APERÇU D’ANATOMIE-ET DE PHYSIOLOGIE DE LA SÉREUSE PÉRITONÉALE
L'abdomen forme une vaste cavité logeant les organes principaux de la digestion, de la reproduction et de la sécrétion urinaire. Bien circonscrite en haut, en arrière et en avant, elle se confond en bas avec celle du bassin.
La face profonde des parois abdominales est tapissée de toutes parts par le feuillet pariétal du péritoine, et l’on peut dire que cette membrane séreuse est la vérita. ble limite de la cavité abdominale.
Ce feuillet pariétal est beaucoup moins étendu que le feuillet viscéral qui le double et se trouve en contact avec les organes splanchniques. En effet, tandis que la superficie du premier excède à peine celle des parois abdominales, celle du second est quatre ou cinq fois plus considérable. C’est que le feuillet viscéral se déprime pour pénétrer dans tous les intervalles des viscères; il se plie et se replie, non-seulement pour former à chacun
A0 d'eux une enveloppe plus ou moins complète, mais encore pour leur constituer un pédicule et pour les unir entre eux. Ces deux feuillets diffèrent aussi considérablement au point de vue de leur résistance et de leur structure.
Le feuillet pariétal offre une certaine épaisseur ; il est résistant ; il adhère à peine aux parties sous-jacentes.
Le feuillet viscéral est mince, très-adhérent, beaucoup plus faible et même sans résistance aucune sur une notable partie de son trajet. Il a pour but d’assurer l’indépendance et la mobilité des viscères ; et, pour ce faire, il fournit à chacun d'eux une enveloppe pédiculée. Toutes ces enveloppes se continuent entre elles, formant ainsi une même membrane tour à tour saillante et rentrante, se contournant et se rephant sans cesse, affectant ainsi une disposition tantôt très-simple, tantôt trèscompliquée.
Indépendamment de ce rôle, le péritoine a encore pour usage de maintenir les viscères dans la situation qu’ils occupent et de les unir entre eux. C’est à cet effet qne le feuillet pariétal fournit deux ordres de replis : les premiers sont destinés à relier à la paroi abdominale antérieure de simples canaux, qui partent en divergeant de sa partie centrale. Ils affectent une disposition falciforme et portent le nom de faux du péritoine; les seconds sont destinés à relier aux parois de l’abdomen les viscères qui ne font pas partie du tube digestif (foie, utérus); ils sont connus sous le nom de ligaments.
Le feuillet viscéral, de son côté, envoie des replis destinés à relier le tube intestinal à la paroi abdominale postérieure : (ils sont désignés par le terme générique de
mésentères), et d'autres replis qui s'étendent d’un viscère à l’autre : ce sont les éprploons.
Structure : La surface libre du péritoine est lisse et polie comme celle de toutes les séreuses à l’état normal. Elle est formée par une simple rangée de cellules épithéliales pavimenteuses, aplaties, minces et transparentes, unies par leurs bords. La couche continue formée par ces cellules est interrompue de distance en distance par des ouvertures, pores ou stomates, que Reckling. bausen a signalées, le premier, sur le péritoine qui tapisse le centre phrénique du diaphragme. Ce fait, d’abord contesté par un certain nombre d’histologistes, a été corifirmé par les travaux de Ranvier. Cet auteur a montré qu’il existe, sur la surface péritonéale du centre phrénique, des orifices bouchés par des cellules molles spéciales. Ces cellules sont des cellules lymphatiques ; elles se trouvent à l’orifice de canaux ou de puits. Ces puits établissent une communication directe entre la cavité péritonéale et les fentes lymphatiques qui, ellesmêmes, communiquent avec le réseau lymphatique souspleural. (Ranvier, p. 396.)
Ces découvertes viennent donc confirmer les vues de Bichat sur la constitution des séreuses : « Les absorbants s'ouvrent par une infinité d’orifices sur les mem. branes séreuses. »
La couche endothéliale qui forme la surface du péritoine a pour substratum un stroma conjonctif très-riche en fibres élastiques. Cette disposition anatomique rend compte de l'extrême élasticité du péritoine, élasticité qui est démontrée par les grossesses, hydropisies, etc.
La couche fibro-celluleuse présente une épaisseur trèsvariable suivant les régions.
ne :
La séreuse péritonéale est peu vasculaire en général. La plupart des vaisseaux qu’elle renferme dans ses replis sont destinés aux viscères. Cependant, on les voit souvent se répandre, en réseau visible à l’œil nu, dans le tissu sous-séreux, avant de pénétrer dans la trame de la membrane. LA, ils forment un réseau à mailles serrées, polygonales, ayant, dit Robin, de trois à cinq fois le diamètre des capillaires limitants.
Quant à la question des lymphatiques propres à la séreuse, vaisseaux dont l'existence est niée formellement par Sappey, les travaux de Ranvier, mentionnés ci-dessus, en démontrent clairement l'existence , au moins pour le centre phrénique. D'autre part, Robin, dans son cours, s'exprime ainsi: « Les injections ‘des lymphatiques avec les solutions d’azotate d'argent, permettent de constater de la manière la plus nette que, dans la trame des séreuses, il existe des capillaires lymphatiques anastomosés en réseaux d’origine, comme il y en a dans la peau et les muqueuses. »
Jusqu'à ces dernières années, les anatomistes refusaient aux membranes séreuses la possession de nerfs propres. C’est ainsi qu’on trouve dans Richet (7yarté prat. d'Anat. méd. chirur., Paris 1866, p. 34) : « Il est certain que les séreuses ne possèdent point de nerfs qui leur soient propres. »
D'autre part, Cruveilhier, dans son Anatomie, s'exprime ainsi : « Les nerfs du péritoine sont assez mal connus. Sous la tunique séreuse de l'estomac et des intestins, on observe une multitude de filets nerveux-et de ganglions microscopiques appartenant au plexus d’Auerback ; mais la difficulté est de savoir s'ils se terminent dans la séreuse. »
Cependant, Julien (Zyon-Médical, 1872, p. 371) dans son étude sur la terminaison des nerfs du péritoine est arrivé à la démonstration des faits suivants :
1° Le péritoine possède un réseau nerveux très riche ;
2° Les fibres nerveuses ont une marche indépendante, ou sont satellites des vaisseaux ;
3° Après des dichotomies nombreuses, ces nerfs se terminent par des boutons de forme allongée, d’où partent une ou plusieurs fibrilles extrémement ténues, terminées elles-mêmes par un point brillant.
Physiologie. — Le tissu des membranes séreuses est perméable; mais à l’état normal, il semble qu'il n'absorbe ni ne sécrète d’une façon notable. Toutefois, la situation des vaisseaux semble indiquer que le pouvoir d’absorption doit l'emporter sur le pouvoir de transsudation. En effet, les vaisseaux sanguins, dont le plasma supporte une forte tension favorable à l’exosmose, ne sont pas aussi rapprochés de l’épithélium que les lymphatiques, où latension faible semble faire appel à l’endosmose. Quoi qu'il en soit, le pouvoir absorbant des séreuses est énergique; 1l ne le cède qu’à celui des vésicules pulmonaires. Il est un agent dont il faut tenir grand compte au sujet de l'absorption. C’est la tension du liquide à absorber relativement à la tension du milieu intérieur. Il est évident que plus celle-là sera forte, en même temps que celle-ci sera plus fable, et plus le travail d'absorption sera rapide. C’est ainsi que dans le péritoine, l'absorption sera favorisée par l'expiration; tandis que dans la plèvre elle l’est par l'inspiration.
Les séreuses sont, par leur structure anatomique, des
le plus propres à l'absorption. Elles sont sillonnées à leur face interne par un riche réseau sanguin, et, de plus, elles sont soumises à une pression plus ou moins considérable de la part des organes sur lesquels elles se moulent. Aussi les substances introduites dans leurs cavités, s’absorbent-elles avec une rapidité singulière.
On sait depuis longtemps que les gaz ne sont absorbés, à la surface des séreuses, qu'avec une grande lenteur, contrairement à ce quise passe pour les liquides. A quoi ce fait est-1l dû? Peut-être à ce que les absorbants des séreuses sont surtout des lymphatiques, et que les gaz ont beaucoup moins d’affinité pour la Iymphe que pour le sang, tandis que les liquides choisissent de préférence la première voie qui se présente à eux, celle des lymphatiques.
La question de savoir si l'absorption se faisait par la voie des lymphatiques ou des vaisseaux sanguins exclusivement, ou bien par l’une et l’autre à la fois, a pendant bien longtemps divisé les physiologistes.
Aujourd’hui, grâce aux expériences de Magendie (1809), d'Emmert (1815), de Fodera (1824), et d'autres plus récentes, les physiologistes sont à peu près d'accord pour reconnaître à ces deux ordres de vaisseaux une part, inégale il est vrai, dans les phénomènes de l’absorption.
Pour le péritoine, en particulier, Dubar et Remy, dans leurs récentes expériences sur l’absorption par le péritoine (Yournal de l’'Anatomie et de la Physiologie, Janvier 1882, p. 104), ont établi qu'il existe deux grandes voies d'absorption :
1° La voie lymphatique, représentée par tous les
de canaux de transport contenus dans le mésentère et les mesums, et en outre par les réseaux du diaphragme (centre phrénique) ; c’est en ce dernier point que le passage est le plus rapide, et c’est le point exclusif de pénétration des grains dans les voies lymphatiques ; 2e La voie sanguine, représentée par les radicules de la veine porte, voie vers laquelle s'effectue une poussée très active de liquide, plus importante pour certains d’entre eux que vers la voie lymphatique, et une pénétration habituelle de grains.
CAP PMR ENT