‹ Quelques Considérations sur la Pathologie Chirurgicale des indigènes des Colonies résidant en FranceChapitre 6 sur 22 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

(D' Renault, chirurgien à l’hôpital de Hué.)

Plaie étendue de la cuisse droite; déchirure suivant l’axe, depuis le grand trochanter jusqu’au condyle externe. La lésion s'étend profondément, intéressant la peau, le tenseur du « fascia lata », l’aponévrose, le quadriceps; les bords sont constitués de tissus fortement contusionnés, déchiquetés, qui vont se gangréner, ne se prètant pas à une réunion immédiate et laissant après de vastes surfaces dénudées.

Dans ce cas, le procédé autoplastique de Thiersh nous a donné d’excellents résultats, même chez des malades aussi indociles que le sont les Annamites.

OBSERVATION II (D' Renault).

Déchirure du scrotum; tuniques déchiquetées, un testicule mis à nu. Reconstitution des plans. Le malade a guéri rapidement sans suppuration.

OBSERVATION III (D' Renault).

Plaie pénétrante de l'abdomen par coup de corne de buffle. Femme blessée le 10 mars 1912. Transport de deux heures en chemin ds fer; dès son arrivée à l'hôpital, le 11, opération. Sous le pansement fait par un indigène on trouve l’épiploon, l'intestin grêle, le gros intestin. Lavage de ces organes au sérum

chaud. On ne trouve pas de perforation de l'intestin; simplement de légères ecchymoses à son niveau.

Régularisation des bords de la plaie. On inonde le péritoine avec 120 ec. d'huile camphrée au 1/15. Drains. Suppression des drains 48 heures après. Les crins sont enlevés le 7° jour. Le 11° jour la malade a l'autorisation de se lever, mais elle n'avait pas attendu la permission. Sort le 29 mars. Pendant les suites opératoires, la courbe de la température n’a pas présenté la moindre élévation anormale. Paroi abdominale très résistante, pas la moindre menace d’éventration.

OBSERVATION IV (D' Renault.)

Plaie pénétrante de la région thoracique droite.

Enfant de 15 ans, gardien de buffles, recoit un coup de corne entre les lignes axillaires antérieure et postérieure, dans le 6° espace intercostal droit. A l’examen : état général très bon, pouls normal, pas de gêne respiratoire; rien à l’auscultation qui indique une lésion pleurale ou pulmonaire. Désinfection de la plaie, large de 3 centimètres. Pansement occlusif.

Deux jours après, Ia température s'élève, pouls plus fréquent. Débridement de la plaie. La 6° côte apparaît fracturée; on l’enlève, Deux drains en canon de fusil dans le cul-de-sac pleural, d’où s'échappe un peu de pus mélangé de sang. Température s’abaisse. Le petit malade guérit quelque temps après.

Le médecin aide-major Guénot rapporte un certain nombre d'observations, concernant des sujets marocains blessés au cours d’une expédition. Ces malheureux furent ramenés au premier poste français à dos de chameaux sur un parcours de 80 à 100 kilomètres. Pendant les deux premiers jours, leurs blessures n’ont été pansées qu'avec la gaze de leur haïk et le tissu de leur burnous, matériaux de pansement malpropres.

Après un pansement humide à cause de la souillure de

poussières et de sable, ils furent dirigés sur l'hôpital d’Aïn- Sefra. Chez aucun on n’a observé de complications, un seul a présenté un peu de fièvre. Cependant certaines de ces plaies offraient à l'infection une vaste surface cruentée.

OBSERVATION V (Résumée. — D' Guénot.)

Ch... ben Ch. 1° Fracture compliquée de l’humérus droit par balle de gros calibre.

Le 10 février, le blessé avait le bras attaché au tronc par des cordes, ce qui réalisait assez bien l’immobilisation. Orifice d'entrée de la balle est à 5 centimètres au dessous du sommet de l’aisselle, sur le bord antéro-interne du deltoide, en avant de l’artère humérale. Orifice de sortie siège à la face postérieure du bras au niveau du col chirurgical, constitué par une vaste perte de substance où on logerait le poing. Dimensions : 11 centimètres sur 6 centimètres de large.

Le triceps, sectionné comme au scalpel par la balle, pend à la partie inférieure de la plaie. Faisceaux musculaires noiràtres, déjà mortifiés. Odeur gangréneuse; énorme gonflement de l'épaule. L’humérus est divisé en multiples fragments. Chute de la main, le nerf radial paraît avoir été lésé. Pas de troubles de la sensibilité.

Les parties nécrosées ou suspectes ont été désinfectées avec la solution phéniquée forte. Premier pansement antiseptique. Application provisoire d’une gouttière en zinc.

2° Plaie en sillon au niveau de la base de la 1" phalange (a pouce gauche, dont les tendons sont intéressés.

11 février. Extraction de débris d'os. Abondant écoulement séro-sanguinolent. Pansement sec sur lequel on moule une gouttière plâtrée en H.

Du 15 au 23 février. Suppuration. Extraction de plusieurs esquilles. |

4 mars. L’humérus est en partie consolidé. I s’est établi un trajet fistuleux où se collecte du pus. On sent des points osseux dénudés. Blessé refuse toute intervention.

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1° avril. Extraction de 4 esquilles peu adhérentes.

10 avril. Cal volumineux de l’humérus qui reste divisé en deux fragments. Parésie assez prononcée des fléchisseurs et extenseurs de la main.

Le blessé rejoint son douar.

OBSERVATION VI (D' Guénot).

Djel... 1° Perforation de l'estomac par balle de petit calibre.

10 février. Deux jours après blessure, on fait le premier pansement antiseptique.

Faciès pâle, hoquet, pouls petit; grand abattement. Température 39°,6. Après le combat, l’ingestion d’un peu d’eau a provoqué chez le blessé des vomissements sanguinolents; depuis, effrayé, il n’a absorbé aucun liquide.

L'orifice d'entrée siège au niveau de l’ombilic, à 8 centimètres en dehors, à gauche; l’orifice de sortie est situé un peu au-dessus du rebord des fausses côtes gauches, un peu en dehors de la verticale passant par le mamelon.

2° Séton sous-cutané à la face postérieure du bras gauche.

11 février. — Température 38°,3 le matin; 39° le soir. Pouls moins rapide. Hyperesthésie de la région épigastrique.

13 février. — Moins de fièvre. Les symptômes s’atténuent du côté de lestomac.

14 février. — Le malade prend des aliments liquides.

20 mars. — Sort guéri de l'hôpital.

OBSERVATION VII (D' Guénot).

M... Ben A. 1° Plaie en cul-de-sac par balle de petit calibre à la face postérieure de la cuisse gauche.

2° Plaie pénétrante du bassin et fracture de l'os iliaque.

SEX ae Orifice d'entrée à 10 centimètres en arrière de l’épine iliaque antéro-supérieure gauche. Sensibilité très vive de la crête iliaque; pas de crépitation osseuse, ni mobilité anormale. Douleur très aiguë lorsqu'on cherche par pression à rapprocher les deux os iliaques.

Orifice de sortie au milieu de la fesse droite. Pas de lésions rectales.

3° Plaie en sillon située le long du rebord des fausses côtes gauches.

La première blessure a été cicatrisée en huit jours.

A l’orifice de sortie du deuxième coup de feu a persisté longtemps une légère suppuration. Il existait un trajet anfractueux qui a pu être suivi avec une sonde jusqu’à la base du coccyx. La cavité de l’ampoule rectale n’était séparée du trajet de la balle que par l'épaisseur des tuniques.

La plaie en sillon a été cicatrisée le 15 mars.

OBSERVATION VIII (D° Guénot).

H.. ben Ch... Fracture compliquée de la diaphyse tibiale gauche par balle.

10 février. — Après avoir enlevé les fragments de burnous qui enveloppaient le membre, on voit une plaie de 13 centimètres de long sur 7 centimètres de large siégeant au tiers moyen de la face antéro-interne de la jambe. Les bords cutanés de la plaie sont mâchés et décollés. Dans le fond gros caillots sanguins. Vaste perte de substance. Odeur gangréneuse. (ŒEdème.

11 février, — Ablation de plusieurs esquilles. Le canal médullaire est largement ouvert.

15 février. — Suppuration. Pas de fièvre. Ablation de trois nouvelles esquilles.

Sur une étendue de 13 centimètres, il ne reste du tibia qu’une mince lame postérieure.

20 mars. — La plaie a diminuée de moitié d’étendue. Elle se comble en profondeur.

15 avril. — Plaie épidermisée.

1® mai. — Le blessé sort de l'hôpital marchant avec une canne.

OBSERVATION IX (D' Guénot).

Caïd M... Perforation du pied droit avec fracture du 5° métatarsien. Gonflement du pied. Effacement de la voûte plantaire.

11 février. — Beaucoup de sang dans le pansement; ablation de plusieurs esquilles dont une représente l'extrémité postérieure du 5” métatarsien.

15 février.

Suppuration abondante. Adénopathie. Ablation de nouvelles esquilles et corps étrangers.

29 mars. — Le malade sort de l’hôpital et commence à marcher sans aide.

OBSERVATION X (Communiquée par notre ami le D' Paulhac.)

(Service de M. le D' Verdelet. Salle 11.)

Contusion de la hanche.

C... M. sujet marocain de 28 ans, employé comme débardeur au port de Bordeaux, est renversé par une caisse lourdement chargée et atteint au niveau de la hanche gauche.

A son arrivée à l'hôpital, le 28 avril, il présente une tuméfaction douloureuse de la région de la hanche gauche; on ne trouve aucun signe de fracture; on porte le diagnostic de contusion simple.

HD UE Après trois jours de repos survient une grande amélioration: la tuméfaction a disparu, mais il persiste de la douleur à la pression. Quelques pointes de feu amènent du soulagement. Le malade quitte l'hôpital dans les premiers jours de mai.

OBSERVATION XI (D' Verdelet).

Hydro-hématocèle de la tunique vaginale.

Nègre de la Martinique, âgé de 33 ans, exerçant la profession de manœuvre à la Compagnie du Midi, recoit un choc au niveau du scrotum. À son entrée à l'hôpital, il présente un hydrohématocèle de la tunique vaginale gauche.

Le 13 novembre 1918, chloroformisation, cure radicale par le procédé de Wolkmann.

Le 13 janvier 1919, le malade sort guéri.

OBSERVATION XII (D' Verdelet).

(Prise à l'hôpital auxiliaire 80, à Bordeaux.)

Pleurésie enkystée consécutive à une plaie par arme à feu.

G.., noir de la Martinique, âgé de 25 ans, a été blessé le 1° décembre 1917 par un coup de fusil, balle Lebel, qui lui traverse la partie supérieure gauche du thorax. Guérison lente des plaies d'entrée et de sortie, mais phénomènes douloureux du côté de son hémithorax, accompagnés de quelques signes indiquant une atteinte du poumon.

Température à oscillation depuis quelque temps. Signes de pleurésie enkystée vers le sommet du poumon gauche.

25 janvier 1918. — Ponction et évacuation d’un liquide sérohématique.

Le 5 mars 1918. — Le malade sort guéri.

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OBSERVATION XIII (D' Verdelet).

(Hôpital Saint-André, salle 11.)

Ecrasement de l’auriculaire droit.

Marocain de 23 ans, manœuvre, a l’auriculaire droit pris dans l’engrenage d’une machine. Le doigt est complètement écrasé, les phalanges sont broyées.

On est obligé de pratiquer la désarticulation de l’auriculaire le 11 novembre.

Le 25 novembre, le malade quitte l'hôpital guéri.

OBSERVATION XIV (D' Verdelet.)

Gangrène de l’auriculaire consécutive à une morsure.

Marocain de 27 ans, a eu le petit doigt de la main droite mordu par un de ses camarades au cours d’une rixe.

Au bout de quelques jours ce doigt s’est sphacélé.

Le 25 novembre 1918 on en pratique la désarticulation. Le blessé sort guéri le 13 décembre.

OBSERVATION XV (Personnelle).

(Prise dans le service de M. le D' Verdelet). M... H.., Algérien de 29 ans, a eu le pouce gauche pris entre

deux muids. Entre à l'hôpital le 24 février 1919. Fracture ouverte de la 1° phalange. Il est traité par des pansements hu-

Dr: LES mides et bains. La plaie se referme assez vite; il ne persiste bientôt plus qu’une petite fistule par où on extrait tros petites esquilles. Le trajet se ferme spontanément, la cicatrisation est complète.

Le pouce est ankylosé en abduction lorsque le malade quitte lhôpital.

Il y entre de nouveau parce que son pouce ankylosé le gêne considérablement pour travailler. Il demande la désarticulation, qui est pratiquée le 30 avril. Guérison en quelques jours.

OBSERVATION XVI (Personnelle).

(Prise dans le service de M. Lefèvre.)

Saïdou Vero, 25 ans, sujet sénégalais. Entre le 21 août 1919 à l'hôpital pour brûlures occasionnées par un retour de flammes de la chaudière d’un navire où il était employé comme chauffeur. Dès les premiers instants les douleurs furent très vives.

À son arrivée, il présentait des brûlures étendues à la face, à l’avant-bras, aux mains, au genou gauche et aux fesses. Ces brûlures étaient toutes du deuxième degré, se manifestant sous forme de larges phlyctènes: en ancun endroit il n'y eut d’escarres noirâtres, indiquant une atteinte profonde des tissus.

Le 23 octobre, Ht température s'élève à 38°, puis elle descend à la normale en trois jours.

Le traitement à consisté dans les premiers temps en appliation de pansements à l'acide picrique, puis, pendant huit jours, liniment oléo-calcaire, et enfin pommade à l’oxyde de zinc, Ce sujet supporta avec un calme remarquable les divers pansements très douloureux cependant. À aucun moment il n'eut d’albumine dans les urines.

Le 15 septembre, la guérison est à peu près complète; seules

les mains sont encore enveloppées dans un pansement purement protecteur.

Sur toutes les surfaces qui ont été brûlées, on constate que la peau a perdu sa pigmentation. Les téguments ont une souplesse normale.

OBSERVATION XVII (D' Verdelet).

Noir de 21 ans, entre à l'hôpital, salle 11, pour une plaie de la face et de la lèvre assez profonde par coup de rasoir. On pratique la suture le 15 juillet 1919. Cicatrisation rapide. Exeat le 22 juillet 1919. Guérison.

OBSERVATION XVIII (D' Verdelet).

Marocain, 25 ans, manœuvre.

Entre à l'hôpital, salle 11, pour une large plaie de la jambe droite, produite par un engrenage de machine.

On suture le 9 octobre 1919. Pas de fièvre, pas de suppuration. Exeat le 29 octobre. Guérison.

OBSERVATION XIX (D' Verdelet).

Nègre de 18 ans, chauffeur à bord d’un navire, Entre à lhôpital, salle 20, pour un panaris du médius de la main droite, consécutif à une ampoule mâchée. Incision le 8 octobre 1919.

Le 29 octobre le malade sort guéri.

OBSERVATION XX (D' Verdelet).

Contusions multiples et ganglion epitrochléen droit. Nègre de 20 ans, suspect de bacillose pulmonaire, entre à l'hôpital le 27 mars 1920 pour contusions multiples.

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On trouve, en outre, qu’il est porteur d’un petit ganglion épitrochléen. Wassermann positif.

Sorti le 31 mars 1920. Guérison.

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