‹ Quelques Considérations sur la Pathologie Chirurgicale des indigènes des Colonies résidant en FranceChapitre 5 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

TRAUMATISMES ET INFECTIONS.

1° Plaies accidentelles et Contusions.

Ces lésions se rencontrent assez fréquemment; pour notre part, nous en avons observé un certain nombre. A notre avis, on peut en trouver la raison dans ce fait que la plupart des individus qui se sont présentés à nous étaient soit soldats, soit travailleurs dans des usines et ainsi plus exposés aux chocs extérieurs; toutefois, cette cause mise à part, la proportion d'accidents nous semble être plus grande chez les exotiques que chez les blancs. A l'appui de notr remarque nous citerons la statistique suivante, de M. L Docteur Verdelet (1): Sur 43 exotiques qui sont venus demander des soins au poste de secours de PExposition Macitime de Bordeaux, 13 étaient atteints d’affections traumitiques : brûlures, contusions, plaies diverses, et ces gens étuent oisifs.

M. le Docteur Criewanh constate également que ces accidents sont très fréquents; il les attribue à linattention, à la somnolence et à la maladresse habituelle de Findigène.

Ces plaies et contusions ont toutes un caractère beaucoup plus important que leur fréquence, c’est leur mode d'évolution; toutes celles que nous avons vues, relativement peu

(1) Caducée, 1907, page 313.

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uraves d’ailleurs, ont évolué d’une façon parfaite vers la cicatrisation; leur guérison nous a semblé se produire d'une façon plus rapide que celle des lésions semblables observées chez les gens de race blanche. Nous n’en avons vu aucune amener de complications infectieuses; la suppuration s’est montrée très rare, malgré que la plupart de ces plaies soient contuses et qu'elles soient survenues chez des gens en général d’une malpropreté remarquable.

Pendant l'Exposition Maritime de Bordeaux, M. le Docteur Verdelet a constaté que chez les indigènes, toutes les plaies, produites par piqüres, coupures diverses, ont guéri très facilement, sauf une seule sur treize qui s’est compliquée d’abces.

Pendant la guerre, le même auteur a eu loccasion de faire de nouvelles observations et nous à dit : « Nous avons » eu à soigner de mai 1917 à octobre 1917, dans là région » de l’Argonne, 1.200 Annamites qui avaient été détachés à » la 7° section de chemins de fer de campagne pour aider » à la construction de lignes nouvelles. Ces militaires ont » eu assez souvent des accidents du travail, analcgues à » ceux que nous avons trouvés chez les ouvriers colbniaux » Annamites détachés à Bordeaux, à la Compagnie des » Chemins de fer du Midi. Toutes ces plaies (des mains, » des pieds, de la face) et contusions diverses ont guéri » très facilement avec des soins légers donnés dant nos » postes de secours. » |

Lorsqu'on se trouve en présence de plaies beaucoup plus graves, on est surpris par la très grande résistance que présentent ces sujets au traumatisme et au shock qui l’accémpagne. |

Renault (1), médecin-major des troupes coloniales, chirurgien à Hué (Annam), publie un certain nombre d'observations, dont nous reproduisons le résumé, où il note qu des Annamites, {rès grièvement blessés par coups de cor\

(1) Caducée, 1912, pages 270 à 273.

nes de buffles, ont supporté des transports à longue distance en hamac, soutenus par l'espoir d'obtenir leur guérison, la médecine annamite ne pouvant rien pour eux. À leur arrivée à l'hôpital, ils présentaient un état général assez satisfaisant pour permettre une opération longue et grave. Certains, arrivés en état de trop grande faiblesse pour être chloroformés, ont supporté de sérieuses interventions en chantonnant des hymnes en l'honneur de leurs ancêtres.

Ce peuple intelligent abandonne de plus en plus les onguents sino-annamites pour réclamer le secours de notre thérapeutique, dont ils apprécient tous les jours les bienfaits.

Talbot () signale chez les Annamites, un mode de suicide assez original : par auto-section linguale. L'action de la mâchoire seule étant insuffisante, elle est complétée par celles plus énergiques du poing et du genou. Dans les cas non couronnés de succès, Ia cicatrisation se fait très vite, sans suppuration, avec de simples lavages antiseptiques.

Qu'il nous soit permis de remarquer que les exotiques (les noirs en particulier) résistent beaucoup mieux à la douleur que le blanc; il semble que la principale raison doive être : leur moindre sensibilité. Leur système nerveux n’a pas le développement physiologique du nôtre. Un exemple : lhystérie est peu répandue chez le nègre; cependant J. Rodhaïin (2) signale deux modalités spéciales de cette affection : « Le Banga » chez les indigènes de POubanghi, et le « Latah » chez les Malais.

Quant à leur résistance physiologique au traumatisme, peut-être est-il possible d'en voir la raison dans ce fait : que le noir surtout est un être élevé, dés sa naissance, à la rude, sans précautions, entrainé pour ainsi dire à Ia lutte contre les forces de la nature qu'il subit sans réaction.

(1) Semaine médicale, 1904.

(2) Société de Pathologie exotique, décembre 1915,

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