‹ Quelques considérations sur l'affection furonculeuseChapitre 2 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Je dois, dès Je début, quelques mots d'explication sur le choix de mon sujet de thèse. De nombreuses poussées m'ont fourni l’occasion de traiter sur moi-même plus de 200 furoncles, et d'employer contre eux plusieurs traitements. Pour le furoncle, en effet, plus peut être que pour toute autre affection, la multiplicité des agents thérapeutiques que l’on à proposés suffit à démontrer leur inefficacité: on n’a pas encore trouvé de spécifique contre lé furoncle; et, de fait, tant que la nature de cette affection n’était pas connue, tant que son étiologie n'avait pas été esquissée, il ne pouvait en être autrement. Un traitement rationnel était impossible, et les errements de l’empirisme, consacrés par la routine, aveugle aux progrès de la science, se sont trop longtemps perpétués.

Toutefois, depuis 1880, grâce aux recherches microbiologiques de Pasteur et de Lœwemberg, la nature parasitaire du furonele semble être démontrée ; la culture des germes infectieux, leur inoculation, les faits de contagion, voire même de petites épidémies, tout nous invite à ne plus considérer le furoncle comme une affection dyscrasique; c’est un microorganisme qui est la cause de tout le mal, c’est à lui qu’on doit s'adresser. Dans les affections de même ordre, les antiseptiques avaient donné de bons résultats ; chercher parmi eux quels sont les plus actifs, ou plutôt quels sont les

plus propres à détruire l’agent infectieux, c’est là ne plus aller au hasard ; c’est traiter rationnellement l’affection. — J’ai eu l’occasion d’essayer divers antiseptiques, et presque tous m'ont donné de bons résultats.

Leur supériorité sur les anciennes médications m'a paru tellement évidente, que j’ai cru bon de la mettre en relief: ce n’est là d’ailleurs qu’un acte de reconnaissance envers l’antisepsie.

M. le Médecin Principal Kiener a bien voulu me donner de précieuses indications sur la façon de traiter un pareil sujet.

En effet, vouloir faire une monographie complète du furoncle aurait été au-dessus de mes forces.

Et d’ailleurs, l’étiologie et la symptomatologie du furoncle sont en partie connues de tout le monde. On a bien assez discuté sur le siège anatomique du clou et sur la formation du bourbillon ; les diverses formes de l'affection et ses rap-

ports avec les maladies dyscrasiques et diathésiques ont été.

depuis longtemps très bien mises en relief; enfin, se livrer à des recherches microscopiques et cultiver, pour l’inoculer ensuite, le germe infectieux, aurait demandé beaucoup plus de temps que je n’en pouvais consacrer à cette étude. M. le Principal m'engagea donc à ne pas employer la forme didactique, trouvant bien préférable celle d’un simple récit, sans prétention aucune, où j'exposerais des faits personnels, les réflexions qu’ils m'ont suggérées, enfin le résultat de mes lectures. ;

La connaissance de l’affection furonculeuse et mon expérience personnelle me seront bientôt d’une grande utilité; les furoncles sont, en effet, communs dans l’armée, et un médecin militaire doit savoir les traiter. Ce n’est pas que le «clou des cavaliers » mette la vie du soldat en danger, il n’en est pas ordinairement ainsi: mais c’est une de ces « petites

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œiiÿ misères de la vie,» comme on l’a très justement appelé, qui font souffrir, et qui par la douleur compromettent les mouvements. — «Il y a, dit Arnould, parlant du furoncle et de »l’ecthyma, il y quelque chose d’humiliant à considérer les: »Chiffres énormes dont ces maladies, qui n’en sont pas, gros- »Sissent la statistique à la colonne des absents.»

Aussi, le furoncle a-t-il été l’objet de nombreuses études de la part des médecins militaires. Je citerai entre autres MM. Dauvé, Czernicki et Arnould.

Ma thèse pourra paraître un peu trop personnelle ; si toutefois, j'ai besoin de m’excuser sur ce point, je dirai que l’illustre Trousseau, que J. Hunter, que M. Gingeot, médecin des hôpitaux de Paris, et bien d’autres encore, ont publié le résultat de leurs propres observations : je me suis donc cru autorisé à raconter simplement et exactement ce que j’ai eu, ce que j'ai fait, contrairement à l'usage, et, pour être plus à l'aise, je parle au singulier et non au pluriel.

Mon plan sera des plus simples ; après avoir donné mon observation personnelle, je tâcherai d'expliquer le début et la marche de l'affection, les cas de contagion, les poussées successives, etc.; chemin faisant et pour être complet, j'aurai recours aux travaux récents, peu nombreux d’ailleurs, qui ont paru sur ce sujet. Enfin, je parlerai du traitement du furoncle et de la furonculose.

Avant de terminer, qu’il me soit permis de remercier M. le doyen Castan de la bienveillance avec laquelle il m’a toujours accueilli, et de l'honneur qu’il me fait en acceptant la Présidence de ma Thèse.

Que mon premier Maître dans la Médecine Militaire, M. le Médecin Principal Kiener, me permette aussi de lui exprimer ma reconnaissance pour les sages indications qu’il m'a fournies au sujet de ce travail, et l'intérêt qu'il n’a cessé de me porter pendant mes études médicales.

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