‹ Quelques considérations sur le cœur des tuberculeux et des cancéreuxChapitre 4 sur 17 · ATROPHIE · texte numérisé non relu

ATROPHIE

L'existence de l’atrophie du cœur chez les tuberculeux a d’abord été notée par Laënnec. « Chez les phthisiques, le cœur est presque toujours remarquable par sa petitesse et la fermeté de son tissu (1). »

Bizot, en comparant le cœur des phthisiques à celui de sujets indemnes de cette affection, arriva à cette conclusion que les phthisiques ont le cœur plus petit que celui des autres malades (2).

Sur 112 sujets morts phthisiques, Louis a trouvé trois fois seulement le cœur augmenté de volume. Chez tous les autres, il avait conservé la moitié ou les deux tiers à peine de son volume normal. Il ajoute que c’est là un fait commun dans les autres maladies chroniques, surtout dans le cancer (3).

(1) Laennec. — Traité de l'auscultation médiate. T. IT, p. 63. (2) Bizor. — Recherches sur le cœur et le système artériel chez l'homme. Mém. de la Soc. méd. d’obs. T. I. 1837.

(3) Louis. — Recherches an. path. et thérap. sur la phthisie, 1843.

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Peacock a pesé comparativement le cœur de sujets phthisiques et de sujets sains, ayant un cœur normal; chez les premiers, il a toujours trouvé une diminution de 3 à 13 grammes (L):

Bouillaud et Bertin considèrent la phthisie comme l'affection chronique la plus apte à produire l’atrophie du cœur (2).

Grisolle est aussi affirmatif que les auteurs précédents. D'après lui, la phthisie s'accompagne d’un amaigrissement général des muscles, et le cœur n'échappe pas à cet amaigrissement ; il est petit, atrophié (3).

Stokes (4) a également noté une atrophie très manifeste et très accusée du cœur dans la phthisie.

Beaucoup d’autres auteurs, plus rapprochés de nous, affirment que, dans la phthisie, l’altération du cœur le plus fré- ‘quemment observé est l’atrophie.

Nous citerons particulièrement Gouraud (5), Constantin Paul (6), etc.

D’autres auteurs sont opposés à cette manière de voir, et pensent que la phthisie produit aussi bien la dilatation des cavités droites que l’atrophie de l’organe central de la circulation. Tels sont Sénac (7), Portal (8), Jaccoud, Bristow (The

(1) Peacock. — « On the weight and dimensions of the heart in health and diseases. » Monthly-Journal, 1854.

(2) Bouizcaun. — Cl. méd. de la Charité, 1837.

(3) GRISOLLE. — Rapport de la tuberculisation avec les maladies du cœur. Arch. gén. de méd. T, II, 1854. |

(4) Srores. — Traité des maladies du cœur. Trad. de Senac. 1864.

(5) GourauD. — De l'influence pathogénique des maladies pulmonaires sur le cœur droit. Th. de Paris, 1865.

(6) G. Pau. — Diagnostic et traitement des maladies du cœur, 1883.

(7) Sénac. — Traité de la structure du cœur, 1749.

(8) Observations sur la nature et le traitement de la phthisie pulmonaire,

PMUTE

theory and practice of medicinæ, 1876); Brun-Bourdaux (Thèse de Paris, 1877) ; Bard (Thèse de Lyon, 1879) ; Barrabé (Thèse de Paris, 1878); Decroix (Thèse de Paris, 1880); Rowlat (Thèse de Paris, 1881).

Si cependant l’on examine attentivement ces diverses publications, on voit que tous les auteurs, sans exception, reconnaissent que souvent, le plus souvent même pour quelques-uns, la phthisie amène l’atrophie du cœur.

Avant d'aller plus loin dans cette étude, il nous paraît nécessaire de rappeler les dimensions etle poids normaux du cœur chez l'adulte et chez le vieillard.

D'après Bizot, qui s’est livré à de nombreuses recherches sur ce sujet, les dimensions varient avec l’âge, le sexe, la taille des individus. Ainsi, le cœur augmente de largeur et de longueur chez la femme, depuis l’enfance jusqu'à un âge indéterminé. Il en est de même de l'épaisseur, sauf une exception chez la femme, dont le cœur présente, de seize à vingtneuf ans, une épaisseur légèrement supérieure à celle qu’on observe de cinquante à quatre-vingt-neuf ans.

Le cœur de l’hommeest plus gras que celui de la femme de même âge.

« Jlrésulte de cette augmentation illimitée du volume du cœur, que la comparaison que l’on en a faite à celui du poing du sujet, en supposant (ce qui n’est point prouvé) qu’elle soit exacte à une époque de la vie, ne peut plus l'être une fois que le squelette a acquis tout son développement ; car le cœur continuant à s’accroître, ses dimensions s’éloignent toujours davantage du terme de comparaison. Si donc à trente ans le cœur doit avoir le volume du poing du sujet, à soixante, 1] doit être plus volumineux, sous peine d’être dans une condition anormale.

» La vieillesse est, dans les deux sexes, l’époque de la vie à laquelle le cœur offre le volume le plus considérable. Il est

on donc, absolument parlant, plus volumineux à cette époque; mais il l’est aussi relativement au reste du corps, s’ilest vrai, comme on le dit, que le corps s’affaisse et diminue dans la dernière période de l'existence. » (1)

Le volume du cœur est un peu moindre chez les sujets de grande taille que chez ceux d’une petite stature.

Le ventricule droit est plus large et plus long que le gauche ; sa capacité est, à tous les âges, plus considérable que celle du ventricule gauche.

De son côté, Bouillaud donne, comme dimensions et poids moyens, les chiffres suivants, pendant l’âge moyen de la vie :

POSER PEAR EEE RENT 250 à 280 grammes.

Circonférencé alla bases cent 98 millim.

Longueur ME Rem certe tee 107 Épaisseur GATE RENE 52 Épaisseur du ventricule gauche......... 15 à 16 millim. — du ventricule droit ............. 6 — de l'oreillette gauche........:. 3 — de l'oreillette droite. ........... D

Engel (2) est arrivé aux résultats suivants : à l’état normal, le ventricule gauche pèse 197 grammes, le ventricule droit

60 grammes 9, le rapport du second au premier de ces poids

étant ne Chez le vieillard, les ventricules s’atrophient, surtout le droit, en sorte que leurs poids deviendraient : pour

le ventricule droit, 41 grammes 3 ; pour le ventricule gauche,

112 gr. 6. Le rapport deviendrait donc =. Pour le même au-

teur, dans la tuberculose, il y à atrophie du ventricule gauche et hypertrophie du ventricule droit, en sorte que le poids total demeure à peu près normal.

(1) Bizot. — Loc. cit.

(2) Encez. Wien. med. Wochenschr, 1863-1864.

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M. Sappey, après avoir indiqué les résultats des recherches de Bouillaud, s'exprime ainsi au sujet du poids :

« Chez l'homme, des recherches qui ont porté sur quatorze individus, âgés de 25 à 40 ans, m'ont démontré que le poids moyen du cœur, préalablement vidé de tout le sang qu'il contient, est de 266 grammes. Mais chez la femme, il serait seulement de 220 à 230, d'après les observations très précises de M: Blot. Ce poids varierait donc d’un sexe à l’autre, et la différence s'élèverait à 40 grammes environ...

» Ce poids, du reste, n’est nullement en rapport avec le volume. Il peut être même, dans certains cas, en raison inverse de celui-ci. C’est ce qui a lieu lorsque les parois du cœur s’amincissent et se dilatent; ainsi aminci et dilaté, il peut atteindre un volume considérable et offrir cependant un poids très ordinaire, ou même moins élevé.

» Quelquefois, au contraire, les parois augmentent d’épaisseur aux dépens des cavités, et le poids s’accroît notablement sans que le volume participe à cet accroissement d’une manière très sensible. » (1)

Plus récemment, Du Castel a consigné le résultat des recherches faites dans le service de M. le Professeur Potain sur le poids et la capacité du cœur normal. Du Castel a pris séparément le poids et la capacité des deux ventricules. Voici de quelle façon il opère : ‘

« Appareil. — Une planchette de 20 centimètres de côté, placée horizontalement, supporte à ses quatre angles quatre pinces à pression continue, suspendues par des fils de 15 centimètres de longueur ; son centre est percé d’un orifice, dans lequel est engagé un entonnoir muni à son extrémité d'un tube en caoutchouc fermé par une pince à pression coniinue.

(1) Sappey. — Anatomie descriptive. Tome 11, p. 466. 3° édit., 1876.

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» Préparation du cœur. — L’aorte est oblitérée par un bouchon introduit par le vaisseau même et qu'il est facile d’arrêter au niveau de l’orifice, où il vient butter contre les valvules. Une petite ouverture est pratiquée à la pointe du ventricule gauche et oblitérée provisoirement avec une érigne. L'oreiilette gauche est largement ouverte par une incision qui, rejoignant les orifices des artères pulmonaires, est prolongée en dehors sur la paroi auriculaire et en dedans sur la £loison inter-auriculaire jusqu’à la base de l'oreillette. Il est aussi utile de pratiquer à l’origine de la valve antérieure de la valvule mitrale une incision qui permette l'issue d'une petite quantité d'air, qui autrement reste emprisonné à l'origine de l'aorte.

» Le cœur étant ainsi préparé, on le suspend au-dessous de l’appareil, en saisissant les parois de l’oreillette gauche avec les pinces, qu’on dispose de telle façon que l’anneau de la valvule mitrale soit dans une position horizontale et se trouve au-dessous de l’entonnoir. (

» On fait alors écouler dans le ventricule l’eau dont on a eu soin de remplir l’entonnoir, en pressant sur la pince qui maintient celui-ci fermé ; on laisse l'écoulement se prolonger jusqu'à ce que l’eau vienne effleurer le niveau de l'orifice mitral. Il faut alors exercer avec le manche d’un scalpel une légère pression sur la valve antérieure de la mitrale ; on fait ainsi échapper queiques bulles d’air, qui, comme je l’ai dit, restent ordinairement emprisonnées à l’origine de l'aorte. L'issue de cet air amène un léger abaissement du niveau de l’eau dans le ventricule: on rétablit celui-ci en faisant encore écouler quelques gouttes de liquide de l’entonnoir.

» Quand le niveau est bien établi à la hauteur de l’anneau, on retire l'érigne qui fermait l'ouverture de la pointe du cœur, et on recueille dans un verre à expérience l’eau qui s'écoule par cet orifice : la quantité d’eau ainsi recueillie donne la capacité du ventricule gauche.

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