ni l’autre de ces deux procédés ne doit être toujours employé. Il n’incise que les anthrax douloureux.
Le Dentu relate les bons effets de l’incision, mais au sixième ou huitième jour, au point de vue de la douleur, il emploie toujours les antiseptiques après l’incision. |
Chassaignac considérait les bourbillons comme des corps étrangers, et pour luil’expectation faisait courir aux malades de graves dangers.
Follin à recours aux caustiques.
Billroth est pour les incisions préventives.
L. Labbé se place au point de vue clinique et admet des procédés différents, suivant la gravité de l’anthrax.
Trélat pense de même.
Verneuil, comme Tillaux, pense que l’expectation sera la règle dans les quatre cinquièmes des cas: il incisera les anthrax douloureux, ou quine se limitent pas d'eux-mêmes, et les anthrax qui ont une tendance à la diffusion; exemple les anthrax diabétiques; comme procédé, il fait, avec le thermocautère, ce que Vulpian faisait avec le bistouri; des incisions multiples en rayons de roue, dépassant d’un bon centimètre les limites du mal, C’est, dit-il, un traitement actif; il n’y a pas d’hémorrhagie. Le malade chloroformisé ne souffre pas.
Boinet fait aussi des incisions en tulipe, dépassant les limites du mal ; il introduit des flèches de Canquoin et quand les lambeaux 7 détachés, il met de la teinture d’iode.
Traitement long mais ns
Encore aujourd’hui et malgré la méthode antiseptique, les
Sn Te chirurgiens ne sont pas d'accord sur la valeur de ces divers procédés d’incision, ni même sur l’opportunité de l’intervention chirurgicale. :
Toutefois il est admis qu’il ne doit pas y avoir un traitement, mais des traitements de l’anthrax et du furoncle; ce sont les données cliniques qui guideront le chirurgien.
Les indications de l’intervention en tel ou tel sens, se tirent principalement du siège du furoncle ou de l’anthrax; de l’état diathésique du malade, enfin des proportions que le mal a déjà prises ou pourra prendre. Dans les diverses for- | mes de l’affection furonculeuse, les divers agents thérapeutiques ne seront pas également de mise; aussi je crois qu’il est bon d'envisager à part:
1° Les furoncles du conduit auditif externe et de la cavité nasale. ï
2° Les orgeolets ou petits furoncles des cils.
3° Les furoncles et anthrax de la face.
49 Les furoncles et anthrax des fesses, de l’abdomen, de la nuque, des membres... :
5° Le panaris anthracoïde d’origine furoneuleuse.
6° L’anthrax diabétique.
1° Le traitement abortif de ces diverses formes.
Furoncles de l'oreille et du nez.
Ces furoncles sont très douloureux, aussi doit-on essayer de les faire avorter.
Weber-Liel, dès le début, enfonce la pointe d’une seringue de Pravaz de un à deux millimètres, suivant le degré de gonflement du point douloureux, et injecte deux à quatre gouttes d’une solution phéniquée à cinq pour cent. Un quart d’heure après, la tension et la douleur ont cessé. Si elles re-
eh 0) cas paraissent, un bain local d'alcool rectifié amènerait un soulagement manifeste. L'alcool a ici une double action :
1° Il enlève de l’eau aux tissus ; et 2° il agit comme anesthésique. S'il y avait déjà plusieurs furoncles, faire plusieurs injections.
Les précautions à prendre sont:
1° De se servir de solutions phéniquées pures.
2° De ne pas injecter, en commençant, plus de deux à quatre gouttes.
Des doses pius fortes, surtout avec des solutions plus concentrées à huit pour cent, par exemple, produisent une anesthésie instantanée, mais provoquent ensuite une chaleur cuisahte qui persiste une à deux heures. Toutefois l’inflammation a disparu, il reste seulement une légère sensibilité à la paupière et un peu de dureté d’oreille pendant quelques
. jours. Læœwemberg, qui par sa situation est appelé à soigner
de nombreux cas de furoncles de l’oreille, recommande de toucher la tumeur au galvano-cautère où bien d’inciser aseptiquement et de mettre sur les furoncles ouverts de l’acide borique en poudre finement pulvérisée. Même traitement pour les furoncles du nez.
Le benzoate de soude et la résorcine lui ont aussi donné de bons résultats.
Orgeolets.
Le voisinage de l’œil, le peu d'épaisseur de la région, la présence de la conjonctive palpébrale restreignent l'emploi des agents thérapeutiques.
L’antiseptique par excellence est ici encore l’acide borique
æn solution aqueuse à trois pour cent.
de Me
Il est toxique pour les germes infectieux, qu'il tue en les privant d'oxygène ; de plus, son acidité faible le rend inoffensif; n'étant pas irritant, il est bien supporté par la muqueuse palpébrale. Des compresses chaudes d’acide borique sont le meilleur traitement à opposer aux orgeolets. On est quelquefois, cependant, obligé d’en venir à l’éncision.
Celle-ci devra toujours être suivi d'applications immédiates et continues d’acide borique.
Hébra (de Vienne) a préconisé le froid, produit par un mélange réfrigérant quelconque.
Panas indique aussi des compresses d’eau glacée renouvelées; de plus, il donne de l’opium à l’intérieur, 0 gr. 05 d’extrait thébaïque.
Ce procédé expose aux refroidissements et peut amener la gangrène s’il est continué pendant longtemps. J’ai obtenu de très bons effets, au contraire, des compresses boriquées chaudes.
Furoncles et anthrax de la face.
La malignité de l'affection furonculeuse, dans cette région, doit toujours être présente à l’esprit. On admettait que les #,, des cas d’anthrax de la lèvre supérieure, notamment, étaient mortels; le pronostic n’est pas aussi grave de nos Jours. Il faut, avant tout, essayer le traitement abortif: l’application de couches répétées de teinture d'iode, les cautérisa= tions avec le nitrale d'argent sont deux moyens efficaces. Employés dès le but, ces deux agents entravent la marche de l’anthrax; on n’aura plus affaire qu’à un furoncle plus ou moins grave.
Le seul inconvénient est la tache brunâtre qui persiste un temps plus ou moins long; chez une femme, on se ser-
TA iles vira donc de l’alcool camphré indiqué par Simon ; le camphre ef l'alcool sont deux parasiticides. On frictionnera la tumeur légèrement et à plusieurs reprises dans la journée. Toutefois, si l’on est consulté trop tard, inciser même avant que le pus soit complètement formé, et laver antiseptiquement la plaie avec une solution phéniquée à 5 p. 100, ou la liqueur de Van Swieten, où une solution saturée à chaud d'acide borique. Pour les gros anthrax, l'incision sera faite au thermo-cautère etsuivie toujours de lavages antiseptiques : ce dernier moyen est le plus recommandable.
Furoncles et anthrax des fesses, de la nuque, des membres, etc.
Ce sont les plus commus; leur gravité n’est pas comparable à celle des anthrax de la face. Ici, la plupart des moyens sont applicables, et on se servira de ce qu’on aura sous la main.
Les petits furoncles guérissent sans traitement souvent, mais s'ils sont gênants, on les recouvrira d’un petit morceau de éaffetas anglais ou de collodion élastique, avec un sixième d'acide salycilique; on préviendra ainsi l’auto-inoculation, et la petite tumeur sera à l’abri des frottements.
Si les furoncles sont déjà plus gros, il faut intervenir plus activement et sans tarder ; et, tout d’abord, on devra proscrire absolument les cataplasmes émollients de farine de lin, d’amidon, de mie de pain, etc.: froids, ils ne font aucun bien; chauds, ils ne servent qu’à activer le développement des germes pathogènes et à leur faciliter les portes d’entrée tout autour du premier furoncle. L’épiderme, grâce à cette chaleur humide et douce du cataplasme, se ramollit ; les orifices glandulaires se dilatent, l'infection est ainsi facilitée.
AM TLIAA NE
| — 52 — De plus, les substances organiques que renferment les émollients sont, pour Læwemberg, un aliment pour les parasites, et, grâce à eux, ils pullulent à merveille. Les bains tièdes de son, d’amidon ont les mêmes inconvénients que les cataplasmes.
Si l’on était toutefois absolument obligé d’y avoir recours, soitque le malade le désire, soit que la douleur ne puisse être calmée par les opiacés, il faudrait essayer de les rendre aseptiques.
Alors on donnera la préférence au cataplasme de mie de pain, fait avec une solution saturée à chaud d’acide borique. D'ailleurs, on pourra parfaitement se passer des émollients ; le premier agent que je recommanderai, parce qu'il m'a été souvent utile, est lé mitrate d'argent. Voici commenton vpère:
Dès le début, alors que déjà la sensation de clou enfoncé dans la peau, révèle au malade l’existence d’un nouveau furoncle, ou même si celui-ci a déjà pris une certaine extension, c’est-à-dire au troisième ou quatrième jour, on prend un crayon de mitrate d’argent, on le trempe dans l’eau et on le passe sur la tumeur, en ayant soin de dépasser sur toute la circonférence les limites apparentes du mal; aussitôt après, on a le soin d'enlever l’excès de caustique avec un linge trempé dans de l’eau pure. On badigeonne ainsi successivement deux ou trois fois dans la même séance. Si le furoncle était au début, il arrive le plus souvent qu’il avorte; dans les cas plus avancés, il faut répéter cette opération deux ou trois fois dans la journée. Dès le lendemain: le furoncle n’est plus douloureux; son extension est empêchée.
Le plus souvent on n’a pas de suppuration; la tumeur diminue petit à petit, et, seule, une tache brunâtre persiste quelque temps. Si déjà le centre de latumeur examinée présente un petit orifice, il est bon, de plus, d’enfoncer assez
Pris
profondément la pointe au sein de ta tumeur, en faisant tourner un instant le crayon entre les doigts; l’action caustique du nitrate d'argent a ainsi son maximum d’effet; le bourbillon ne tarde pas à être éliminé. La cicatrice est régulière.
I faut avoir soin, ainsi que je l’ai indiqué, d’enlever l’excès de nitrate d’argent, sans cela on arriverait à une véritable vésication.
C’est ce qui m’arriva un jour ; j'avais un gros furoncle sur la face antérieure de la cuisse droite, et voulant me rendre compte de l’action du nitrate d’argent, je ne touchai pas à la tumeur, mais la circonscrivis par une barrière à 1 centim. environ des limites du mai; donc, sur la peau saine, je passai à plusieurs reprises un crayon de nitrate d'argent trempé dans l’eau et n’enlevai pas l’excès de caustique: je décrivis ainsi autour de la tumeur une circonférence de 6 centim. de diamètre.
Cette cautérisation énergique mit le derme à nu; le furoncle continua à grossir, mais ne dépassa pas les limites que je lui avais imposées ; il ya dix moisde cela et la tache brune dessine encore le passage du crayon. Le nitrate d'argent me paraîtagir d’abord comme un antiseptique puissant ; de plus, il détruisait les extrémités nerveuses qui viennent se terminer sous la couche cornée de l’épiderme; les nerfs n'étant plus sensibles, la douleur disparaît. Enfin le nitrate d'argent res-
serre les vaisseaux et s'oppose à l’inflammation.
La teinture d’iode, préconisée dès 1865 par:Boïinet comme un véritable abortif, peut également être employée pour les furoncles déjà avancés.
Avec un pinceau, on fait d’épais badigeonnages, on accumule ainsi des couches successives jusqu’à formation d’une plaque brune, plusieurs fois par jour et pendant plusieurs jours. =