III. — Traitement 'palliatif
Lorsque le cancer, après s’être confiné quelque temps dans ' col, n a pas été enlevé, ou lorsqu’il a récidivé après opération,
et que, dans sa marche envahissante, la maladie s’est étendu soit au corps de l’utérus soit aux insertions vaginales, nous i j sommes plus d’avis d’intervenir radicalement. L’opération qu faudrait faire serait l’extirpation totale de l’utérus. Or, noi savons que les chances de mort de cette terrible opération so j trop nombreuses pour engager les patientes à s’y soumettre el j sacrifier ainsi la certitude de vivre pendant quelque temps e ! core. Mais il faut soulager leurs souffrances et instituer un tra i tement qui, sans leur faire courir de risques, prolongera le j existence. Ambroise Paré (1) conseillait déjà « d'user de cul palliative pour adoucir la fureur du chancre de la matrice séder la douleur afin d’empêcher les accidents. » Lors mêi | que ce traitement palliatif n’aurait qu’une efficacité douteux i il n’en est pas moins d’une grande importance pour relever : moral des malades et soutenir leur espérance.
Le traitement palliatif s’applique au cancer du corps au: j bien qu’au cancer du col devenu incurable.
Il se divise en deux espèces, le traitement palliatif chiru gical qui s’adresse à la tumeur elle-même, et le traitement pi liatif medical qui a pour but de combattre les accidents q celle-ci engendre.
1° Traitement chirurgical. Deux cas peuvent se présente ! tantôt le cancer affecte la forme végétante, tantôt la forme i céreuse.
Lorsqu’il existe un champignon fongueux, occasionnant d (f hémorrhagies et des écoulements fétides, la première chose jj faire est d’en pratiquer l’excision. C’est surtout dans, ces c constances, où l’on est obligé de couper au milieu de tiss malades, quelquefois très vasculaires, qu’il faut rejeter l’exérè avec 1 instrument tranchant et l’écraseur linéaire, pour évi une perte de sang qui pourrait être très grave. L’anse galvj nique est spécialement indiquée, en raison de la sécurité qu’e
donne contre l’hémorrhagie.
Mais la section du col avec les végétations qui en naisse>|
. (1) Œuvres d’A. Paré, édit, de Mulgaigtie, p. 368, (. I.
n est qu une opération préliminaire. Si on se bornait à elle, le moignon se mettrait aussitôt à proliférer et les mêmes accidents se reproduiraient. Il faut donc modifier la base d'implantation, detimie les tissus fongueux qui se cachent dans la cavité utérine par un ou plusieurs actes opératoires, exécutés dans la meme seance ou dans des séances successives.
Pour ces opérations complémentaires, on peut employer la cuiette de Recamier, remise en honneur dans ces derniers temps par le docteur Cervis, sous la nom de traitement pat érosion (1).. Tous les tissus malades sont raclés et enlevés par la curette jusqu'à ce qu’on soit arrivé aux tissus sains qui, étant plus durs, résistent au raclage. C’est absolument le procédé de Recamier ; seulement, après le raclage, Cervis cautérise les parties saignantes avec un bourdonnet de charpie impi ee de nitrate acide de mercure, qu’il laisse en place et qu’il maintient exactement eu position avec des tampons de ouate. Il a opéré par ce moyen 22 femmes atteintes d’épithéiioma, mais ans un cas il a eu une pelvi-péritonite consécutive.
Le curage est une opération très sanglante, qui nécessite la hloroformisatiou et souvent l’abaissement artificiel de l’utérus, lest dangereux et absolument contre-indiqué lorsque les femmes ont affaiblies par la cachexie et des pertes de sang antérieures.
1 va même à l’encontre du but qu’on se propose dans ces cas lésespérés, qui est défaire une opération innocente et exsangue. Sous ce rapport, j’ai beaucoup plus de confiance dans
'emploi du thermo-cautère ou dans l’application de flèches de ^anquoin.
Dans le traitement palliatif, plus encore que dans le traite nent curatif du cancer utérin, les cautérisations avec les flèches le chlorure de zinc m’ont donné de bons résultats. Cette mébode, qui a été employée par son inventeur, Canquoin (1838), >ar Bonnet, de Lyon, par Demarquay, etc., m’a toujours paru ,u moins sans danger. On a reproché au chlorure de zinc de couler dans le vagin et d’y produire des eschares. Ce reproche
(1) St-Thomcis’s hosp. Repor. IX, p. 1, 1878.
serait très fondé si on employait le chlorure de zinc à PéL pur ; il deviendrait bientôt déliquescent et se répandrait sur le parties qu’on ne veut pas atteindre. Mais, incorporé à la farir des fléchés de Canquoin, il agit dans le lieu même où l’on ir troduit celles-ci, et, quand on a la précaution de préserver h parties saines de la muqueuse vaginale avec du coton ou de charpie, de mainenir les flèches avec un tamponnement léger de recommander aux patients le décubitus dorsal pendant que. ques heures, on n’a pas à regretter une extension trop grande c la cautérisation. Quant à la douleur qui accompagne l’actic des flèches de Canquoin, elle est variable suivant les sujets, e dans tous les cas, peut être atténuée par l’administration d II narcotiques.
Dans le cas d’un ulcère rongeant cratériforme, sans fongife sités végétantes, le traitement chirurgical se borne à détrui || les surfaces ulcérées avec la curette, avec le cautère actuel c avec des caustiques potentiels énergiques, parmi lesquels noi recommandons surtout le chlorure de zinc. Quelquefois le ci rage, le fer rouge et les caustiques employés successivement c combinés ensemble rendent des services signalés.
Pour montrer l’utilité du traitement palliatif je choisis, parr beaucoup d’autres, les deux faits suivants :
Observation Y.
Le 1er mai 1882, on apporte à la Pitié, salle Gerdy, n° i, u femme, Marie M..., âgée de 69 ans. Cette femme a des pertes de sai très abondants et des écoulements très fétides. Elle garde le lit depu plusieurs semaines et on a été obligé de l’amener à l'hôpital sur i brancard.
Je constate un énorme épithélioma végétant, implantésur le col remplissant tout le vagin. La malade est anémique et très faible. E a une teinte cachectique de la peau. L’inappétence est complète.
Le 4 mai. Sans chloroformisation, amputation, avec l’anse galv nique, du champignon cancéreux au niveau du col. L’opération c rapide et très peu douloureuse. L’écoulement de sang que provoqu;
le moindre attouchement de la production cancéreuse, s’arrête complètement.
L examen au spéculum montre le point d’implantation de la tumeur J’y enfonce immédiatement deux flèches de Ganquoin, que je maintiens avec plusieurs tampons de charpie portant un fil qui sort par la vulve.
La malade est reportée sur son lit, où elle garde l’immobitité couchée sur le dos.
Le 5. Aucune réaction fébrile. Les tampons sont enlevés. Injections vaginales phéniquées. Point d’écoulement sanguin.
Le 7. Application de 2 nouvelles flèches dans le col. La malade mange et ses forces reviennent.
Le 8. Il n’y a plus d’écoulement sanguin ni d’écoulement fétide. Il ny a plus de douleurs dans le ventre.
Le 10. La malade se sent guérie et veut absolument sortir de l’hôpital. Alors que dix jours auparavant elle était apportée dans le service sur un brancard presque mourante, elle retourna chez elle à pied.
Sans partager l’illusion de cette femme qui se croit guérie, on ne saurait nier qu’elle a retiré un grand bénéfice de l’intervention chirurgicale palliative.
Observation VI.
Delphine h ..., âgée de 33 ans, entre à la Pitié, le 10 mars 1882, salle Jerdy n° 18.
Cette femme est accouchée depuis quatre mois et nourrit son enant, qui est assez bien portant. Depuis quelques semaines, elle a des louleurs dans le bas-ventre et des pertes rosées fétides; elle ne mange presque pins, maigrit, s’affaiblit de jour en jour et son lait se arit. Cette circonstance la désole, parce qu’elle entrevoit le moment »ù elle ne pourra plus nourrir son enfant, même en s’aidant du bibeon. La peau a une teinte jaune pâle.
Le toucher vaginal me fait reconnaître un champignon cancroïdal, ,ros comme une mandarine, sortant par l’orifice du col dont la parie droite est confondue avec la tumeur. Le corps de l’utérus est volumineux et douloureux à la pression. Le mal a certainement envahi la avité du corps.
Cette femme ignore si elle portait cette maladie avaut ou même endant sa grossesse. Elle dit que son accouchement a été naturel.
Le 14 mars Ablation de la tumeur et de la portion du col qui la sup-s porte avec l’anse galvanique sans chloroformisation. L’operation présente cette particularité de provoquer des cris de douleur; mais cette douleur cesse après la section. Pour ne pas la faire reparaître, je m’abstiens de faire l’examen immédiat avec le spéculum et de p acer des flèches caustiques. La malade est reportée à son lit. Injections
phéniquées. Cataplasmes sur le ventie.
Le 17, Examen au spéculum. Au centre et à droite du fond u vagin une masse de fongosités, assez molles et saignantes, remplisses une sorte de cratère formé par les débris du col. J’enfonce quatr flèches de Canquoin longues de trois centimètres dans les tissus ma lades. Je préserve les culs-de-sac en plaçant de la charpie dans leu cavité, puis je maintiens le tout avec trois ou quatre tampons d coton. Cataplasmes laudanisés sur le ventre. Quelques douleur
dans le bas-ventre pendant trois heures.
Le lendemain, les tampons sont ôtés. Injections phéniquées qi
l’on continue les jours suivants.
Le 25. Les eschares étant éliminées, nouvelle application (
flèches caustiques. .
Les jours suivants, je fais encore, à trois ou quatre jours d inte
valle, trois cautérisations intra-utérines avec les flèches de Canquoi Le 20 avril. Le col est complètement détruit. Le fond du vagin e| froncé autour d’un orifice, d’où il ne sort plus ni sang, ni liqui; fétide. Delphine F... a repris de l’embonpoint et des forces. Elle souffre plus. Son lait est redevenu abondant. Elle sort de 1 hopij avec la conviction qu’elle est guérie et avec l’extrême satisfaction pouvoir allaiter son enfant jusqu au bout.
2° Traitement médical . — Certains cancers de 1 utérus comportent aucune intervention chirurgicale; d autres fo Fintervention chirurgicale a été épuisée et sa répétition devid drait nuisible. On n’a plus alors d’autre ressource que le tri
tement médical, sur lequel je serai bref. j
Les principaux accidents à combattre sont la douleur , la t
tidité et Y hémorrhagie.
Contre la douleur , on a l’opium sous toutes ses formes! applications sur le ventre, en injections vaginales, en injeçtil de chlorhydrate de morphine sous la peau ou dans le
meme de 1 utérus ; l’extrait de belladone porté sur le col avec un tampon ; le chloral, en injections et en lavements ; en un mot toute la série des narcotiques administrés à l’extérieur et à intérieur. Le rôle du médecin sera de les varier selon les indications et selon les susceptibilités individuelles.
La fétidité des écoulements vaginaux est le plus terrible tourment des malades, celui dont elles désirent le plus ardemment etre debarrassées. On peut user de deux moyens qui sont les lavages et des pansements.
Les lavages se font en injectant deux ou trois fois par jour laus le vagin une solution désinfectante d’acide phénique d’a- :ide salycilique, d’hydrate de chloral, de chlorure de chaux, de I permanganate de potasse, etc. J’emploie souvent une solution le chlorure de zinc (4 parties de chlorure de zinc pour 10 alcool 1 100 eau) parfumée avec l’addition d’un peu d’essence de thym 1 eau de Lavande ou d’eau de Cologne.
Après les injections, il est toujours fort utile de panser la laie cancéreuse avec de la poudre d’iodoforme, ou d’appliquer ur elle un tampon imbibée, soit d’une solution de chlorate de
ôtasse, soit d’une des solutions désinfectantes précédemment
Indiquées.
Quelquefois des attouchements de la plaie, renouvelés de imps en temPs> ayec un liquide caustique, tel que l’acide chrolique, une solution concentrée d’acide salycilique dans l’alcool,
I nitrate acide de mercure, le chlorure de zinc déliquescent’ |odiûent avantageusement les sécrétions fétides et donnent à 1 patiente quelques jours de tranquillité.
L hémorrhagie se montre principalement dans les formes vêlantes et fongueuses. En enlevant ces tumeurs avec l’anse d vainque ou en les détruisant avec le cautère actuel et partidièrement avec les flèches de chlorure de zinc, on tarit la >urce même de la perte de sang. Dans les cas où 1 hémorrhae vient d’un ulcère rongeant, on peut faire un tamponnement !U serr® avec des houlettes de charpie imbibée de perchlorure fei étendue d eau (au 8° ou au 10e). Mais ce tamponnement t assez douloureux et ne met guère à i’abri de l’hémorrhagie
que pendant la durée de son application. Je lui préféré de beau coup la pâle de Canguoin que je dispose à plat sur 1 ulcère el que je maintiens avec quelques boulettes de charpie ou de coton sans faire de tamponnement proprement dit. Avec ce moycr j’ai toujours pu maîtriser les pertes de sang et prévenir leu récidive au moins pour quelques jours.
Paris.. -Typ. A. PARENT, A. DAYY.
«uccr, vi e M'-le-P rince, 31.