‹ Quelques Considérations sur la Pathologie Chirurgicale des indigènes des Colonies résidant en FranceChapitre 13 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TUBERCULOSES EXTERNES.

Il est presque du domaine de la banalité de signaler la grande fréquence de la tuberculose chez les noirs; on la rencontre sous ses différentes formes : médicales et chirurgicales. C’est une affection commune chez les indigènes transplantés chez nous et qui tend à se répandre dans leur pays d’origine à mesure que l'Européen y pénètre. La fréquence de la bacillose y est, d’après le D‘ Calmette (1), en rapport direct avec la civilisation.

Chez ces sujets, la tuberculose revêt souvent un type parüculier qui donne beaucoup de difficulté au diagnostic : un certain nombre d’entre eux furent, en effet, envoyés dans des centres de neurologie (hôpital complémentaire 18) pour douleurs névralgiques ou sciatiques, alors qu’en réalité ils étaient porteurs de lésions tuberculeuses : maux de Pott, adénites, synovites, coxalgies et particulièrement sacro-coxalgies.

Dans les observations que nous allons rapporter, une impression générale se dégage, c’est que les tuberculoses chirurgicales sont fort rebelles aux traitements employés, qui donnent incontestablement des résultats chez les gens d'Europe (exposition des lésions aux rayons directs du solcil,

traitement marin, etc.).

(1) Caducée, 1912, page 244.

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Ces lésions tuberculeuses n’ont donc aucune tendance à la guérison; elles continuent à évoluer et non pas avec une marche lente comme nous l’observons souvent chez nos compatriotes, mais avec une marche rapide et une tendance à la généralisation.

Le D’ Roubier (1), médecin des hôpitaux de Lyon, parlant de la fréquence et de la gravité de la tuberculose chez les troupes noires s'exprime en ces termes :

« Nous n’insisterons pas sur la fréquence, chez ces indi- » vidus (Sénégalais), des tuberculoses osseuses et des abcès » froids thoraciques, souvent multiples chez le même ma- » lade. Les adénopathies cervicales sont également chez » eux d'observation courante, consistant parfois en masses » poly-ganglionnaires énormes, formant un véritable col- » lier cervical et donnant l'aspect bien connu du cou pro- » consulaire. Ces foyers caséeux déversent à certains mo- » ments dans le torrent circulatoire des bacilles de Koch, » qui sont la cause des tuberculoses à forme granulique » ou septicémique si fréquemment observées chez ces ma- » lades. »

Le D' Doche, d'Arcachon, appelle également l'attention sur certaines formes de tuberculoses chirurgicales, qui affectent une allure aiguë et brülent en quelque sorte les étapes : apparition des abcès en quelques semaines et fistulisation malgré tous les soins.

Cette allure rapide, cette tendance à la généralisation trouvent une explication suffisante dans ces faits que les indigènes n’ont pas d’immunité anti-tuberculeuse. Ce sont des organismes neufs qui n’ont pas reçu d'atteinte antérieure, par ce fait ils se trouvent en état d’infériorité manifeste lorsqu'ils subissent la première attaque; de plus, il est à remarquer que pour ces sujets transportés en Europe, la lutte est rendue encore plus difficile puisqu'ils sont dans des conditions de moindre résistance générale : climat dif-

(1) Paris médical, 1919. ne 57.

og P Pa férent du leur, fatigues de la guerre et surtout contact avec des gens tuberculeux.

En face de lésions bacillaires externes chez un noir quelle sera la conduite à tenir? A notre avis, puisque nous savons que ces lésions ont une tendance très marquée à envahir l'organisme, le traitement, qui apparaît comme devant être le plus logique, consiste à soustraire le bacille de Koch. Nous savons bien que beaucoup d'auteurs pensent que la lésion externe n'est qu'une manifestation tangible de l’infection septicémique tuberculeuse latente; mais, quand bien même cette opinion serait irréfutable, nous croyons qu'il est toujours prudent de supprimer un foyer où pullulent les bacilles capables de réinoculer successivement tout l'organisme.

De plus, cette thérapeutique chirurgicale active peut nous faire espérer des résultats, permettant à ces indigènes de retourner chez eux le plus vite possible et d’y retrouver les avantages de leur climat.

Nous croyons donc pouvoir être en droit de donner la préférence aux interventions radicales et larges par le bistouri. M. le D' Verdelet qui a essayé des deux méthodes : conservatrice et mutilatrice, s’est franchement rattaché à la seconde après avoir constaté les mauvais résultats donnés par la première.

Petit de la Villéon disait à la Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux (29 octobre 1909) : « En matière de » tuberculose chirurgicale en général et ostéo-articulaire » en particulier, je considère que moins la chirurgie est » active, que plus elle est patiente et douce, mieux cela » vaut pour le malade, » C’est, croyons-nous, absolument

le contraire chez les indigènes.

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OBSERVATION XXXVII (D' Verdelet.)

Fistule anale et hémorroïdes ulcérées.

Voyageur arabe de 35 ans. Entre à l'hôpital dans la première quinzaine de mars 1914; il est porteur d’hémorroïdes ulcérées et d’une fistule anale.

Le 18 mars. — Extirpation des hémorroïdes.

10 avril. — On opère sa fistule qui est nettement de nature tuberculeuse. Longue suppuration. La guérison ne survient qu’en 1915.

OBSERVATION XXXVIII (D' Verdelet.)

Ostéite tuberculeuse de la crête iliaque.

Nègre de la Martinique, âgé de 24 ans. Entre à l'hôpital pour ostéite tuberculeuse de l'os iliaque. Il avait déjà été atteint c'un mal de Pott, qui semble actuellement consolidé.

7 juin 1918. — Chloroformisation, curettage et ablation de plusieurs esquilles.

Le malade ne guérit de son affection qu'en avril 1919, époque à laquelle il quitte l'hôpital.

OBSERVATION XXXIX (D: Verdelet.)

Adénite bacillaire du cou.

Nègre de 25 ans, manœuvre, entre à l'hôpital pour abcès froid du cou, accompagné de masses ganglionnaires d’origine bacillaire.

11 septembre 1918. — Sous chloroformisation, incision, cureltage et drainage.

— #5 — 22 septembre 1918. — La suppuration s'est tarie. Adénopathie persiste.

Malade quitte l'hôpital.

OBSERVATION XL (Personnelle.)

(Prise dans le service de M. le D' Verdelet.)

Abcès par congestion.

M... Ben Ab, manœuvre marocain, entre à l'hôpital pour une tumeur fluctuante, indolore, sans changement de coloration de la peau, siégeant à la partie antérieure et inférieure du cou. Cette tumeur est venue progressivement; au début, elle était sur la face droite du cou, vers la partie moyenne; peu à peu elle est descendue et a passé en avant.

On note une douleur à la pression de l’apophyse transverse de la 4° cervicale. Mouvements du cou sont normaux.

Rien à signaler par ailleurs. On porte le diagnostic d’abcès froid consécutif à une ostéite t* de l’apophyse transverse de la 4° cervicale.

26 mars 1919. — Large incision et curettage.

Suture de la peau; drain dans lequel on fait quelques injections d’éther iodoformé pendant les jours qui suivent l’opération.

Plaie opératoire se ferme rapidement.

Le 11 avril, le malade quitte l'hôpital. Nous n'avons pas pu

savoir ce qu'est devenue sa lésion tuberculeuse.

OBSERVATION XLI (D' Paulhiac.)

Adénite bacillaire de l’aisselle.

Marie C.., 24 ans, soudanaise, entre à l'hôpital le 5 juillet

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Dans ses antécédents personnels on note une atteinte de rhumatisme articulaire aigu à l’âge de 13 ans; puis aucune maladie durant son séjour à la colonie.

Lors de ses différents passages en France elle était régulièrement atteinte de trachéites et bronchites légères avec rechutes fréquentes durant tout l'hiver. Elle est en France depuis juin 1918. En novembre 1918 elle eut la grippe avec des températures de 40°, 41°. Au bout de quelques jours elle fit des complications pulmonaires et dut garder le lit un mois avec une broncho-pneumonie double, plus intense dans l’hémithorax gauche. Au mois de janvier 1919, avant voulu reprendre ses occupations, elle ne put y parvenir. Depuis cette époque, on note de l’anorexie, de la lassitude, de la pâleur et des vertiges. Douleurs entre les épaules et aux creux sus-claviculaires. Respiration soufflante le long de la colonne vertébrale. Toux sèche.

Ces derniers symptômes s’amendèrent. Fin mars, la malade ressentit, au niveau du creux axillaire gauche, une douleur lancinante s’irradiant vers le sein. Insomnie. À ce moment, la palpation ne donna rien. Température 37°. Peu à peu apparaît une tumeur peu douloureuse, dont le volume augmente rapidement.

2 juillet 1919. — La malade se présente à la visite du D' Verdelet; on constate dans l’aisselle gauche une tumeur du volume d'une noix, peu douloureuse et ne s’accompagnant pas d’adénite secondaire.

Diagnostic Adénite axillaire bacillaire. Tumeur continue à évoluer; la peau, à ce niveau, est tendue, luisante et chaude. Tumeur devient fluctuante. Mauvais état général. Amaigrissement notable. Légère obscurité respiratoire à gauche.

9 juillet 1919. — Malade est opérée. Huit ganglions sont extirpés, tous en voie de suppuration.

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