‹ Quelques considérations sur le cœur des tuberculeux et des cancéreuxChapitre 13 sur 17 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

(BARRABÉ)

Phthisie pulmonaire. — Péricardile. — Symphyse cardiaque. — Dégénéresence gruisseuse.

Bordier François, âgé de 33 ans, est entré à l'hôpital Lariboisière le 9 mars 1878, dans le service de M. Ollivier, salle Sant-Henri, N° 15.

Bonne santé jusqu'en 1870. À partir de cette époque, il commença à maigrir et à perdre ses forces.

Il y à deux ans et demi, à la suite d’une quinte de toux, il eut une hémoptysie assez abondante et fut obligé de s’alhter. La toux persista ; il eut de la fièvre le soir, des sueurs nocturnes, et se soigna chez lui pendant huit mois. Alors, à bout de ressources, il se fit admettre à l'hôpital de la Pitié, dans le service de M. le docteur Gombaud, où il fit un séjour de dix mois. Pendant ce séjour à la Pitié, une tumeur de la grosseur d’une mandarine était apparue à l’union du cinquième cartilage costal droit avec le sternum ; une incision fut faite avec le bistouri et donna issue à une quantité énorme de pus; depuis lors il n’y à jamais eu cicatrisation.

Ii y a trois semaines, le malade dit avoir eu de l’œdème des membres inférieurs ; enfin, son état s’aggravant, il se décide de nouveau à entrer à l'hôpital.

Etat actuel (10 mars). Le malade est pâle et considérablement amaigri ; pas d'œdème des membres inférieurs.

Thorax. — Percussion: matité dans le quart supérieur du poumon droit au niveau des régions sus et sous-épineuses, sus et sous-claviculaires. Matité dans presque toute la hauteur du poumon gauche.

Auscultation : Respiration soufflante et craquements au

sommet du poumon gauche ; quelques frottements à sa base.

LAN AE Au sommet du poumon droit, souffle lacunaire, craquements, pectoriloquie.

Cœur. — Matité cardiaque non limitable, point de soulèvement d’un espace intercostal dû au choc de la pointe ; c’est à peine si on la sent dans le cinquième espace. Les bruits du cœur sont faibles, sourds ; quelques irrégularités, mais pas de bruits anormaux.

Le pouls est petit, dépressible, irrégulier.

20 mars. Accès de suffocation.

22 mars. Le malade est constamment assis dans son lit et nous dit avoir des battements de cœur. L'examen de la région précordiale ne fournit rien d’appréciable ; cependant à l’auscultation, c’est à peine si on entend les battements du cœur.

3 avril. Les lèvres et les ongles sont légèrement cyanosés. Le malade va à la garde-robe 8 à 10 fois par jour. Le pouls est si petit qu'on peut difficilement le compter.

7 avril. Le malade meurt dans la soirée.

AuToPsiE. — Faite le 9 avril à 8 heures du matin.

À l'ouverture du thorax, on constate la présence d’adhérences solides avec la face postérieure des 4°, 5° et 6° côtes droites. Pas de liquide dans les plèvres.

Poumon droil. — Poids 900 grammes. Adhérences très fortes au sommet et dans toute l’étendue de la face postérieure. Au sommet, on constate l'existence d'une caverne pouvant contenir un œuf de pigeon, puis, à environ 3 centimètres au dessous et près du bord postérieur,une autre petite caverne du volume d'une cerise. La moitié supérieure du poumon est farcie de tubercules.

Poumon gauche. — Poids 420 grammes. Sommet adhérent. Adhérences très-fortes en arrière latéralement et en bas avec le diaphragme. La plèvre très épaissie ne peut être séparée du tissu pulmonaire sans déchirer ce dernier. Au sommet du poumon, pneumonie scléreuse ; deux cavernules et une ca-

= 49 verne du volume d’une noix occupent le quart supérieur. Infiltration tuberculeuse du reste du poumon. À la coupe, on rencontre quelques tubercules crétacés.

Ganglions bronchiques hypertrophiés et contenant des tubercules.

Cœur. — La plèvre et le péricarde sont unis par des adhérences tellement intimes au niveau du bord gauche du cœur qu'il est difficile de les séparer.

Les deux feuillets du péricarde sont adhérents; il n’y a plus de cavité péricardique.

Les adhérences se détachent facilement en certains points, dans d’autres on est obligé de les disséquer.

Sur la face antérieure du cœur, au niveau du ventricule droit, on constate la présence de quatre plaques blanchâtres assez dures, se détachant assez difficilement et présentant de un demi à un centimètre de longueur dans leur plus grand diamètre ; elles correspondent à des plaques semblables fixées sur le péricarde, et c'est seulement par la dissection qu’elles ont été séparées. Sur le ventricule gauche et à un centimètre du sillon interventriculaire se voit une autre fausse membrane, mais très-petite. À la face postérieure, au niveau de la partie moyenne du bord gauche, il existe également une plaque présentant un centimètre et demi dans son plus grand diamètre, puis deux autres petites plaques à la base du ventricule droit. La face antérieure de cœur est recouverte d’une légère cou- ‘che de graisse.

De l'examen de M. Chambard au Collége de France, il résulte que ces plaques sont des plaques formées de tissu fibreux ; elle ne contiennent point de granulations tuberculeuses ; de plus la fibre cardiaque à subi la dégénérescence graisseuse.

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