DIFFICULTÉS ET ACCIDENTS DE LA TAILLE PÉRINÉALE
Au début de ce paragraphe, nous nous permettrons de faire remarquer que tout ce que nous allons dire s’applique à tous les procédés de taille périnéale, tout aussi bien à la taille latéralisée qu’à la taille bimédiane et qu’à la taille prérectale, etc.
L'enfance est pour l’opérateur une source de difficultés. Les différents organes qui se trouvent dans la région péri-
,— 31 — néale sont minces-et friables : les connexions cellulaires sont formées par un tissu très lache et très peu résistant. De ces faits anatomiques résultent deux causes de difficultés et de dangers.
1° Perforation de l’urèthre par le cathéter. —Chez l'enfant, le moindre effort suffit quelquefois pour perforer l’urèthre et faire pénétrer le cathéter sous la vessie. Le tissu cellulaire lache qui se trouve entre le rectum et la vessie permettant au conducteur une certaine motilité, le chirurgien peut croire alors qu'il se trouve dans la vessie. Cet accident est assez fréquent. Si l’erreur est commise, si elle n’est pas reconnue à temps, l'opération ne peut être achevée et la mort arrive bientôt, cette fausse manœuvre occasionnant de nombreux dégâts. Le seul moyen d'éviter pareil accident, c’est de n'opérer que lorsqu'on a perçu nettement le contact et le choc de la pierre.
2° Rupture de la portion membraneuse: de l’urèthre. — Cet accident se produit quand l’opérateur, retenu par la crainte de trop inciser, ne fait à la vessie et à la prostate qu’une plaie insuffisante pour recevoir l'extrémité du doigt; c’est en vain alors que le chirurgien cherche à pénétrer, il ne fait que soulever et chasser devant lui la prostate et le col de la vessie, tiraillant ainsi la portion membraneuse qui finit par se rompre.
Murray Humphrey (The Lancet, 23 août 1864) signale une fausse manœuvre due également à l'insuffisance de l’incision. Ne pouvant pénétrer dans lurèthre, le doigt glisse dans le tissu cellulaire intervésico-rectal. Là, le chirurgien croyant être dans la vessie,introduit les tenettes pour extraire la pierre qui est recouverte par la paroi vésicale.
Sir William Fergusson (The lancet, 2 juillet 1864) nous
apprend que la rupture de l’urèthre a également lieu lorsque le ehirurgien incise à deux ou trois reprises le canal pour pouvoir faire pénétrer convenablement son bistouri dans la cannelure du cathéter: l’urèthre étant ainsi divisé, si l’on est obligé de faire le moindre effort pour y introduire le doigt, on comprend qu’il se rompra facilement.
On peut blesser le rectum soit en faisant la première incision dans la méthode prérectale, soit en retirant le bistouri de la taille bilatérale. Si la plaie est grande, on aura à soigner plus tard une fistule recto-vésicale.
Comme accidents, on a encore à craindre l’hémorrhagie secondaire, la rétention ou l’incontinence d'urine, la persistance d’une fistule urinaire, la stérilité par suite de la rupture des canaux éjaculateurs, l’urémie, la gangrène des bords de la plaie lorsque le calcul étant très volumineux, l'extraction a été difficile, etc. Hâtons-nous cependant de déclarer que tous ces accidents sont plus fréquents chez l’adulte que chez lenfant.
TAILLE HYPOGASTRIQUE
Malgré les travaux de Deschamps, de Belmas, de Souberbielle, de Baudens et d’Amussat, malgré ceux encore plus importants de Günther en Allemagne et de Dulles en Amérique, la taille hypogastrique eut peu de partisans en France. Elle ne devait prendre définitivement rang parmi les méthodes de taille qu'après la découverte de l’antisepsie chirurgicale etles modifications heureuses quesubit en ce moment son manuel opératoire.
Tout récemment, nous voyons d’éminents chirurgiens la préconiser ardemment surtout chez les enfants. C’est ainsi que le professeur L.-C, Van Goudæver, d’Utrecht, dans une communication au Congrès scientifique international des
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Sciences médicales à Amsterdam (1879), sur les avantages opératoires que présente la lithotomie sus-pubienne, arrive à la conclusion suivante :
«Chez les enfants, la lithotomie sus-pubienne doit être préférée à toute autre méthode.»
Fleury, de Clermont-Ferrand, dans une commuuication à la Société de chirurgie, pense qu'il est préférable de pratiquer la taille sus-pubienne chez les garçons dans les cas de calculs volumineux. Avec la taille périnéale, en effet, l’extraction de la pierre devient très difficile : la pression que le chirurgien est obligé d’exercer sur les bords de la plaie en déterminent généralement la gangrène consécutive (Bulletin de la Société de Chirurgie 1883).
Le 14 mars 1883, Charles Monod dépose sur le bureau de la Société de Chirurgie une observation de taille hypogastrique pratiquée avec succès sur un eufant de 8 ans, par Vittorio de Semo, de Corfou. Quelques mois après, le 5 décembre 1883, il lit à la même Société un rapport sur 4 tailles sus-pubiennes ayant réussi toutes quatre. Dans le premier cas, le jeune calculeux avait 5 ans, dans le deuxième 18 ans, dans le troisième 16 ans, et dans le quatrième 7 ans. En présence de ces résultats, Monod, partisan de la taille hypogastrique chez les adultes, propose que l’on étudie spécialement la question chez les enfants. Quelques séances après, il lit lui-même un rapport à ce sujet, qui conclut que la taille hypogastrique chez les enfants est une excellente opération. Nous parlerons du reste plus tard de ce rapport dans notre chapitre IV. |