‹ Quelques considérations sur le cancroide des cicatricesChapitre 10 sur 12 · SIXIÈME ET SEPTIÈME OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

SIXIÈME ET SEPTIÈME OBSERVATIONS

(publiées par ï Union médicale , t. XVII, p. 111).

Un homme avait un ulcère de la jambe, survenu à la suite d’une plaie et datant de 1813. Cet ulcère se ferma en 1821 et la guérison se maintint jusqu’en 1858 ; depuis il s’est ouvert et fermé deux ou trois fois. Dans ces dernières années, il s’était couvert de végétations fongueuses, offrant ça et là des cavités remplies de matière caséeuse qui,

en sortant, présentait complètement l’aspect de la matière sébacée. Ces ouvertures étaient inégales : les unes avaient un demi-centimètre de diamètre, étaient arrondies; les autres, plus petites, aplaties, donnaient à la matière une forme rubannée. A l’origine de ce mal, M. Broca n’eut pas d’inquiétudes, parce que l’observation d’un cas semblable lui avait démontré qu’il n’y avait pas d’accidents à redouter. Il savait aussi que la matière blanchâtre était de l’épithélium produit dans les anfractuosités. Cependant l’affeclion ne tarda pas à s’aggraver : le tibia devint malade, se perfora et des trous faisaient communiquer le canal médullaire avec l’extérieur. Ces trous ressemblaient à de petites couronnes de trépan. En cinq ou six semaines, le tibia était détruit presque en entier dans son quart inférieur. Dans toute l’étendue de l’ulcère il y avait des foyers d’épithélium ; il y en avait aussi dans le tibia, dans le périoste, de sorte que ces foyers pouvaient être pris pour des masses tuberculeuses ou cancéreuses.

Un homme de soixante-sept ans, contre-maître dans une filature, fut, à l’âge de dix-huit, ans affecté d’une arthrite rhumatismale, suivie d’ankylose de l’articulation coxo-fémorale. U y a trente ans, il se fit à la malléole interne de la jambe gauche une petite écorchure, qui s’ulcéra. Pendant les dix années qui suivirent, l’ulcère s’ouvrit et se cicatrisa alternativement tous les deux ou trois mois : le malade avait des varices. Depuis vingt-trois ans, l’ulcère ne s’est pas fermé; il a été à plusieurs reprises le point de départ d’érysipèles ; alors apparut dans l’aine la pléiade ganglionnaire qui existe actuellement et qui est restée stationnaire ; jamais les ganglions inguinaux n’ont été douloureux, jamais ils n’ont suppuré. U y a quatre ans, la surface de l’ulcère bourgeonna, et par la pression on faisait sourdre de toute la surface ulcérée de petits cylindres d épithélium.

Plusieurs fois Desprès avait abrasé cette surface et pratiqué des cautérisations. La suppuration était très-abondante et très-fétide à cause de l’épithélium qui se putréfiait. Quelques hémorrhagies s’étaient manifestées et avaient été arrêtées par le chlorure de zinc. Il s’était formé

dans les bourgeons charnus un petit anévrysme caractérisé par des battements et qui fut détruit par la cautérisation. A la suite de ces traitements, la surface ulcérée avait pris un meilleur aspect, la cicatrice avait marché, et l’ulcère était devenu simple.

En 1862, ce malade revint à l’infirmerie dans le mois de septembre. La maladie avait reparu, et Jamain, qui faisait le service, voyant qu’il était très-affaibli, lui avait proposé l’amputation, qui fut refusée. Quand M. Broca reprit le service, il fit la même proposition, qui reçut le même refus. Alors il fit une nouvelle application de chlorure de zinc, mais déjà le tibia était dénudé dans une assez grande étendue, et quelques jours plus tard il survint de la gangrène. L’amputation fut encore proposée et cette fois acceptée.

Le tibia était ramolli dans le bas de la jambe: l’articulation était ankylosée. L’ulcère était constitué par une sorte de gazon touffu et entourait toute la partie inférieure de la jambe.

Vu par le président de la thèse Strasbourg, le 27 décembre 1867.

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