‹ Quelques considérations sur l'affection furonculeuseChapitre 8 sur 19 · HONTE · texte numérisé non relu

HONTE

Ainsi que Pasteur l’a établi, ce microorganisme est aérobie, se développe à l'extérieur, et trouve dans le poil des animaux un milieu qui lui convient: le cheval serait, de tous les animaux domestiques, celui qui offre à ce microbe les conditions les plus favorables à son développement. Depuis longtemps, Eberth a signalé le rôle collecteur des poils à l'égard des germes infectieux. Ainsi ces germes sont répandus à profusion dans l’atmosphère et plus particulièrement dans celle des écuries ; collectés par les poils de l’homme, ils pénètrent par les orifices des glandes : une solution de continuité de l’épiderme leur rend laccès des culs-de-sac pilosébacés bien plus facile (les culs-de-sac des glandes pilo-sébacées sont, en effet, le siège de prédilection de la Torula pyogenica) ; mais il peuvent pénétrer aussi dans les glandes sudoripares et cérumineuses.

Cette localisation du parasite dans les culs-de-sac des glandes n’est pas sans intérêt; elle explique bien des choses. Elle permet d’abord de concevoir facilement le développement des germes: la région est très vasculaire, et cette vascularité pourvoira abondamment à la nutrition du parasite. Mais ce n’est pas seulement du sang qu’il faut à ce parasite (nous verrons plus loin qu’il ne se développe pas dans ce milieu) ; ce sont les sucs plus particuliers, élaborés par les diverses glandes de la peau, qui lui servent de milieu de culture. La riche vascularité de la papille dermique nous permet, en même temps, de nous rendre compte de la vive inflammation dont s’accompagne le furoncle au bout de deux ou trois jours. Enfin, l'abondance des extrémités nerveuses explique les douleurs lancinantes qu'on a comparées à la sensation d’un clou enfoncé dans la peau. Cette douleur du furoncle est tout à fait caractéristique et peut servir, dès le début, au diagnostic différentiel du furonele d’avec tout autre petit bouton ; on pourra donc, dès l’apparition de cette dou-

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leur, inciser sans tarder ; c’est bien à un furoncle qu’on aura affaire. |

La découverte de la Torula pyogenica a-t-elle suffi à établir d'emblée la nature infectieuse de laffection? Evidemment: non ; d’ailleurs, dans le pus des furoncles recueilli même avant l'ouverture à l'extérieur, on a trouvé, à côté de la Zorula pyogenica, bien d’autres microorganismes: ce sont les agents de la septicémie ordinaire, les Sfaphylococcus pyogenes aureus, albus, etc. Ces microorganismes ont d’ailleurs été signalés dans heancoup de maladies ; le Sfaphylococcus pyogenes aureus Serait constant dans l’ostéomyélite infectieuse ; toutefois, on ne peut pas dire qu’il soit spécifique de cette affection. Klebs paraît être le premier auteur qui ait signalé des microorganismes dans l’ostéomyélite; Kocher et Rosenbach ont continué ces études ; enfin Pasteur, sur la demande de Lannelongue, examina du pus provenant d’un abcès souspériostique d’un tibia atteint d’ostéomyélite aiguë, et y constata la présence de micrococques identiques à ceux qu’ils avaient trouvés dans les fauroncles. Becker, Rosenbach et Krause firent ensuitesur des animaux des expériences d’inoculation qui ne furent pas complètement démonstratives. En 1884, M. Rodet (de Lyon) inocule le Sfaphylococcns aureus et produit sur de jeunes animaux une maladie expérimentale ressemblant fort à la maladie naturelle. Mais ce Siaphylococcus n’est pas spécial à l’ostéomyélite; nous l'avons vu dans le furoncle, et on le rencontre également dans le panaris, le phlegmon, etc. M. Socin l'avait déjà indiqué; M. Garré, au Congrès français de chirurgie, en 1885, rendit compte d'expériences faites sur lui-même; il s'était inoculé autour de l’ongle un liquide de culture provenant de pus ostéomyélitique, et il avait observé «un abcès sous-épidermoïdal qui fit le tour de l’ongle.» Après s'être frictionné le bras avec ce liquide de culture, il avait noté «au bout de six heures, rou-

geur et gonflement à la base des poils de la région frictionnée, et, le lendemain, de petites pustules déjà purulentes. » M. Garré n'’hesite pas à considérer comme furonculeuses les diverses lésions.

Le microbe de l’ostéomyélite, comme celui des furoncles, pénètre donc par la peau, soit à l’aide d’une solution de continuité, soit par les orifices des glandes, grâce à la fric-tion qui joue un rôle d'irritation locale. Le Séaphylococcus aureus paraîtrait exister dans toutes les suppurations à marche aiguë.

Les rapports de l’ostéomyélite et du furoncle ont encore été signalés en clinique, et de nombreuses observations ont relaté la coexistence de ces affections. On a même parlé de la suppléance des accidents ostéomyélitiques par l'apparition des furoncies ;le terme ne me paraît pas suffisamment justifié. Nous savons, en effet, que l’ostéomyélite se présente sousde nombreuses formes ;il en est une, en particulier, qui a reçu une foule de noms: c’est l’ostéomyélite subaiguë, insidieuse, torpide, traïnante, c’est la. «quiel necrosis» de Paget. Or, dans cette forme, dont les allures sont anormales, quoi d'étonnant qu’une éruption furonculeuse puisse se montrer? Il n’y à pas suppléance pour cela: l’ostéomyélite n’en persiste pas moins.

Kraske dit même avoir vu l’ostéomyélitese manifester à la. suite d'un furoncle de la lèvre.

Il n’y a donc pas entre ces deux affections des rapports de cause à effet ; elles paraissent dues à des microorganismes semblables, et ce qui les différencie serait la localisation du parasite, son mode de pénétration étant le même dans la plupart des cas.— Cependant il n’en est pas toujours ainsi, car le tube digestif a été signalé comme porte d'entrée des microbes de l’ostéomyélite, et jamais de ceux du furoncle.

Tout ce que l’on peut dire, c'est que le furonculeux est prédisposé à être aussi ostéomyélitique, constatation peu

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rassurante pour moi. Mais un antre fait est de nature à me consoler :dans une thèse de Paris (1884), M. Agnès Lowry étudie les «fièvres de croissance» et les rattache à des accidents d’ostéomyélite qui peuvent rester latents et présenter plus tard une certaine gravité. Or, je remarque que mon éruption furonculeuse a coïncidé avec l’époque où ma croissance était le plus accentuée (1885-1887), et pendant cet intervalle de trois années, je n’ai pas eu de fièvre de croissance, cette forme aîténuée de l’ostéomyélite: j'ai simplement eu des furoneles, mais j'en ai eu plus de deux cents. Je suis maintenant tout naturellement amené à m'expliquer le mécanisme de cette extension.

Domment peuvent s'expliquer les poussées furoneuleuses ? M. Pasteur a constaté que les microorganismes dont la des-

cription précède ne se développaient pas dans le sang. En

eftet, tant que l’état général du malade n’est pas mauvais, on ne trouve pas de germes dans la circulation, voire même dans les vaisseaux qui avoisinent la base du furoncle; ils demeurent cantonnés dans les culs-de-sac qu’ils ont envahis. Ce n’est que dans les formes malignes du furoncle ou de l’anthrax que le sang pourrait charrier des germes et les transporter ainsi d’un point de la surface cutanée à un autre.

Les lymphatiques ne sont pas non plus la voie ordinaire suivie par les microorganismes; c’est du moins ce qu’aftirment les auteurs. Mais comment expliquer l’engorgement

rapide des ganglions à la suite des furoncles ? Serait-ce simplement le résultat de l'inflammation qu’ils occasionnent, et les clous doivent-ils être assimilés à une plaie ordinaire, une simple écorchure aseptique? Il doit en être ainsi, mais cela n’a pas-encore été expliqué nettement; le fait est qu’on n’a jamais rencontré les germes pathogènes du furoncle dans les ganglions d’une région envahie.

On ne savait donc comment on devait comprendre, surtout chez les sujets sains et forts, cette extension de la maladie, ces poussées interminables de furoncles, quand, en 1881, M. Lœvemberg proposa sa théorie de l’'auto-inoculation.

Un premier furoncle ouvert à l'extérieur, le pus chargé de germes s'écoule sur la peau, et ceux-ci pénètrent dans les culs-de-sac pilo-sébacés voisins, où ils donnent naissance à de nouvelles pustules. (’est là le mode de formation de ces furoncles que l’on voit fréquemment survenir autour et à la suite du premier clou. Ceux qui siègent loin du lieu primitivement envahi seraient dus au transport de microbes par les doigts du malade qui se gratte, par les pièces de pansement, le linge, etc.

Cet envahissement des germes tout autour d’un point amène la production d’un anthrax. L’anthrax, en effet, ne saurait aujourd'hui être différencié du furoncle : au lieu d’un seul eul-de-sac envahi, il y en a plusieurs, et l’inflammation isolée de tous ces petits furoncles forme bientôt un tout. L’anthrax s'étend plus ou moins rapidement du centre à la périphérie, ou serait la résultante de furoncles confluents; ce processus envahisseur avait, du reste, été constaté bien avant la découverte du microbe pathogène, puisque, dès 1872, M. Dénucé, dans son article Furoncle du Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques, disait :

«L’éruption confluente débute toujours par un furonele isolé,.quelquefois par un petit nombre de furoncles distincts,

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0e mais très rapprochés. Sur la zone rouge de ces faroncles primitifs se développe une ceinture de furoncles nouveaux, autour desquels apparaît une nouvelle zone, qui peut devenir elle-mêine le point de départ d'une nouvelle production furonculeuse». |

Le panaris anthracoïide n’est encore qu'une variété de furoncles confluents : c'est simplement une question de siège. Les orgeolets à répétition, ou furoncles des cils, sont tout à fait semblables aux autres furoncles dans leur évolution, leur marche, leur terminaison. Mon observation montre que j'ai eu à la fois ou successivement: furoncles, anthrax, orgeolets, panaris anthracoïde.

Au point de vue du pronostic seul, les anthrax doivent être plus spécialement envisagés. le furoncle isolé est, en effet, bénin; mais l’anthrax peut amener la mort, si l’on n'intervient pas en temps opportun.

Cette terminaison fatale a été plus spécialement observée dans les cas d’anthrax de la face ; en effet, dans un organisme débilité par une longue maladie ou une cause quelconque, le microbe aérobie envahit le torrent circulatoire, et, dans sa lutte pour l'oxygène, l'emporte sur le globale sanguin. La communication par l'intermédiaire de la veine ophtalmique, des veines de la face avec les sinus caverneux, explique les phénomènes de pyohémieet de méningite qui ne tardent pas à amener la mort. Les symptômes observés dans ces formes graves sont ceux de l’infection putride. Les lésions princi-

pales notées à l’autopsie sont: phlébite des veines faciale et

ophtalmique et des sinus caverneux. Dans les masses musculaires qui avoisinent le furoncle, on à rencontré de petits foyers purulents. Les veines enflammées renferment soit des granulations graisseuses, soit une bouillie grisâtre ou rosée, soit un liquide couleur chocolat; autour de ces veines existent des extravasats sanguins. De plus, on a noté des abcès

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