‹ Quelques considérations sur la transfusion du sangChapitre 2 sur 14 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La transfusion, (transfundere , transvaser, verser d’un vase dans un autre), est une opération au moyen de laquelle on introduit du sang étranger dans les veines d’un animal vivant (Dict. en 30 vol.)

Quelques auteurs et Lamartiniére entre autres (1667) font remonter les premiers essais de transfusion jusqu’à la plus haute antiquité: mais nous ne trouvons d’exemples bien authentiques de cette opération qu’après la découverte de la circulation, vers le milieu du 17me siècle. Essayée par Wren en 1658 sur des animaux, préconisée en Allemagne par Major, elle fut pratiquée pour la première fois sur l’homme en 1666 par deux chirurgiens français, Denys et Emmerets. Lower et King en Angleterre, Riva et Manfredi en Italie ne tardèrent pas à suivre l’exemple de Denys.

Les premiers essais eurent des résultats très-satisfaisants et donnèrent les plus grandes espérances. «De quelles illusions, s’écrie Bé- «rard, ne se berça-t-on pas alors! Au faible on allait donner le «sang d’un fort, au cacochyme le sang d’une personne saine, à «l’homme furieux le sang d’un animal paisible et débonnaire comme «la brebis ou le veau, et faisant ainsi passer le sang d’un jeune «sujet dans les veines d’un vieillard, on allait réaliser les merveilles «de la fontaine de Jouvence!»

Mais les accidents arrivés à l’opéré de Denys, au fils du baron de Bond, au malade de Riva, provoquèrent un arrêt du Châtelet (1688) qui défendit sous peine de prison, de pratiquer la transfusion sur le corps humain, tant que cette opération n’aurait pas l’assentiment de la Faculté de Paris.

Après un intervalle de plus d’un siècle, l’étude de la transfusion fut reprise par HARW00D,qui insista principalement sur ce fait, que les animaux dans les veines desquels on transfuse du sang d’animaux d’une espèce différente succombent généralement quelques jours après l’opération. Le Dictionnaire en 30 volumes (art. transfusion, 1821) condamne cette opération dans ce qui a été fait jusque là et même dans tout ce qu’on pourra faire plus tard pour la remettre en honneur.

Blundell (1825) fort de ses expériences sur les animaux, tente d’opérer la transfusion sur un homme épuisé par un squirrhe de l’estomac, mais sans succès. Dans cette même année (1825) deux chirurgiens auglais Waller et Doubledy, plus heureux, nous fournissent trois cas des plus satisfaisants de transfusion à la suite de métrorrhagies.

Depuis celte époque, la science compte d’assez nombreux exemples de femmes arrachées à une mort certaine par la transfusion employée comme dernière ressource. Un grand nombre d’auteurs se sont occupés de la question; en 1828, Dieffenbach publie sur cette opération uu ouvrage critique, aussi riche de faits et de connaissances que remarquable par la netteté des conclusions qu’il tire de ses expériences. En 1852 un médecin italien, Giovanni Polli, se pose en défenseur de la transfusion, ses conclusions sont hardies, je dirai même un peu hasardées eu égard à l’état de la science; mais il apporte à l’appui de son opinion une foule d’expériences qui lui sont particulières; à peine ose-t-on croire aux résultats que peut donner la transfusion, mais l’on est forcé de se rendre à son avis. Nous aurons souvent l’occasion d’en reparler dans le courant de ce travail.

La transfusion du sang réussissant dans les cas d’hémorrhagies utérines, on devait l’essayer dans toutes sortes d’hémorrhagies. En effet en 1830 M. Roüx appliqua celte opération pour la première fois à un homme près de succomber par suite d’une hémorrhagie traumatique. Dernièrement encore (50 avril 1863) M. Higginson publiait un succès dans un cas tout-à-fait extraordinaire, dont on trouvera plus loin l’observation.

Notre intention n’est pas de juger toutes les opérations de transfusion qui se sont pratiquées jusqu’à ce jour. Qu’il nous soit permis cependant de formuler notre opinion basée sur les faits que nous avons pu trouver dans les journaux, les recueils etc.; et d’abord voyons quelles sont les indications de la transfusion, et quelles sont les conditions dans lesquelles cette opération est applicable avec le plus de chances de guérison pour le malade et le plus de confiance de la part du médecin.

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