‹ Quelques considérations sur l'étude de l'anatomieChapitre 3 sur 6 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Sans anatomie , point de physiologie, point de médecine, et surtout point de chirurgie.

L’étudk de la physiologie suppose qu’on sait déjà l’anatomie, car la physiologie n’est que l’anatomie en action. Elle consiste dans une série de faits qu’on ne sait bien que lorsqu’on les a vus , comme toute autre chose physique.

La physiologie ne peut donc s’apprendre que sur les animaux vivans ; c’est une vérité bien simple, et pourtant encore aujourd’hui on étudie cette science plus dans les livres que dans les expériences. Cependant tout bon esprit doit facilement choisir entre voir une action ou en entendre le récit. Espérons que bientôt ces vérités seront

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généralement admises, et que tous ceux qui voudront apprendre la physiologie sentiront la péc eSS ité t^ludier celte seience par le moyen le plus sûr et le plus prompt.

Sans doute l’idée de voir sacrifier des animaux vivans a détourné de cette étude le plus grant* nombre de ceux qui doivent savoir la physiologie : mais c’est une s faiblesse, une erreur et un manque d habitude. Car ceux-là même qui accusent les physiologistes d insensibilité vont à la chasse, assistent au combat à mort des animaux, et voient sans émotion des jeux barbares, je veux dire le tir des oiseaux vivans, etc.

Peut-on être médecin maintenant sans la connaissance parfaite de toute l’anatomie,. méiqe la plus ipinufieuse ? Non. Je fais celte proposition, parce que la paresse et l’ignorance ont malheureusement accrédité qu’il suffisait de connaître les organes principaux pour etre médecin, et que d’ailleurs premiers qui pratiquèrent 1 art de guérir avaient été bons médecins sans savoir l’anatomie.

Cette erreur, qui se propage trop facilement parmi les éleves, doit être détruite p f ar tous les moyens possibles. J’ai toujours cherché à le faire dans mes cours , je vais essayer de le faire encore ici. Mais le plus sûr moyen d’y parvenir serait de rendre l’anatomie plus facile de fcquie manière, pour cela, i,lsuffirait de diriger avec so.n 1 enseignement mutuel de cette science sans livre* , c’est-à-dire par tradition (1). , .

Les médecins anatomistes ont seuls réellement avance la science:

m général, léS éfêVes suivent bién la marche de renseignement mutuel; JJ comme ils n’ont d’autre guide qu’un livre , ils sont bientôt rebutés, tandis qw5 Jr m de ceux qui dissèquent à la même table savait l’anatomie pratique, il la transmettrait très-facilement au* autres, Uieq,n’est plus simple que de monter et de diriger un enseignement <}e cette espèce ; et si l’ai eu la satisfaction de faire de bons élèves d’anatomie, je le dois à cette méthode, et a l’attention sévère non pas de dire tout ce que je savais sur l’objet que je leur montrais, mais seulement ce qu’ils pouvaient en apprendre.

mais guérissaient-ils mieux, disent ceux qui sont intéressés à ce que cette vérité ne soit pas admise ! Oui, puisqu’ils gâtaient ce qu’ils faisaient.

Quand on a négligé l’anatomie, alors on donne en plus aux formules et à des choses insignifiantes le soin qu’on devrait apporter dans la connaissance de la inaladie.

On voit bien vite la différence éj’tt’rf'ÿ a entré un -ftiédecift anatomiste et celui qui ne l’eSt pas, dans la riioindi'é rlis'ctission, ou seulement dans l’interrogàtiôti d’un rnal’adefï quèlle supériorité même aux yeux des gens instruits qui ne sont pas médecins ! Il y d urie si grande différence entre un médecin qui connaît l’organisation de l’homme et celui qui l'ignoré, qu’on peüt dire : l ? un est vraiment médecin , et l'autre ne l’est pbint.

Tant qu’on négligera l’eds'éigùement élémentaire 1 des scièhces médicales, et surtout del’ansrtotnie, on ft’aurâ nécessairement que quelques hommes instruits et une fôule d’ignorans; mais ce ne sera pas leur faute, car il faut beaucoup de force pour se faire soi-même.

Tout le monde convient qu’il est indispensable de Sdvoir parfaitement l’anatomie pour pratiquer la chirurgie, liais la connaissance parfaite de cette Science est au moins aussi indispensable au médequ’au chirurgien , puisque le diagnostic des maladies de ces deux branches de la pathologie est également difficile. C est dans le traitement des maladies chirurgicales qu’on a le plus impérieusement besoin d’avoir bien présente la structure de nos parties; le médecin, au contraire, peut se passer de l’anatbmié pour traiter êtes malades : mais tout traitement qui n’est pas basé sur le diagnostic est nul ou dangereux.

S’il est démontré que pour être bon médecin et bon chirurgien il faut être anatomiste, et que pour être bon-anatomiste il faut avoir enseigné cette science, quel avantage immense alors que d apprenM dre l’anatomie par le moyen de l’enseignement mutuel, tel que je Tai indiqué , c’est-à-dire sans livres. J’insiste sur ce point, car pour être véritablement anatomiste, il faut avoir pratiqué l’anatomie ,

é’est-à-dire', avoir étudié cette science plus sur les cadavres que dans les livres; aussi depuis qu’on a supprimé les amphithéâtres particuliers, l’anatomie pratique a-t-elle considérablement perdu.

Anatomie chirurgicale .

L'imalomie chirurgicale ou l'anatomie du chirurgien, c'est l'anatomie appropriée à la chirurgie, et plus spécialement aux opérations. L'anatomie envisagée de cotte manière comprend :

L’anatomie topographique ou des rapports.

2> ° L’anatomie des régions.

3,° L’anatomie après les opérations.

A 0 L’anatomie pathologique chirurgicale.

Tôutes ces divisions sont importantes et méritent une attention spéciale de la part de ceux qui se destinent à la chirurgie ; tous les chirurgiens qui ont pratiqué cet art avec distinction ont étudié l’anatomie de cette manière, sans établir peut-être toutes ces divisions; mais ils les faisaient dans leur esprit ; et en y pensant bien, on voit qu’il est impossible d’établir des règles sages , d’entreprendre sûrement une opération difficile, si on n’a considéré de cette manière l’anatomie qui y est relative. Aujourd’hui la chirurgie ne peut faire de progrès, si on n’approfondit ainsi l’anatomie.

Anatomie topographique..

l’anatomie topographique ou des rapports consiste à étudier tous les objets qui composent une partie dans l’ordre de cont.guité, de continuité et de superposition, sans avoir égard â l’ordre anatomique et physiologique : c’est-à dire qu’ou étudie tout simplement les objets dans l’ordre qu’ils se présentent, en allant de la circonférence au centre tout en observant de quel système et de quelle source provient l’objet qu’on rencontre; ainsi, si c’est un nerf, s’assurer de quel plexus il vient. Cette manière de considérer l’anatomie a été confondue ou mêlée avec l’anatomie descriptive; mais il est impossible de savoir l’anatomie des rapports, si on ne l’étudie à part, si on ne la dissèque pour elle-même.

Anatomie des régions.

L’anatomie des régions, c’est-à-dire des endroits du corps où se pratiquent les opérations , doit être étudiée après l’anatomie topographique, dont elle fait partie. Elle consiste à étudier la connexion intime, la jonction, en un mot, l’arrangement des organes sur lesquels on doit opérer, abstraction faite des parties plus éloignées , et qui n’ont plus un rapport direct avec l’opération que l’on se propose de faire. Cette anatomie des lieux d’élection où se font les opérations demande une attention toute particulière : il faut connaître ces espaces, leurs limites, et les plus petits objets qui entrent dans leur composition ; de sorte qu’il faut que la plus petite portion de l’un de ces objets, mise à découvert , fasse reconnaître la situation relative de tous les autres*

Il est encore une autremanière de considérer l’anatomie, qui n’est guère cultivée que par les peintres .et les sculpteurs , et qui est cependant d’un grand intérêt et d’une très grande importance pour le chirurgien , je veux dire l’anatomie des formes : cette étude doit se faire sur le cadaVre et sur le modèle vivant. Il faut d’abord chercher les saillies faites par les os, puis celles des muscles et celles des vaisseaux et des nerfs : enfin chercher à reconnaître le plus possible, à travers la peau , tout ce qu’on a appris par la dissection.

Les médecins aussi ont besoin de s’exercer de la même manière. Us doivent porter toute leur attention sur les grandes cavités du corps.

Un premier point fort important, c’est devoir à travers les parois du tronc les limites des cavités thoraciques et abdominales. On croit généralement que la poitrine s’étend en bas jusqu’aux dernières côtes, tandis que l’abdomen empiète beaucoup sur le thorax. Il faut ensuite bien connaître la position de chaque organe : cette étude demande un soin tout particulier. La colonne vertébrale lombaire , l’aorte abdominale, les intestins , ont souvent fait commettre de

grandes fautes. Généralement on attribue la sensibilité de l’épigastre à l’estomac, tandis qu’elle est due au cœur. Pour explorer ou percuter la poitrine, il faut connaître parfaitement les organes environnans, et surtout les muscles.

Anatomie après les opérations.

L’anatomie après les opérations consiste k examiner avec soin et à disséquer les parties sur lesquelles on a manœuvré les opérations. Cette manière de considérer l’anatomie est du plus grand intérêt ; elle est plus propre qu’aucune autre à faire de bons' opérateurs. Sans doute c’est une chose utile que de pratiquer les opérations sous la direction d’un démonstrateur habile: mais, en général, ce n’est qu’une manœuvre routinière, surtout si l’élève ne sait pas bien 1 anatomie chirurgicale; et il pourra répéter vingt fois la même opération sans la comprendre réellement, tandis qu’en disséquant une seule fois les parties après L’opération ÿ il la saura bien mieux. C’est en étudiant les élèves que je faisais opérer , et en les interrogeant sur la taille et la cataracte par abaissement, par exemple, que j’ai senti la nécessité do oettse méthode , qui m’a donné beaucoup de satisfaction. En outre, j’ai toujours conseillé aux élèves de se réunir comme pour les dissections ordinaires , et de faire les opérations de celle manière avec plus de soin et de temps qu’on ne peut en mettre dans un cours.

L’art d’apprendre aux autres à bien opérer ne consiste pas seulement à le bien faire soi-même, à exécuter parfaitement une opération, mais surtout à mettre à découvert, à rendre évidens tous les temps de cette opération.

La chose la plus simple qu’on n’ai pas vu faire est très-difficile à exécuter : explications, livres, dessins, rien ne peut valoir 1 action ; en un mot, c’est par la précieuse méhode de tradition agissante qu’il faut chercher à instruire les autres.

Anatomie pathologique chirurgicale.

Il est des opérations qui se pratiquent toujours au-delà des parties malades , c’est-à-dire sur des parties saines , comme les amputations, les ligatures d’artères , etc. : dans ce cas , il suffit de savoir l’anatomie chirurgicale; il en est d’autres que l’on pratique sur Jes parties malades mêmes , comme les hernies. Alors il est indispensable d’ajouter à la connaissance de l’état sain celle de l’état malade : pour cela il faut voir beaucoup de cas pathologiques , les disséquer avec empressement toutes les fois qu’on en trouve l’occasion. J’ai toujours été étonné qu’on ne sentît pas le besoin de voir par soi-même, et surtout de montrer aux autres ce qu’on n’a su soi-même qu’après l’avoir vu. Ces idées conduisent naturellement à faire penser qu’au lieu de décrire aux autres ces états morbides , il faut les leur montrer ; un cours pratique de celte espèce manque essentiellement.

Il ne suffit pas d’être anatomiste pour être chirurgien : sans doute la connaissance parfaite de l’organisation est indispensable, c’est une des premières conditions ; mais il faut aussi de l’adresse , du tact , du sang-froid, et surtout un bon jugement; enfin avoir ce qu’on appelle une organisation heureuse.

Le courage et le sang-froid sont des qualités indispensables pour bien faire une opération, et sans ces dispositions précieuses, qu’on n’acquiert que difficilement ou jamais , on ne peut se livrer à la pratique des opérations chirurgicales. Le meilleur de tous les moyens pour acquérir le sang froid convenable pour pratiquer sûrement la chirurgie consiste à faire des opérations sur les animaux vivans. Ce moyen est celui qui m’a donné promptement l’assurance dont j’avais besoin ( 1 ), et j’ai eu la satisfaction de faire obtenir le même avantage

( 1 ) Quelque temps après avoir fait des expériences sur les animaux vivans dans un cours de physiologie , j’eus l’occasion de faire une opération sur l’homme. Après l’avoir faite, je me trouvai bien plus aguerri. Je sentais que

à mes élèves; plusieurs m’ont dit que sans cela ils n’auraient jamais osé pratiquer 'a chirurgie opératoire. Aussi, après avoir fait manœuvrer les opérations sur le cadavre , je fais toujours pratiquer quelques operations sur les animaux vivans , comme des ligatures d’artères surtout, parc qu’en ne faisant que ces opérations, ou peut épargner la vie des animaux , et remplir son but.

Jnatomie générale.

Après avoir étudié l’anatomie comme je viens de l’indiquer, il faut pisser à l’anatomie générale, qui en est le complément. Cette dernière manière d’envisager l’anatomie est l’analyse la plus complète des organes , donc elle doit être entreprise après les autres. C’est une erreur que de faire commencer par elle, et l’on se trompe, je crois, complètement, si l’on croit mettre en pratique le précepte qui consiste à aller du simple au composé , ou mieux du facile au difficile, d’ailleurs l’anatomie des tissus des élérnens est sèche et aride quand on commence par-là ; elle est, au contraire, facile et séduisante quand on y arrive pas à pas, et qu’on sent déjà ses liaisons, ses rapports avec la médecine. On doit donc finir par l’anatomie générale, puisque c’est la plus difficile, la plus compliquée.

On doit encore faire à part l’anatomie des sexes, des âges , et particulièrement celle du fœtus.

Je viens d’esquisser un immense tableau ; j’ai ramassé à la hâte les matériaux que j’ai recueillis depuis que je fais des cours. Je ne puis développer un si vaste ensemble , c’est encore au-dessus de mes forces, et d ailleurs le temps me manque. Je veux seulement consigner

j’avais fait un pas immense : j’en cherchai la cause ; et après l’avoir attribuée à une disposition plus favorable ce jour-là qu’un autre, je découvris que je le devais à l’habitude de faire des expériences sur les animaux vivans. J’ai pensé tout de suite que par ce moyen on pouvait établir une véritable transition entre les opérations sur le cadavre et celles que l’on pratique sur le vivant.

ici nies idées sur la manière de simplifier l’anatomie, et parler de ce que j’appelle Y anatomie vraiment élémentaire. Je crois d ailleurs que c’esl le point le plus important, et le service le plus grand à rendre à ceux qui veulent étudier cette science. Une fois qu’on aune 4onne idée générale d’un pays, on peut ensuite le parcourir tout seul.

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