‹ Quelques considérations sur le myxome lipomateux de la cuisseChapitre 3 sur 18 · L. Clerc. i · texte numérisé non relu

L. Clerc. i

un aspect tacheté ou marbré avec une teinte plus jaunâtre qui peut, par places, passer au jaune blanchâtre franc : c’est le myxome lipomateux (1). »

En 1866, Després (2) fait des tumeurs des muscles le sujet de sa thèse d’agrégation, mais les quelques lignes qu’il consacre aux lipomes et aux tumenrs fibreuses ne sauraient avoir qu’un rapport éloigné avec la tumeur dont nous nous occupons.

Dans les cliniques de Gosselin (3), on trouve décrits en quelques pages les myxomes des membres auxquels cet auteur donne le nom de sarcomes mous ; mais il ne mentionne pas dans ces tumeurs l’association du tissu adipeux.

Lancereaux (4) admet que le myxome comporte des variétés assez nombreuses dont la principale est, d’après lui, le myxome lipomateux. Sa définition se rapproche beaucoup de celle qu’en avait donnée Virchow.

Dans le Dictionnaire encyclopédique (article myxome) Hénocque (5) reconnaît un assez grand nombre de variétés de myxomes, soit par des différences de texture, soit par la coexistence d’autres tissus. Il cite plusieurs espèces de tumeurs muqueuses mixtes, télangiectasiques, kystiques, sarcomateuses mais il n’accorde à ces diverses formes qu’une importance relative tandis que pour lui, le myxome lipomateux, au contraire, posséderait une physionomie plus caractéristique, une texture suffisamment définie

(1) Virchow. — Pathologie des tumeurs. Traduc, française, tome I, page 401.

(2) Després. — Des tumeurs des muscles , Paris, 1866.

(3) Gosselin. — Cliniques chirurgicales de la Charité , Paris, 1879.

(4) Lancereaux. — Traité d’anat. path. 1889.

(d) Dict. encydopéd. des sc. méd., 1876, art. Myxome.

et mériterait de prendre place dans le cadre nosologique des tumeurs.

Pour Cornil et Ranvier (1), il existe trois espèces principales de myxomes : le myxome pur, le myxome à fibres élastiques et le myxome lipomateux. D’après ces auteurs, comme pour Virchow et ses élèves, le lipome et le myxome sont des tumeurs très voisines ; aussi, rien d’étonnant à ce que l’on rencontre ces deux tissus fréquemment associés. Souvent même, les cellules adipeuses isolées ou groupées en îlots, sont si abondantes qu’on sera parfois embarrassé pour savoir si l’on a affaire à un myxome ou à un lipome.

Billroth (2) distingue seulement les lipomes mous et les lipomes fibreux. Le même auteur a décrit, dans la région supéro-interne de la cuisse, des tumeurs profondes, graisseuses, bien circonscrites, encapsulées et de gros volume ; ces productions morbides se rapprochent par là des tumeurs que nous étudions, mais seulement au point de vue clinique, car leur structure histologique ne relève que d’un seul tissu.

D'autre part, Rayneau (3), dans une thèse sur les tumeurs de la région supéro-interne de la cuisse, s’est attaché à décrire surtout le fibro-sarcome ; il signale rapidement les tumeurs graisseuses mais il ne fait mention ni du myxome ni du myxome lipomateux.

Dans les divers recueils scientifiques on trouve un assez grand nombre d’observations de conjonctivomes

(1) Cornil et Ranvier. — Manuel d’hist. path. tome I, 1881.

(2) Billroth et Winiwarter. — Path. et Thér. chirurg., 1887.

(3) Rayneau. — Contrib. à l’étude des tum. de la région supéro-int. de la cuisse. Th. de Paris, 1887.

mixtes ou simplement de tumeurs à un seul tissu qui se rapportent, du moins cliniquement, à notre étude ; tels sont les cas de fibro-lipomes, de myxo-sarcomes, de lipomes purs, profonds, sous-aponévrotiques d'un poids et d’un volume énormes, appendus à la racine de la cuisse.

Viennois (1) rappelle les cas remarquables de tumeurs graisseuses d’un gros volume enlevées par Petit, Chapart, A. Oooper, Gensoul, et l’observation célèbre de Velpeau qui fît l'ablation d’un lipome énorme du poids de 16 kilos et développé à la région supéro-interne de la cuisse chez un homme de cinquante-cinq ans. L’auteur ajoute une observation personnelle de tumeur graisseuse sous-aponévrotique, intermusculaire, de la même région, du poids de 6 kilos enlevée avec succès par M. Ollier. Nous rapportons nous-mêrne un cas du même genre observé dans le service du professeur Poncet.

En 1864 Fanno ( 2 ) publie l’observation d’une tumeur fibro-graisseuse énorme de la région fémorale, dont l’extirpation fut suivie de guérison. Il insiste sur la consistance inégale de la tumeur qui aurait pu faire hésiter sur sa véritable nature, si l’état général, le développe-

ment très lent, l’intégrité de la peau n’eussent écarté l’idée de tumeur maligne.

E. Monod (3), en 1866, et Feré (4), en 1882 rapportent deux cas intéressants de lipomes volumineux, développés l’un dans la gaine du vaste interne, l’autre dans celle du droit antérieur de la cuisse.

(1) Viennois. — Mémoires de la Soc. dessc.mêd. de Lyon, 1864-1865.

(2) Union médicale. Paris 1864.

(3) Bull. Soc.anat. Paris 1866.

(4) Progrès médical. Paris 1882.

Plus près de nous, mentionnons les cas de Bailly (1), de Dolbeau, de Panas, de Kœberlé qui enlevèrent d’énormes tumeurs graisseuses de la cuisse bien circonscrites, parfois pédiculées.

On pourrait augmenter facilement la liste de ces néoplasmes, mais énumérer toutes les observations publiées ayant trait à ce groupe de tumeurs, serait sortir du cadre de notre étude, car c’est seulement sous le rapport de leur aspect et de leur évolution cliniques quelles pourraient être comparées au myxo-lipome.

Enfin signalons encore, autour de notre sujet, les thèses de Sénac(2), de Ribet (3) et celles plus récentes de Chevallier (4) et de Malençon (5).

Quant au myxome lipomateux type tel que nous l’envisageons ici', la première observation de cette variété de néoplasme est mentionnée dans le Traité des tumeurs , de Virchow. Nous la rapportons plus loin ainsi que la suivante.

En 1876, M. A. Poncet présente à la Société des sciences médicales un lipome myxomateux de la cuisse du poids de 5 kilos, enlevé dans le service de la clinique chirurgicale par M. Valette.

Dans une leçon clinique faite à l’Hôtel-Dieu, en 1881, sur le myxo-lipome des membres, M. le professeur Poncet attire de nouveau l’attention sur ce genre de néoplasme : il insiste sur l’évolution, le siège profond sous-aponévro-

(1) Bull. Soc. anat. Paris 1886.

(2) Sénac. — Du lipome congénital , thèse de Paris, 1885.

(3) Ribet. — Les lipomes intr a-musculaires, thèse de Paris, 1886.

(4) Chevallier. — Etude sur le myxome, thèse de Paris 1891.

(5) Malençon. — Contrib. à l’étude des lipomes des muscles de la vie

de relation , thèse de Paris, 1895. /

tique de la tumeur, malgré la saillie qu’elle fait, et signale la gravité d’une intervention lorsque la masse a atteint un certain volume. Suivant M. Poncet, la gangrène serait la complication particulièrement redoutable après le traumatisme chirurgical.

En 1885 paraît la remarquable thèse de Rafin (1) inspirée par M. le professeur Pollosson. Dans ce travail l’auteur trace le tableau d’une variété diffuse du myxome des membres. Il s’agit d’une forme de tumeur d’allure spéciale, de gravité particulière finissant par exiger l’amputation du membre après des récidives multiples succédant à une extirpation locale.

A côté d’observations de myxomes purs diffus et de myxo-sarcomes, nous trouvons signalés deux cas de myxome lipomateux de la cuisse qui peuvent rentrer dans le cadre de notre étude.

Enfin terminons en mentionnant la leçon consacrée par M. le professeur Pollosson, en 1884, au myxome diffus des membres; plus tard, celle qui traite de l’intervention chirurgicale dans cette même variété de tumeur (; 2 ) et les diverses leçons cliniques faites sur le lipome myxomateux par M. le professeur Poucet.

Dans cet exposé historique sommaire, nous avons été souvent obligé de citer des cas qui ont trait soit au lipome ou au myxome purs, soit au myxo-sarcome. Maison comprendra aisément ce rapprochement, si l’on songe que nombre de ces tumeurs n’ont pas subi le contrôle histologique et qu’elles ont été publiées sous un titre basé sur

(1) Rafin. — Du myxome diffus du tissu cellulaire • des membres, thèse de Lyon 1885.

(2) Pollosson. — Leçons de clinique chirurgicale , Lyon 1893.

leurs seuls caractères macroscopiques. Nous avons tenu seulemeut à rassembler les travaux et les observations concernant des tumeurs relativement bénignes de la cuisse, dont les caractères cliniques semblent se rapporter à la variété que nous avons en vue, à savoir : une tumeur pouvant atteindre un volume énorme, appendue à la région supéro-interne du membre inférieur, tumeur sonvent circonscrite, parfois diffuse, à évolution bénigne, et justiciable d’une intervention telle que l’extirpation locale.

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