DU POUVOIR OSMOTIQUE DE LA SÉREUSE PÉRITONÉALE
Dans le chapitre précédent nous avons établi par des données expérimentales, en même temps que par des observations cliniques, quelle était la sensibilité relative du péritoine pour les divers agents irritants. Actuellement, nous allons rechercher quel est le pouvoir absorbant des séreuses et particulièrement du péritoine.
Nous avons dit, dans notre premier chapitre, que, par leur constitution anatomique, les séreuses étaient très bien disposées pour l'absorption, et nous allons montrer qu’en effet, elles sont douées d’un pouvoir absorbant très énergique. Mais il est certain que les dégénérescences les plus bénignes de toutes ces membranes peuvent détruire, en totalité ou en partie, leur faculté d’absorber. C’est pourquoi les séreuses enflammées résorbent si lentement leur contenu. Toutefois, la pathologie chirurgicale nous apprend que les inflamma-
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D'autre part, une irritation légère de la séreuse peut s'accompagner d’une augmentation de l’activité sécrétoire, et donner lieu à une accumulation de liquide dans le péritoine. Tels sont certains cas d’épanchements qui restent latents, sans donner lieu à aucune réaction inflammatoire, et qui, n'étant sous la dépendance ni d’une cause mécanique, ni d’un état diathésique, guérissent le plus souvent à la suite d’une ou de plusieurs ponctions. Ces sortes d'épanchements sont attribués à l’action du froid, et ne sont pas très rares. Ainsi Georges Johnson (The British Médical Fournal du 19 août 1876) rapporte quatre cas d’ésanchements dans le péritoine qui ne se sont accompagnés ni de fièvre, ni de douleurs, ni d’aucun phénomène grave. Dans ces quatre observations, l'ascite paraît avoir résulté de la seule impression du froid.
Les substances qui ont été mises au contact du péritoine, pour étudier l'absorption, sont : des gaz, des liquides purs ou des liquides contenant soit des corps dissous, diffusibles, soit des éléments figurés, minéraux ou organiques.
L’absorption des gaz introduits dans les cavités closes est un fait connu depuis longtemps et démontré, en dehors de toute expérimentation, par la disparition spontanée d’épanchements gazeux dans la plèvre ou dansle péritoine.
Expérimentalement, le pouvoir absorbant du péritoine
a été démontré par l'expérience devenue classique de Fodera. Ce savant physiologiste plaçait dans la cavité péritonéale d’un lapin une anse intestinale pleine d’hydrogène sulfuré. Au bout de quelque temps, il constatait la disparition du gaz, et l'apparition de symptômes d’empoisonnement.
Davy fit également, à ce sujet, sur l'oxygène, des recherches intéressantes et des plus concluantes.
Nous trouvons aussi dans le traité de Boinet sur l’/0d0thérapie (2° édition 1865), des faits intéressants à ce point de vue. C’est ainsi que, à propos du traitement des ascites par les injections, il signale trois cas où l’on employa le protoxyde d'azote.
Roosbroeck, qui eut le premier l'idée de cette thérapeutique, avait été amené à cette tentative en observant que les inhalations de ce gaz étaient suivies de sueurs profuses et d’une urination abondante. Ces mêmes phénomènes se manifestèrent chez la malade, à laquelle il administra le protoxyde d'azote par le péritoine, preuve évidente de son absorption. Son exemple fut imité par Rul-Ogez et par Craninkx, avec les mêmes résultats. Cette médication fut même, paraît-il, assez favorable.
À ces faits, nous pouvons ajouter le résultat de quelques expériences sur le péritoine des animaux, dues à Joly (Z'hèse de doctorat, Paris 1868).
Dans une première série d'expériences, cet auteur opéra à l'air libre et pratiqua des injections d’air dans la cavité péritonéale de plusieurs lapins. Bien que les opérations aient été, en général, suivies d’une accélération des mouvemenjs respiratoires, de frissons, et d’un léger abaissement de température, c'est à peine si, à l’autop-
sie, on trouvait une légère inflammation au niveau de la plaie abdominale. Dans un seul cas on put constater une péritonite intense et généralisée. Mais l’auteur attribue cet accident à des déchirures de la séreuse, produites au moment de l'opération, et il conclut de ces expériences que le contact de l’air avec le péritoine n’est funeste que dans le cas de lésions traumatiques de la séreuse.
Dans une seconde série d’expériences, il opéra dans une atmosphère d’azote et pratiqua des injections d’azote dans la cavité péritonéale de quelques lapins.
Dans tous les cas, l’opération ne fut suivie d'aucune réaction, et l'absorption fut rapide, puisque le volume du ventre revenait à son état normal dans un espace de. temps variant de six à douze heures.
Enfin, nous avons nous-même cherché à nous rendre compte des effets produits par l'air sur le péritoine du chien. A cet effet, nous avons fait une expérience que nous rapporterons plus loin en détail, mais dont nous pouvons, dès à présent, donner les conclusions. Nous avons constaté, à la suite d’une injection de deux litres d'air, qu’au bout de douze heures, le volume du ventre n'avait diminué que d’une façon peu appréciable ; à l’autopsie nous n'avons trouvé aucune trace de péritonite.
De tous ces faits il résulte qu’on ne peut refuser au péritoine la faculté d’absorber les gaz. Mais il faut reconnaître aussi que ces produits ne sont absorbés à sa surface qu'avec une assez grande lenteur. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, ce fait tient probablement à ce que les absorbants des séreuses sont surtout des lymphatiques, et que les gaz ont beaucoup moins d’affinité pour la lymphe que pour le sang.
Les liquides, au contraire, sont absorbés, à la surface des séreuses, avec une extrême rapidité. C’est là un fait démontré cliniquement par la disparition spontanée d'épanchements séreux, même considérables, dans le péritoine ou la plèvre.
Expérimentalement aussi il a été mis hors de doute par un grand nombre d’observateurs.
Le premier liquide avec lequel on démontra expérimentalement l'absorption dans le péritoine, fut l'eau pure.
Haller et Flandrin ayant injecté un demi-litre d’eau dans le péritoine d’un chien, la virent disparaitre en quelques heures.
La présence de différentes matiéres en dissolution dans l'eau ne paraît pas plus modifier le pouvoir absorbant du péritoine que celui de tout autre organe d'absorption, et c’est à l’aide de solutions contenant soit des matières colorantes, soit des sels vénéneux, que les physiologistes ont fait les expériences les plus propres à déterminer la rapidité d'absorption des séreuses, et les voies qui emportent les produits absorbés.
« Dans les injections péritonéales ou pleurales, dit Milne-Edwards (Leçons d'Anatomie et de Physiologie comparée, t. iv. Absorption), si au lieu d'employer de l’eau, nous faisons usage de certaines matières qui peuvent être identifiées avec le milieu des substances conjonctives de l’organisme, il nous sera facile de constater que l'absorption a pour effet de porter ces matières Jusque dans l’intérieur de l'appareil irrigatoire. »
Les premiers physiologistes qui expérimentèrent sur l’absorption dans les séreuses se servaient de matières
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colorantes en dissolution. Ils opéraient ainsi, par cette voie, une véritable injection des réseaux lymphatiques et des troncs correspondants, et par l'apparition de ces substances dans le canal thoracique, ils pouvaient calculer la rapidité de leur absorption.
Hunter et Flandrin ayant injecté des solutions d’indigo dans le péritoine de lapins, virent à la suite les lymphatiques sous-péritonéaux se colorer en bleu.
Musgrave et Portal répétèrent avec succès les mêmes expériences (Portal, Anaf. med.,t. V, p. 20).
Fodera arrive, par une voie détournée, à la même démonstration. Voulant prouver le transport par les lymphatiques des produits absorbés par les séreuses, il injecte du persulfate de fer dans le péritoine, et du cyanoferrure de potassium dans la plèvre : ces sels donnent un précipité au moment où ils se rencontrent dans le canal thoracique (Cit. in Farabœuf : Le Sys/ème séreux, Paris "1876 pro).
Lebküchner injecte dans la cavité péritonéale d’un chat o gr. 25 de prussiate de potasse, dissous dans 8 gr. d’eau ; au bout de six minutes, le sérum du sang contient des traces de ce sel, et l’urine en renferme une quantité un peu plus notable.
Une solution de sulfate de fer est injectée dans la cavité péritonéale d’un chat; quelques minutes après, le contact du prussiate de potasse déposé à la surface externe du péritoine fait apparaitre une belle coloration bleue, preuve de l’absorption du sulfate. (Cit. in Longet, Traité de Physiologie, t. 1, p. 327.)
D'autres expérimentateurs ont injecté des sels ou des substances toxiques en solution, et ils ont constaté l’absorption par les symptômes de l’empoisonnement.
Déjà Magendie avait démontré que la strychnine, en solution, introduite dans la plèvre,tue plus vite que lorsqu’on la dépose dans le péritoine.
Bouley et Colin, répétant la même expérience, ont constaté que la mort, après l'injection d’une solution de noix vomique dans le péritoine, survient, chez le cheval, en 17 minutes environ, et plus rapidement que lorsqu'elle est ingérée par les voies digestives. (Colin. Phystologie comparée, t. I, p. 16.)
Une solution de 10 gram. d’iodure de potassium dans 200 gram. d’eau, introduite dans la cavité péritonéale du mouton, apparaît en cinq ou six minutes dans le canal thoracique. fc
Il est aussi certaines substances dont l'introduction, dans les cavités séreuses, a été employée dans un but thérapeutique, et ces cas sont encore venus confirmer le pouvoir absorbant des séreuses. C’est ainsi que Lagouest, cité par Massiani (Thèse de Sérasbourg, 1851), Trousseau, Legendre, Legroux, Barthez et bien d’autres, ont injecté et laissé dans la plèvre et dans le péritoine des solutions de teinture d’iode, et en ont noté l'élimination par les sécrétions.
À côté de ce groupe de liquides, il convient de ranger certaines humeurs de l’organisme dont l'absorption dans les cavités closes a été recherchée expérimentalement.
C’est ainsi que la bile a été étudiée à ce point de vue.
Lebküchner, cité par Milne-Edwards, (Leçons d'anatome et de physiologie comparée, tome v, p. 18), a constaté que les principes caractéristiques de la bile traversent promptement le péritoine pendant la vie. Ayant injecté de la bile de bœuf dans la cavité péritonéale d’un
VA — chat, etayant tué l'animal douze minutes après, il trouva que la matière jaune et la matière amère de ce liquide avaient déjà pénétré dans le tissu conjonctif sous-péritonéal.
On a également expérimenté sur les graisses, mais on sait peu de chose à leur sujet.
Emmert et Horing, en 1818, introduisirent des matières grasses dans les cavités séreuses ; ils constatèrent que l’huile n’était absorbée qu’en petite quantité par la surface péritonéale. Cependant ils avaient trouvé des traces de son passage par les vaisseaux lymphatiques adjacents. (Archives für die Physiologie, tome 1v, p.522).
Ségalas répéta, depuis, la même expérience. Ayant injecté de l’huile dans le péritoine d’un lapin, 1l la retrouva intacte 8 ou 10 jours après.
Ce résultat concorde parfaitement avec celui que nous avons obtenu dans une expérience identique que nous allons rapporter ici :
Chien bouledogue pesant 12 kilogr. — Le 3 mai, à 11 heures du matin, on injecte dans la cavité abdominale 100 cent. cubes d’huile blanche à la température de 40° c.
Le lendemain et les jours suivants, l’animal ne paraît nullement se ressentir de l'opération qu'il a subie. La pression sur l'abdomen ne détermine aucune douleur.
Le sixième jour, on fait l’autopsie, et on trouve l'huile intacte dans la cavité. La séreuse péritonéale ne présente pas la moindre trace d’inflammation.
Dans des expériences plus récentes, Auspitz (Centralblatt fiir Med. Wissenseh. 1871) dit avoir retrouvé dans la circulation de l’huile et de l’amidon injectés dans le péritoine.
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Quant aux liquides contenant des corps figures minéraux ou organiques (corpuscules colorés du carmin, globules de sang, globules de pus), les observateurs prétendent avoir saisi ces corps figurés dans leur migration à travers les séreuses. C’est ainsi que Hunter et Mascagni (Mascagni. Æistoire des Lymphatiques, 1787), dans leurs recherches sur les lymphatiques rapportent une foule de cas où 1ls ont vu les lymphatiques se remplir de lait, injecté dans les cavités séreuses.
Pour ce qui concerne le pus, la résorption ne saurait être mise en doute. Les ‘faits pathologiques abondent pour en fournir la démonstration. Du reste, la preuve de l’absorption du pus ressort d’une façon indiscutable de deux expériences de Gaspard, publiées dans le Four. nal de Physiologie de Magendie (1822), et dont nous donnons ci-dessous l'analyse.
L'auteur introduit, par la membrane séreuse du testicule, dans l’abdomen de deux chiens, un peu de pus, deux gros environ. La douleur n’est pas très vive, mais quelques instants après surviennent des vomissements avec efforts, évacuation d'urine, fièvre, dyspnée ; puis, au bout de trois heures, abdomen rétracté, rénitent et très douloureux à la pression. Enfin douze heures après l'opération, la mort survient à la suite de nouveaux vomissements.
À l’autopsie, on trouve le péritoine enflammé et contenant une petite verrée de sérosité sanguinolente, avec des flocons albumineux adhérents à la séreuse. En outre, la muqueuse intestinale est phlogosée.
Gaspard conelut de ses expériences que le pus est sus-
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