‹ Quelques considérations sur l'affection furonculeuseChapitre 3 sur 19 · OBSERVATION PERSONNELLE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PERSONNELLE

Nombreuses poussées de furoncles. — Furoneculose — Début par. le « Clou des Cavaliers». —Durée ? ans

< ; et demi, —Fails posilifs de contagion.

Trailements locaux employés successivement: cataplasmes émollients ; purgatifs et dépuratifs ; incies sioa préventive simple ; profonde incision et teinture d’iode ; fomenlations d’acide borique; cautérisalion dès le début avec le crayon de nitrate

d'argent, elc. — Traitement général par les sulfureux à haute dose à l’intérieur ; bains sulfu- < reux et traitement local antiseptique.

à o Jean Cavalier, 23 ans, étudiant en médecine, né à Nimes. Constitution bonne, complexion forte.

Antécédents héréditaires. — Père et mère bien portants, quelques accidents rhumatoïdes seraient la seule chose à signaler au point de vue de l'affection qui nous occupe. Une

LA sœur et trois frères n’ayant jamais eu en fait de furoncles que ceux que Je leur ai communiqués; d’ailleurs, bonne santé habituelle. Ù

Antécédents personnels. — Santé délicate pendant la première dentition ; à l’âge de 5 ans une rougeole, mais sans la moindre complication; depuis, à plusieurs reprises, quelques légers embarras gastriques, qui cédaient à l’administration hâtive d’un purgatif ou d’un vomitif, mais aucune maladie grave, et surtout jamais de furoncles ou de boutons de même nature avant le début de l'affection, qui remonte au mois de mars 1885, c’est-à-dire il y a plus de 2 ans et demi.

A cette époque, après une longue séance de trot sans étriers, je descendis un jour de cheval, légèrement blessé à la face interne du tiers inférieur de la cuisse gauche ; deux jours après apparaissait un premier furoncle qui prit une telle extension, que la marche devint bientôt impossible. Ce ne fut d’abord qu’un simple point rouge, douloureux, acuminé vers le centre; la zone d’inflammation s’étendit et mesura bientôt plus de 3 centim. de diamètre ; la région était chaude; j’eus même un peu de fièvre; les ganglions du pli de l’aine furent bien vite engorgés ; l’un d’eux est resté longtemps volumineux et douloureux à la ‘pression. Le mouvement de flexion de la jambe sur la cuisse étant absolument impossible, je dus garder le lit et calmer la douleur par des cataplasmes de farine de lin; le furoncle, mûr, s’ouvrit spontanément, expulsant un bourbillon volumineux et laissant une cicatrice indélébile. Quelques jours après, trois furoncles se montraient à la face antérieure de la même cuisse et à la fesse du même côté. Même traitement local et administration de 30 gr. de sulfate de soude tous les deux jours, et cela pendant toute une semaine. Cette première poussée se «borne à ces quatre clous; mais après rémission d’une quin-

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zaine de jours environ, nouvelle poussée sur la cuisse droite et engorgements du même côté; bientôt ce fut à la nuqueque les furoncles apparurent et se multiplièrent avec une ténacité désespérante. Je n’employais encore que les cataplasmes émollients;laprincipaleindication me paraissait être de calmer la douleur; et d’ailleurs, à cette époque, je connaissais très peu la thérapeutique des furonceles; ne me doutant pas de la nature de l’affection, je ne songeai pas à demander à un de mes Maîtres un conseil qui m’eût été sans doute de la plus grande utilité.

Ces deux premières poussées de furoncles furent suivies par une série d’orgeolets; l’une et l’autre paupière des deux yeux furentsuccessivement envahies. Des compresses chaudes d’infusion de mauve furent le seul traitement employé. Pendant les mois d’avril et de mai 1885, ce furent de nouveau les cuisses et les fesses qui furent envahies; la face, jusquelà épargnée. ne devait pas l'être longtemps : à la lèvre supérieure, ce fut surtout à la partie médiane et aux deux commissures que siégèrent les furoncles, mais ils furent assez bénins, car je les faisais avorter en les incisant dès le débat. Par suite de cette pratique, beaucoup ne suppurèrent pas, mais les plus gros évoluèrent comme si de rien n’était et entretinrent l’affection. Le 15 juin, j'avais un furoncle de la lèvre supérieure du côté droit; à la suite d’un exercice de gymnastique mal exécuté, je tombai sur le sable la face la première; ce traumatismeaccrut rapidement l’inflammationdu furoncle préexistant. Dès lelendemain lalèvreétait dure, volumineuse, tendue, rouge, enfin douloureuse; le furoncle prit les proportions d’un anthrax. Six jours après cet accident, le pus apparaissait sous la muqueuse à la face interne de la lèvre. Ce fut en ce point que M. le Médecin principal Kiener fit porter l’incision. Précautions antiseptiques minutieusement observées ; large incision cruciale au bistouri; l’artère coro-

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naire ne fut pas intéressée; le pus évacué et l’inflammation disparue, la lèvre eut bientôt repris son épaisseur normale. J'ignorais à ce moment la gravité des anthrax de la face. Sur. le conseil de M. le Principal, j'examinai soigneusement mes urines ; elles ne contenaient ni sucre, ni albumine (cet examen, que j'ai souvent répété depuis, m’a toujours donné un résultat négatif).

À quelques jours de là, apparaît un petit furonele très douloureux sur ‘la cloison du nez, et un autre à l’entrée du conduit auditif externe droit; douleurs intolérables ; à la sensation de clou enfoncé dans les téguments s’ajoutaient des bourdonnements d'oreille, une violente céphalalgie; des soins de propreté furent suffisants pour empêcher la propagation des furoncles plus profondément dans le conduit auditif.

Pendant tout l'été, assez longue rémission; je pris un grand nombre de bains de mer et de rivière. Mais en novembre, à la reprise du cours d’équitation, les fesses et les cuisses furent de nouveau contaminées: j’incrimine le pantalon de cheval, que j'avais négligé de faire passer à l’étuve, d’être l’agent de la réapparition des furoncles.

Je commençai dès lors à user des antiseptiques; les badigeonnages de teinture d’iode pure firent avorter plusieurs furoncles; d’autres, les plus gros, furent profondément incisés dans leur partie centrale et la plupart n’arrivèrent pas à la suppuration; mais les faroncles n’en continuaient pas MOINS. , |

Trois anthrax volumineux aux fesses m’obligèrent de rester jour et nuit sur le ventre, le décubitus dorsal ou latéral étant impossible. La douleur me fit de nouveau recourir aux cataplasmes émollients que je fis renouveler le plus souvent possible, ayant vu quelque part que l'humidité du cataplasine était l'agent de la transmission des germes infec-

tieux. J’attendis l'élimination naturelle du bourbillon. Cette

poussée-là fut de longue durée; je dois dire que pendant

D l'hiver 1885-86, à moins d’impossibilité matérielle, je tins, soit par goût, soit par amour-propre, à ne pas déserter le cours d'équitation ; cette période ne prit fin qu'après les vacances de Pâques. Jusqu'au mois de septembre, nouvelle rémission: c'était la saison des bains de mer. À cette époque, j'eus un furoncle d’une allure plus particulière à la face dorsale de la première phalange de l’index gauche; aa début, ce furent les symptômes ordinaires du furoncle ; mais je ne fis aucun traitement immédiat (je suivais avec intérêt les grandes manœuvres quise passaient sur les bords du Rhône); le furoncle se propagea autour de son point d'implantation, gagnant en profondeur et en surface. La phalange était volumineuse, rouge, douloureuse, la main fut le siège d’nne trainée de lymphangite, les ganglions axillaires étaient pris, trois ou quatre petites phlyctènes apparurent au centre de la tumeur et favorisèrent l’expulsion d’un produit nécrosique volumineux; j'avais eu un panaris anthracoïde. Des bourgeons charnus eurent bientôt comblé la perte de substance. Quelques jours après, la pbhalange correspondante de l’index À droit était atteinte; j'étais retourné au Grau-du-Roy, j'incisai et lavai plusieurs fois par jour avec de l’eau de mer; ici pas

de lymphangite, suppuration moins grande, cicatrisation

plus rapide, courte rémission. À mon retour à Montpellier,

malgré des soins hygiéniques aussi scrupuleux que possible,

nouvelle recrudescence; j'avais eu le soin de me faire faire

une culotte de cheval toute neuve ; pendant cette poussée, les

fomentations d’acide borique m'ont paru un bon moyen de

traitement local. Avec le printemps de cette année-ci, nou-

velle poussée et assez longue. Ici se place une petite mésa-

2 venture que je tiens à rapporter, voulant raconter dans tous ses détails cette trop longue histoire: j'avais au niveau de la

LÉO fosse ischio-rectale du côté droit un gros furoncle qui menaçait de devenir plus considérable. Ayant un jour entendu le Professeur Tédenat nous citer cette phrase d’Ambroise Paré sur les phlegmons: « dès que le pus est fait, devant que d'attendre plus longuement, tu viendras à l’apertion....…. et principalement lorsque la matière est vénéneuse, ou près des jointures ou au fondement, car telles apostèmes, comme nous enseigne Hippocrate, doivent estre ouvertes devant la parfaite suppuration.…..» Je me résolus à faire pour un gros furoncle ce qui est recommandé pour le phlegmon; mais ne pouvant porter le bistouri moi-même au niveau du mal, je priai un étudiant en médecine de mes amis d'intervenir; il me fit donc une profonde incision au centre même de la tumeur et à la suite une si généreuse application de teinture d’iode pure, que la diffusion du liquide alla jusqu’à la muqueuse rectale; j'éprouvai ce-soir là une des plus vives douleurs que j'aie jamais ressenties.

Cet incident me fit abandonner la teinture d’iode; je fis des pansements à l’alcool, saupoudrai les plaies avec le calomel, l’iodoforme, etc., tout autant de bons moyens locaux, mais impuissants à arrêter la marche de l'affection. Puis je me servis du crayon de nitrate d’argent; j'avais vu faire avorter ainsi des furoncles dans le service de M. le médecin principal, j'en ai obtenu de très bons effets; à propos du traitement, j'indiquerai la manière de procéder; ce moyen est en effet peu connu.

M. le D' Jeannel, alors interne dans le service de M. Kiener, m'indiqua dans le Bulletin de thérapeutique un article de M. Gingeot sur le traitement rationnel-de l’affection furonculeuse. Je repris un peu d'espoir, voyant qu’il était possible par un traitement rigoureux et énergique de se débarrasser à peu près certainement des furoncles. M. Gingeot

prônait les sulfureux et je les essayai; je commençai le *

1° juin par 4 mesures de poudre de Pouillet (la mesure est une petite cuiller qui accompagne le flacon et correspond à 0 gr. 12), je commençai done par 0 gr. 50 environ, le second jour 0 gr. 75, le troisième jour je pris 1 gr. et restai à cette dose pendant près de trois semaines. En même temps, je pansai les furoncles préexistants avec de l’acide borique finement pulvérisé; deux bains sulfureux par semaine et des bains de mer dès la fin du mois de juin.

Ce traitement interne paraît m'avoir réussi, puisque, à l'heure actuelle (décembre 1887), aucune nouvelle poussée furonculeuse n’a paru, pas le moindre petit furonele isolé ne s'est encore montré. Cette rémission de six mois est la plus longue que j'ai jamais vue depuis ledébut de l’affection. Serat-elle définitive ? je ne puis que le souhaiter, mais n’ose l’affirmer. Je suis d’ailleurs résolu, dès la première apparition

À de nouveaux furoncles, à recourir encore aux sulfureux à

l’intérieur et à un traitement local antiseptique et abortif.

Tels sont les faits que j'ai eu l’occasion d’observer dans le cours de l'affection furonculeuse que nous venons de suivre pas à pas; je vais maintenant essayer de les interpréter.

Et je me demande, tout d’abord, par quelles causes et dans quelles conditions l'affection furonculeuse a débuté chez moi. Certes, l’étiologie du furoncle est très vaste, et pourtant, au premier abord, je ne vois rien que je puisse incriminer. Je n’ai pas eu le furoncle que l’on voit souvent dans certaines maladies diathésiques ou constitutionnelles, comme le dia-

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