INTRODUCTION
Ce travail nous a été conseillé par M. le professeur-agrégé Vallois. Nous l'avons accepté avec d’autant plus d’empressement que bien des fois nous avons entendu des femmes, arrivées au terme de leur grossesse et ne pouvant accoucher spontanément à cause d’un rétrécissement du bassin, refuser catégoriquement la symphyséotomie. L'une d’entre elles, à qui l'on proposait, sous le jour le plus favorable, cette opération comme étant la seule ressource pour sauver son enfant, répondit : « Sacriñez-le plutôt; on peut en faire d’autres après celui-là ».
Nous nous sommes donc demandé quelle devrait être la conduite du praticien en présence de tels cas. Dans notre travail, nous n’avons en vue que les bassins moyennement rétrécis, comprenant, d’après Paul Dubois, ceux qui mesurent 7 c. 1/2 à 10 c. de diamètre promonto-pubien minimum. Nous n’avons nullement l'intention de considérer tous les vicés de conformation que l’on peut rencontrer, tels que les
bassins cyphotiques, coxalgiques, etc., etc.
= Notre but est plus modeste : nous ne parlerons que des bassins rétrécis d’avant en arrière au détroit supérieur, les autres diamètres étant sensiblement normaux. Et, de fait, ces sortes de viciations sont celles que l’on rencontre le plus en pratique. ;
Pour ce qui concerne le fœtus, nous le considérerons comme vivant, à terme, se présentant par l'extrémité céphalique en position transversale. Pour les conclusions nous nous appuierons surtout sur les quelques cas que nous avons vus en Clinique.
En présence d’une femme ayant un bassin aplati d'avant en arrière, le fœtus vivant, à terme, se présentant par le sommet et l'accouchement ne pouvant se terminer spontanément, que fera le praticien si la femme refuse la symphyséotomie ? Attendra-t-il paisiblement que les bruits du cœur disparaissent pour porter sans remords le basiotribe sur le crâne de l’enfant ? ou bien — ce quisera plus louable — tàchera-t-1l d'intervenir däns le but de sauver et la mère et l’enfant, et dans ce cas devra-t-il, pour terminer l'accouchement, avoir recours au forceps ou à la version ?
Il est inutile de dire ici combien cette question du forceps et de la version dans les rétrécissements du bassin est une question épineuse et discutée. Nous n'avons pas la prétention de la résoudre. Encore une fois, dans notre travail, nous ne voulons étudier que quelques cas que nous avons vus.
Dans un premier chapitre nous nous demandons si on pourrait se baser, pour faire un choix entre le forceps et la version, sur ce qui a été dit théoriquement et fait expérimentalement par les partisans de l’une ou l’autre opération. Nous constatons que la chose est impossible.
La statistique peut-elle résoudre la question, c’est-à-dire nous faire préférer la version au forceps ou réciproquement ? Pour répondre à cette question, nous nous sommes mis à étudier les statistiques émanant d’un même accoucheur d’une même clinique, persuadé que les résultats ainsi obtenus devaient avoir, pour la question, une valeur supérieure à ceux obtenus avec des statistiques provenant de divers services. :
Aussi avons-nous fait des recherches, en premier lieu, dans les registres de la Clinique de Montpellier depuis une dizaine d'années, c’est-à-dire depuis que M. le professeur Grynfeltt est chef de service. Nous n'avons rencontré qu'un nombre très restreint de cas : le bassin des femmes de l'Hérault serait, paraît-il, bien conformé.
Nous avons alors porté nos recherches sur les deux plus grandes statistiques qui ont paru dans ces dernières années: celle de Stanesco (416 cas) et celle de Rigaud (306 cas). Cette étude nous a montré que la statistique aussi bien que la théorie étaient impuissantes à nous tracer une ligne de conduite-dans les bassins rétrécis.
Mais si la statistique ne nous a rien appris quant au choix que nous devions faire entre le forceps ou la version, elle nous à appris du moins que, dansune multitude de cas, l’accouchement même dans les bassins très rétrécis (8 c.) pouvait avoir lieu spontanément.
Dans un second chapitre, nous rapportons des cas cliniques (3 observations) où, la tête étant mobile au détroit supérieur, des versions terminaient l'accouchement alors que des applications préalables de forceps étaient incapables d’extraire l'enfant. Nous rapportons, en outre, dans ce même chapitre, trois autres observations où, la tête étant mobile au détroit supérieur, la version d'emblée a réussi à terminer l’accouchement.
Sur ces trois observations, l’une est vraiment remarquable: une mème femme dans un accouchement antérieur ne peut être délivrée, après plusieurs applications de forceps, que par la version (obs. I[T) qui ramène un enfant mort. L'année suivante, se présentant de nouveau à la Clinique, la version d'emblée {(obs. IV) donne à cette femme un enfant vivant.
Ces six cas ont été observés : un à la Clinique de Mont-
pellier, pendant que le docteur Vallois remplaçait M. le professeur Grynfeltt; quatre à la Clinique de Marseille. M. le docteur Lop, chef de clinique à l'Ecole supérieure de Marseille, a bien voulu nous permettre de les publier avant même d’en faire la communication au Congrès de Gynécologie et d'Obstétrique, qui aura lieu en octobre prochain. Enfin la sixième a été publiée par le docteur Budin, en mai 1897. Dans ce même chapitre, nous avons essayé, en dernier lieu, d'interpréter les causes qui avaient amené l’échec du forceps.
Dans un troisième et dernier chapitre, nous considérons des cas où la tête étant fixée, le forceps a donné d'excellents résultats. Après un résumé des différentes façons dont les auteurs appliquent le forceps au détroit supérieur, nous concluons à l'application oblique.
Suiventquatre observations. Deux sont dues à l’obligeance du docteur Vallois ; les deux autres ont été publiées par le docteur Budin. |
Pour terminer, nous essayons de tirer quelques conclusions sur l'emploi du forceps et de la version dans les bassins rétrécis.