DEUXIÈME PÉRIODE
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Pour compléter l’histoire du diagnostic de cette classe de maladies, nous croyons devoir présenter un tableau de tous les symptômes qu elles présentent dans leurs dernières périodes , alors que la maladie a envahi tous les tissus articulaires , et qu’il n’est plus possible de distinguer les signes pathognomoniques de chaque espèce. A cette époque de la maladie , on ne peut avoir quelques données certaines, qu’en examinant attentivement toutes les circonstances antécédentes relatives à sa cause , à la marche de l’affection , à l’intensité des symptômes , à l’ordre qu’elles auront suivi dans leur apparition, au tempérament du malade , etc.
Nous avons déjà dit que la marche de ces maladies était plus ou moins lente , selon le tissu affecté , et
que souvent elles restaient fort long-temps dans un état stationnaire. Dans bien des cas , c’est à la suite d’une lésion extérieure , comme un coup ou toute autre contusion, que les symptômes acquièrent une nouvelle recrudescence. Lesprogrès du mal marchent avec une rapidité étonnante. Alors, les douleurs deviennent très- vives , les mouvemens de plus en plus difficiles, et les malades ne peuvent goûter un seul instant de repos , que dans certaines positions du membre , telles que toutes les parties soient dans le plus grand relâchement possible. C’est ainsi , par exemple , qu’au coude, une demi-flexion de l’avantbras sur le bras est la position la plus favorable. D’une pareille situation long-temps continuée , il résulte évidemment la contraction permanente des muscles fléchisseurs , suivie de la roideur de leurs tendons : dès- lors , les mouvemens naturels de la jointure deviennent de plus en plus impossibles , quoiqu’il n’y ait pas cependant de véritable ankjlose.
À cette époque , le volume de la tumeur augmente de plus en plus , tantôt d’une manière régulière , tantôt cette augmentation de volume est plus sensible dans un point de la surface de la tumeur que dans l’autre. Les parties molles situées au-dessus et audessous de l’articulation, maigrissent et tombent dans un état complet d’atrophie (Cette circonstance pourrait faire penser que le volume de la tumeur est plus considérable qu’il ne l’est réellement ). La peau qui recouvre la tumeur devient tendue , luisante , sans
cependant présenter aucun signe d’inflammation ,J ni rougeur, ni chaleur, si ce n’est dans certaines circonstances , comme nous le dirons bientôt ( Ce phénomène a valu à ces affections la dénomination de tumeurs blanches). Les veines superficielles se dessinent sur la tumeur , et quand la maladie a fait de grands progrès , des dilatations variqueuses assez considérables se manifestent et au-dessus et au-dessous de l’articulation ; enfin , tout le membre ne tarde pas à s’engorger et à présenter tous les caractères de la tuméfaction œdémateuse , vu l’obstacle qu’éprouve la circulation lymphatique. Mais, de tous les caractères propres à nous faire reconnaître d’une manière sûre cette classe de maladies parvenues à ce dernier période , il en est un que nous pourrions appeler le symptôme par excellence, le symptôme pathognomonique des tumeurs blanches , qui a servi de base à la dénomination de fongus articulaire , par laquelle plusieurs auteurs ont désigné ces affections. Nous voulons parler de cette sensation de mollesse, d’élasticité que présente la tumeur quand on la comprime avec les doigts ; sensation qui résulte de la dégénérescence fongueuse à laquelle ont été convertis tous les tissus articulaires. En effet , à une époque avancée de la maladie , les ligamens , les fibro-carlilages, la synoviale, et surtout le tissu cellulaire environnant , etc. , ont été convertis en une substance homogène , pulpeuse, tantôt fongueuse , tantôt lardacée , d’une couleur , d’une consistance variables.
Dans un grand nombre de cas , les muscles , les nerfs , les vaisseaux eux-mêmes participent à cette dégénérescence organique; nous avons vu toutes ces parties , ayant perdu tous les caractères de leur organisation primitive , entièrement confondues entre elles et transformées en une masse d’une couleur brune , ayant la consistance du squirrhe.
Abcès par congestion. — Cependant , la peau qui avait semblé jusqu'alors devoir rester intacte au milieu d’une destruction générale des autres parties , ne tarde pas à devenir le siège de phénomènes morbides. A mesure que la suppuration s’empare des parties altérées, des collections purulentes se forment dans l’intérieur de l’articulation ; elles se font jour à travers les parties molles , se creusant des trajets fistuleux plus ou moins sinueux , plus ou moins étendus, et viennent se présenter à la surface de la tumeur. Des phénomènes inflammatoires annoncent leur présence ; la peau devient tendue , chaude , rouge , douloureuse ; des tumeurs dues à la collection du pus apparaissent sur divers points de l’articulation, et soit que la nature seule en ait opéré l’ouverture , soit que celle-ci soit confiée aux secours de l’art , il en sort, les premiers jours, une matière purulente , sanieuse , sanguinolente. Mais les caractères de cette matière ne tardent pas à changer. Quand les symptômes inflammatoires ont entièrement disparu , elle devient plus ténue , séreuse ; quand l’affection s’est emparée du tissu osseux , cette ma-
tière entraîne avec elle de ces petits flocons albumineux, qu’on a comparés, avons-nous dit , à du riz écrasé ou à du petit-lait mal clarifié ; il n’est pas rare de voir sortir de ces foyers purulens de la synovie pure , ou mêlée avec de la sérosité , enfin de petits fragmens osseux.
Dans ces ouvertures on n’observe pas toujours la même marche, la même manière d’être; elles présentent des phénomènes tout-à-fait différens dans un grand nombre de cas. Elles peuvent rester plus ou moins long-temps béantes , donnant issue à une matière dont les caractères , avons-nous dit , sont infiniment variables , ou se fermer après un court espace de temps , tandis que d’autres abcès se manifestent sur d’autres points de la tumeur. Ainsi , elles peuvent se cicatriser pour se rouvrir ensuite à plusieurs reprises ; mais , le plus souvent, ces fistules ne se ferment jamais , et donnent sans cesse lieu à une évacuation de pus, qui ne contribue pas peu à diminuer les forces du malade et à le conduire à une fin prochaine. C’est alors que des changemens notables et dangereux surviennent , non-seulement du côté de l’articulation , mais encore dans toute l’économie ; les fonctions principales éprouvent de graves dérangemens ; des abcès découle toujours une plus grande quantité de matière séreuse qui, naguères encore inodore, devient d’une odeur insupportable; la douleur locale augmente de plus en plus ; les chairs correspondant à l’orifice des trajets fistuleux , deviennent
pâles , blafardes , fongueuses , annonçant le délabrement des propriétés vitales ; le dégoût survient , et avec lui la perte d'appétit , de sommeil, eu un mot tous les phénomènes morbides , signes d’une désorganisation profonde de l’économie , et précurseurs d’une mort imminente, à moins qu’on n’ait recours à l’amputation , avant qu’ils aient acquis un tel degré d’intensité.
Suivant la cause qui a amené le développement de la maladie , on a divisé , avons-nous dit , les tumeurs blanches en deux grandes classes : 1° les rhumatismales ; 2° les scrophuleuses. Nous allons présenter le diagnostic différentiel de chacune de ces espèces.
1° La première espèce, c’est-à-dire, la tumeur blanche rhumatismale , se manifeste le plus souvent sur des individus qui ont passé l’âge de puberté , d’un tempérament robuste, pléthorique. La deuxième espèce , c’est-à-dire la tumeur blanche scrophuleuse, choisit ses victimes parmi les sujets d’une constitution faible , cacochyme , dont les propriétés vitales sont peu énergiques , comme les femmes et les enfans impubères.
2° La première espèce , suite ordinaire de plusieurs arthrites et surtout d’arthrites rhumatismales , a son siège dans les parties molles; la deuxième espèce n’est souvent précédée d’aucune cause apparente, et se fixe ordinairement dans les parties dures.
3° Dans l’une , la maladie présente , au début,
des symptômes inflammatoires très-prononcés : la douleur est vive , étendue ; l’engorgement se manifeste dès les premiers jours; clans l’autre, on rencontre les caractères tout-à-fait inverses.
4° Dans l’affection rhumatismale , les symptômes vont en diminuant , la maladie reste stationnaire , et ce n’est que bien long- temps après quelle reparaît avec quelque gravité; dans l’affection scrophuleuse., les symptômes vont en augmentant , la maladie ne semble jamais s’arrêter, et parvient , en peu de temps, à son dernier degré.
5° Dans celle-ci , présence de quelques autres symptômes scrophuleux ; dans celle-là , nuis indices de cette diathèse.
Pkonostic. — En jetant un coup-d’œil rapide sur toutes les considérations que nous avons présentées sur la nature des tumeurs blanches , il est clair que nous ne pourrons porter un jugement favorable sur de telles maladies. Que penser , en effet , d’une affection qui se termine le plus souvent par la mort , et qui, dans le plus petit nombre de cas , ne laisse d’autre espoir , pour sauver la vie des malades, que dans la mutilation ou dans la perte totale des fonctions de l’articulation affectée ?
Cependant, si l’on faitattentionque , dans plusieurs cas qui semblaient désespérés et ne laisser d’autre ressource que l’amputation , ou a vu les accidens diminuer tout à coup , et la maladie parvenir en peu de temps à une guérison parfaite ( avec ankylosé
toutefois ) , et que , dans d’autres cas où l’affection ne présentait aucun caractère de gravité , on a vu les symptômes marcher avec une prodigieuse rapidité , et amener, en peu de jours, la destruction complète des tissus articulaires, on ne saurait être assez réservé dans le pronostic de ces affections. Il est plusieurs circonstances qui peuvent influer sur le jugement que l’on doit porter des tumeurs blanches, et ces circonstances sont relatives à l’âge , au tempérament du malade , à la nature de la cause , au siège et à certaines périodes de la maladie.
Age. — Chez les sujets qui n’ont pas encore atteint l’âge de puberté , le pronostic est moins grave ; chez eux , en effet , on peut espérer qu’à cette époque de la vie (puberté) , où il s’opère dans toute l’économie un changement notable , les propriétés vitales de l’individu acquerront une énergie capable de neutraliser l'influence du vice interne, et de rétablir l’équilibre dans tous les systèmes de l’organisation. Si, à cette époque , il ne s’est opéré aucune crise salutaire , le pronostic deviendra d’autant plus grave , qu’outre la maladie de l’articulation , il est à craindre que le sujet ne soit attaqué d’une affection grave des poumons.
Tempérament. — Parmi les circonstances propres à aggraver le pronostic , le tempérament du malade doit être placé au premier rang : ainsi, s’il est fort , robuste , les chances de guérison sont plus nombreuses; s’il est au contraire faible, cacochyme,
doué d’un tempérament scrophuleux , la maladie se terminera le plus souvent d’une manière funeste , malgré les moyens les plus rationnels et les plus énergiques.
De la nature de la cause et du siège de la maladie. — Quand la tumeur blanche reconnaît pour cause une disposition rhumatismale , et qu’elle a son siège dans les parties molles , on pourra concevoir encore quelque espoir d’obtenir la guérison , par l’adhésion des surfaces articulaires ( ankylosé ). Quand elle reconnaît pour cause le vice écrouelleux , et quelle a son siège dans les os, le pronostic est grave: la guérison arrive bien rarement. L’altération marche avec une rapidité effrayante, et ils doivent s’estimer fort heureux , les malades chez lesquels il n’existe aucune affection grave des poumons contre-indiquant l’amputation , qui , dans l’état du malade , devient la dernière ancre de salut.
Enfin , le pronostic variera suivant que la maladie sera plus ou moins avancée , et que des abcès se seront manifestés sur la surface de la tumeur. On ne saurait croire, en effet , combien doit influer , d’une manière défavorable sur le jugement qu’on a à porter delà maladie, l’existence des trajets fistuleux aux environs de l’articulation. Pour ne pas nier entièrement l’impossibilité de la guérison dans ces derniers cas , nous dirons qu’elle est infiniment rare , et que nous avons vu peu d’exemples de guérison dans de pareilles circonstances. On dirait que c’est à dater
du jour où des abcès viennent communiquer au dehors , que commence pour le malade une nouvelle série de phénomènes , propres à hâter la terminaison funeste de la maladie. [En effet , l’abondance de la suppuration , les altérations quelle subit,' la rapidité des progrès du mal , la diminution des forces , le dérangement des principales fonctions de la vie, l’apparition de tous les symptômes colliquatifs , voilà tout autant d'accidens qui semblent accompagner la formation de la suppuration.
Traitement. — Comme nous avons déjà dit que, quand une articulation quelconque était le siège d'une tumeur blanche, on ne devait regarder celle-ci que comme un symptôme d’une affection générale , et que c’était contre cette dernière qu'il fallait diriger tous les moyens thérapeutiques , avant de traiter la maladie locale , il est évident que nous partagerons le traitement des tumeurs blanches en deux grandes parties: 1° moyens internes, propres à corriger le vice général ; 2° moyens locaux , propres à faire disparaître la maladie de l’articulation.
Il faudrait , non un manuscrit de la valeur de celuici , mais bien des volumes , pour faire l’énumération de tous les moyens qui ont été employés dans la cure des tumeurs blanches : aussi , n’avons-nous pas l'intention de parler de toutes les méthodes curatives , de toutes les substances pharmaceutiques , qu’on a tour à tour préconisées ; nous nous livrerons seulement à quelques considérations pratiquer
sur ]es moyens qui nous ont paru les plus avantageux,"
ou sur ceux qui ont joué un grand rôle dans la thé-
rapeu tique de ces maladies , en ayant soin surtout d’indiquer dans quelles circonstances leur application aura été suivie de quelques succès. Avant d’entrer dans ces détails , nous ferons observer que si , dans l’étude des maladies , dans l’appréciation des phénomènes qu’elles présentent à notre observation , nous avons besoin d’un esprit juste et éclairé, exempt de toute prévention , c’est surtout dans leur thérapeutique que ces qualités deviennent indispensables pour juger , à leur juste valeur , des succès qu’on a accordés à tels moyens, qui, bien des fois, auront dû toute leur célébrité au grand nom des praticiens qui les auront ou inventés ou souvent mis en usage. Au lit du malade doivent disparaître toutes les hypothèses , toutes les préventions ; l’élève doit faire taire tout sentiment de sympathie , d’attachement pour ses maîtres; il doit, fidèle observateur, examiner attentivement ce qui se passe sous ses yeux, suivre pas à pas les effets des médicamens employés , et ne juger de leur efficacité et du degré de confiance qu'on doit leur aécorder , qu’après avoir bien constaté les résultats de leur administration ; et , pour finir cette trop longue digression , nous dirons que les écrits de nos prédécesseurs , si propres à aider nos pas dans l’art difficile de l’observation médicale , sont bien loin, dans celle circonstance, de nous offrir les mêmes avantages pour fixer nos idées sur l’efficacité des
moyens thérapeutiques. Chacun d'eux a employé telle ou telle méthode d’une manière exclusive , et il n’est pas un moyen auquel on n’ait attribué tour à tour des cures vraiment merveilleuses.
Moyens généraux. — La première indication que le praticien a à remplir , c’est d’éloigner les causes qui sembleront avoir amené le développement de l’affection. Ainsi, si des écoulemens habituels ont été supprimés, on doit chercher à les rétablir. Chez les femmes , par exemple, dont le flux menstruel aura été arrêté , on mettra en usage les emménagogues les plus appropriés aux circonstances ; si les symptômes se sont manifestés à la suite de la répercussion intempestive de quelque éruption cutanée, comme nous en avons vu des exemples , le praticien ne devra rien négliger pour la rappeler à la surface de la peau.
Mais, dans la plupart des cas, c’est contre l’affection scrophuleuse que le chirurgien doit diriger ses efforts. Ainsi , il commencera par mettre , s’il est possible, le sujet à l’abri de toutes les circonstances qui pourraient activer ce ferment morbide ; il l'éloignera des lieux bas , humides , marécageux ; sa nourriture devra être saine , analeptique. La gymnastique nous a paru un excellent moyen, propre à développer le système musculaire et à annihiler cette espece d inertie , d atonie , innée chez les personnes douées d’une constitution lymphatique. L’on ne saurait assez recommander cet exercice aux jeunes per-
sonnes du sexe , d’une constitution débile , qui approchent de cette époque de leur vie , où de nouvelles fonctions vont leur créer une nouvelle existence. Les bains de mer méritent toute la réputation que plusieurs auteurs leur ont accordée dans le traitement des tumeurs blanches. Leur usage long- temps continué a produit des résultats avantageux , non-seulement du côté de l'articulation malade, mais dans toute l’économie. Une jeune fille de 16 ans, n'ayant jamais été menstruée , portait une tumeur blanche scrophuleuse au coude gauche ; elle présentait , en outre , d’autres symptômes scrophuleux , comme des glandes du cou engorgées , etc. On lui ordonna d’aller prendre les bains de mer , et à l’aide de ces seuls moyens, tous les symptômes de la tumeur blanche disparurent , la menstruation s’établit , sa constitution s’amenda , et la malade a toujours joui depuis lors d’une parfaite santé.
Les préparations aurifères sont efficaces dans les scrophules , et partant , dans les tumeurs blanches dues à cette cause; mais, comme les sujets atteints de ces affections présentent assez souvent des symptômes fébriles , on devra dans de pareilles circonstances , les remplacer par d’autres toniques moins excitans , comme l’usage du vin amer , de la gentiane , les préparations de quinquina , de fer, de barile , etc. Nous recommanderons aussi l’usage de l'iode à l’intérieur et à l’extérieur ; nous avons vu chez trois malades l’usage de l'eau d’iode à l’intérieur et de la
teinture de cette même substance à l'extérieur (frictions sur l’articulation malade ) , arrêter, à diverses reprises , les progrès de la maladie.
Malgré ce grand nombre de moyens internes employés dans les scropbules , malgré les éloges qu’on leur a , à diverses époques , prodigués , nous dirons qu’il est bien rare que leur administration soit suivie de la disparition des symptômes scrophuleux ; un tel vice est très-souvent au-dessus des ressources de l’art, et ce n’est presque toujours que sur la puissance de la nature et à l’époque de la puberté , qu’on peut fonder quelque espérance. Toutefois , l’usage de ces moyens devra être subordonné à l'état de la maladie locale et des organes essentiels. Ainsi , si des symptômes inflammatoires se manifestent sur la tumeur , h la suite d’une lésion extérieure quelconque ou de la formation d'abcès dans les environs de l’articulalion , on devra en suspendre l’emploi et n’y revenir qu’après l’entière cessation des phénomènes de réaction ; de même , on devra en agir ainsi , s’il existe des signes d'irritation du côté des organes importuns contenus dans les cavités thoraciques et abdominales.
Traitement local. — A n ti-vhiogis tiques. — Avant d'entrer dans quelques réflexions sur les divers topiques mis en usage dans la cure de ces affections , nous dirons que le praticien , avant leur administration, doit bien préciser les ers qui en réclament l’emploi , et ne pas les emp'oyer d’une manière empirique. Sans cette précaution, les moyens les plus
efficaces dans certaines conditions, deviendraient, dans les mains du praticien ignorant, un instrument funeste au malade.
D’une utilité incontestable , dans plusieurs cas de tumeurs blanches , ils ne sauraient trouver toujours les conditions essentielles à leur administration. Ou devra les recommander dans les premières périodes de la maladie , quand celle-ci dépendra du vice rhumatismal , ou que reconnaissant pour cause la diathèse scropbuleuse , elle aura été précédée d’une lésion extérieure qui aura développé dans la partie des symptômes inflammatoires ; mais il arrive bien des fois que le praticien ne peut tirer de leur administration tout le succès qu’il en attendait , vu que souvent les malades ne viennent réclamer les secours de l'art, que quand la maladie est passée à l’état chronique. Enfin, il est des circonstances pathologiques qui en exigent l’emploi. Quand une cause mécanique aura exaspéré les symptômes; quand des tumeurs produites par la présence du pus auront développé aux environs de l'articulation des signes de phlogose , les aati-phlogistiques seront indiqués. Dans ce dernier cas , les saiguées locales devront être préférées , et même faudra-t-il être très-avare de leur emploi ; car , n’oublions pas qu’il va s’établir des émonctoires qui donneront lieu à une abondante évacuation , et partant , à une diminution considérable des forces. Quand l’individu est fort , robuste , que la tumeur blanche est de nature rhu-
matismale et quelle a son siège dans la synoviale , les saignées générales conviennent : il n’en est pas ainsi de l’affection scrophuleuse , elles ne serviraient alors qu’à rendre plus complet ce manque d’énergie vitale qui fait le caractèredistinctif des scrophuleux(l).
Quant à l’emploi des sangsues , nous dirons que, «n les appliquant sur la partie enflammée , il en faut un grand nombre pour en obtenir les succès qu’on en attend , et que , dans ce cas , il vaut mieux en appliquer un nombre moins considérable dans un lieu un peu éloigné.
Narcotiques. — Ces médicamens sont utiles dans plusieurs degrés de la maladie , alors qu’il n’existe plus de pblogose , et que le malade est en proie à de vives douleurs et à une insomnie complète. Quand il existera de l’irritation et de la douleur dans la tumeur , on emploiera les émolliens et les sédatifs sous toutes les formes.
Les ventouses scarifiées ne sont pas à dédaigner , pour attirer au dehors l’irritation fixée dans l'intérieur de l’articulation ; elles n’entraînent pas du reste avec elles la perte d’une grande quantité de sang , comme les saignées. Dans les mêmes circon-
(1) L’emploi des anli-phlogistiques devra être proportionné au tempérament, à l’âge de l’individu et à l’intensité des symptômes, de même que dans toutes les autres maladies où ces moyens sont mis en usage.
stances , on pourra avoir recours aux moyens résolutifs et anodins.
Vésicatoires. — Très-utiles dans les tumeurs blanches liées à un vice rhumatismal , quand l’altération a son siège dans la membrane synoviale , et qu’elle n’est pas encore parvenue à ses dernières périodes. Le moment le plus favorable à leur administration nous paraît être celui qui suit toujours la disparition des symptômes inflammatoires , alors que la maladie est passée à l’état chronique. Comme l’irritation qu’ils déterminent ne s’étend pas profondément , on devra surtout en faire usage dans les articulations superficielles ; cette excitation continuelle qu’ils procurent, nous paraît un excellent moyen , propre à déplacer le mouvement fluxionnaire concentré sur les parties profondes. Nous observerons toutefois que l’efficacité des vésicatoires ne peut être sensible qu’au bout de quelque temps ; leur action est moins énergique que celle des moxas , des cautères , etc. , et les résultats de leur emploi doivent, par cela môme, se manifester avec plus de lenteur. On doit en placer , à diverses reprises , un grand nombre autour de l’articulation , et ne laisser aucun intervalle dans leur application (1). Enfin , quand la ma-
(i) Un de nos amis , ex-interne à Nismes , nous a dit avoir vu l’application réitérée de plusieurs vésicatoires , dans un grand nombre de cas de tumeurs blanches dont
lacîie dépendra de l’épaississement de la synoviale , et que l’altération de celle-ci ne sera pas complète , toutes les applications excitantes, sous quelque forme qu’elles soient , les frictions sèches , les douches , les fomentations pourront être utiles pour diminuer cette altération delà synoviale.
Moxas. — Entre les mains d’un praticien habile, ce moyen peut amener des résultats très-avantageux. Leur usage parait être suivi de succès , quand l'affection a son siège dans les cartilages ; leur nombre doit toujours être proportionné à l’intensité des symptômes. On ne doit pas les appliquer trop profondément, parce que l’irritation qu’ils produisent pourrait fort bien s’étendre dans l’intérieur de l’articulation , et hâter les progrès de la maladie. Ainsi , on les appliquera dans un lieu un peu éloigné de la synoviale ; par la même raison , on devra s’en abstenir dans les tumeurs blanches des articulations superficielles et recouvertes de peu de parties molles. Il vaut mieux les employer en grand nombre et petits , parce que , d’un côté , l’inflammation risquera moins de se propager jusqu’aux parties internes , et de l’autre , cette action , sans cesse réitérée , pourra plus facilement déplacer l’irritation profonde.
Cautères. — La manière d’agir des fonticules
le siège semblait être dans les parties molles , produire les résultats les plus avantageux.
ou cautères placés autour de l’articulation , a été regardée comme un puissant moyen de dérivation , propre à concentrer dans le lieu de leur application toute l’humeur morbifique répandue dans l’économie, et l’empèclierde se porter sur quelque organe interne. Leur usage convient dans les mômes circonstances que les moxas , et est susceptible des mêmes considérations pratiques. Les auteurs regardent ce moyen comme très- avantageux. Nous l’avons vu souvent amener de grands changemens favorables , non-seulement dans la maladie locale , mais bien aussi dans l’état général du malade. Les cautères, d’ailleurs , doivent être employés dans toutes les maladies des articulations dépendant du vice scropliulcux , et chez les sujets présentant déjà des signes d’une affection pulmonaire. Dans cette circonstance , les ouvertures artificielles sont très-propres à arrêter et même à faire disparaître tous les symptômes morbides de celte dernière maladie (1). Toutefois , si les cautères
(i) En parlant des cautères, nous ne saurions assez blâmer ce préjugé absurde, qui attache une espèce d’arrêt de proscription aux personnes qui ont des cautères dans quelque partie du corps: delà, cette difficulté qu’a souvent le praticien pour faire adopter aux malades ou aux païens, une mesure dont il sent, lui , toute l’importance. Que d’affections internes, que de lésions profondes seraient détruites ou enrayées dans leur marche , par l’usage de ces moyens prophylactiques!
sont suivis , dans quelques cas , de la disparition complète du mal, il faudra bien se garder de les supprimer ; nous possédons plusieurs exemples , propres à faire connaître tout le danger qui résulte de la suppression intempestive des cautères.
Sétons. — Les sétons ont une analogie manifeste avec les cautères , et on les emploie dans les mêmes circonstances. A ce moyen se rattachent les mêmes considérations anatomiques qu’aux moxas. Dans les affections de la hanche , où les parties malades sont situées profondément et environnées d’une grande quantité de parties molles et de tissu cellulaire , on pourrait employer avec avantage les sétons ; car , il faut observer que tous ces moyens dérivatifs doivent être appliqués de préférence dans un lieu abondamment pourvu de tissu cellulaire , dont la suppuration fournira une grande quantité de matière purulente, propre à détourner le mouvement fîuxicnnaire qui entretient l’irritation des parties articulaires profondes.
Cautérisation transcurrente. — Il est un dernier rnoj'en , puissant et énergique, qu’on a préconisé dans les tumeurs blanches. Plusieurs auteurs recommandables , tant anciens que modernes , citent beaucoup de faits propres à constater l’efficacité du cautère transcurrent. Comme, avanttout , nous devons fonder notre opinion sur les faits que nous observons , nous dirons que , sur un assez grand nombre de malades soumis à ce moyen curatif, nous n’en
avons pas observé de merveilleux résultats. Inefficace chez les uns , il a été suivi chez d'autres de l’augmentation des accidens, qui, en peu de temps, ont pris un tel caractère d'intensité , qu'on a été obligé d’en venir à l’amputation : aussi , est-il à craindre qu’on n’ait exagéré le degré d’efficacité de ce moyen thérapeutique. Toutefois (1) , par l’énergie de son mode d’action la cautérisation transcurrente peut être utile dans les cas de tumeurs blanches accompagnées d’engorgemens oedémateux , indolens , quand la maladie a son siège dans les parties molles et surtout quand il n’existe à l’extérieur aucune ouverture fistuleuse. Dans cette dernière circonstance , son usage nous a toujours paru aggraver les symptômes. Dans les affections scrophuleuses , dans celle où le tissu osseux est
altéré, on devra être aussi très-réservé sur son emploi. Pour être efficaces , les raies de feu doivent agir superficiellement et dans une grande étendue ; elles ne devront pas être trop serrées , trop multipliées , ou trop profondes: dans tous ces cas, il serait à craindre que l’inflammation qui accompagne l’application du feu , ne se propageât jusqu’aux parties profondes ,
(i) Sans contester les succès obtenus par le cautère actuel, nous dirons qu’on doit préciser les circonstances dans lesquelles son emploi convient , et ne pas l’appliquer indistinctement et d’une manière empirique à tous les cas de tumeurs blanches, quels que soient leur cause, leur siège, leur période.
et ne produisît des résultats inverses de ceux que l’on en attendait.
Enfin , une remarque pratique appliquable à tous ces moyens actifs dont nous venons de parler , c’est qu’on ne doit jamais les employer, que quand tous les symptômes inflammatoires ont disparu ; car, il y aurait du danger d’exciter aux environs des parties enflammées , une irritation qui pourrait s’étendre jusqu’à elles , et aggraver les lésions organiques ; et c’est parce qu’on n’a pas attaché assez d’importance à ces considérations essentiellement pratiques , que plusieurs praticiens ont eu à se plaindre de ces divers moyens , qui , employés dans des circonstances intempestives , peuvent produire de graves accidens.
Suppuration. — Quand des tumeurs produites par une collection de matière purulente se manifestent aux environs de l’articulation , faut-il les ouvrir , ou convient-il de laisser ce soin à la nature? Chacune de ces opinions compte un grand nombre de partisans. Parmi les raisons qu’on a données en faveur de la dernière , nous placerons les graves dangers qui résulteraient de l’entrée de l’air dans l’articulation , si on pratiquait l’ouverture des abcès. Cette fâcheuse influence de l’air a été niée par les uns , affirmée par les autres. Sans entrer dans toutes ces discussions , nous dirons que le séjour prolongé du pus dans l’intérieur de l’articulation ou au milieu des parties molles , nous a paru exaspérer , d’une manière sensible, l’irritation des tissus malades. Nous
ayons encore observé sur plusieurs malades, que l’ou* verture artificielle des abcès a toujours procuré du soulagement. De plus , si nous considérons que , par le séjour de la matière purulente , la réabsorption est à craindre, nous n’bésiterons pas à préférer la première méthode , c’est-à-dire, celle qui consiste à pratiquer l'ouverture des tumeurs purulentes. D’ailleurs , on peut bien facilement prévenir cette inflammation qu’on redoute tant, par les anti-phlogistiques et les èmolliens. Quant à l’accès de l’air dans l’intérieur de l’articulation , on peut aussi s’y opposer , en donnant lieu à l’évacuation du pus , par une série de ponctions qui ne fournissent chacune qu’une petite quantité de matière.
En employant tous les moyens dont nous venons de parler , le praticien a fondé sur leur usage l’espoir de ramener les parties à leur état normal , et de rendre à l’ai'ticulation ses fonctions. Mais, quand, à une époque avancée de la maladie , les altérations organiques sont si profondes qu’il ne lui est plus permis de conserver une telle espérance , il doit encore réunir ses derniers efforts pour amener la terminaison la plus favorable au malade.
La première voie de guérison qu’il doive tenter dans de pareilles circonstances, c’est l’ ankylosé, c’està-dire , l’immobilité du membre produite par la soudure des surfaces articulaires Cette soudure est toujours le résultat, d’une inflammation locale , suscitée au milieu des parties , pour les mettre en contact
immédiatet en opérer l’adhésion. Plusieurs autcuss citent un grand nombre de cas de guérison obtenue par ce moyen dans des périodes très-avancées de la maladie, c’est-à-dire, quand les lésions organiques étaient bien profondes, et qu'il existait à la surface de la tumeur des ulcérations donnant lieu à une abondante évacuation de matière purulente et de mauvaise nature. Nous devons dire oue, sur un assez grand nombre de cas de tumeurs blanches que nous avons examinées , il ne nous a pas été douné de concevoir de telles espérances sur la facilité que présenterait la nature à accomplirce travail curatif dans les dernières périodes. Parmi tous les moyens mis en usage pour obtenir l’ankylose , on a recommandé les bains de mer , l’usage interne et externe d’eaux minérales et ferrugineuses. Un moyen que nous jugeons énergique et propre à exciter les forces de la nature dans l’accomplissement de cet acte salutaire, c’est la cautérisation transcurrente, quand il n’existe, toutefois , aucune circonstance capable d’en rendre l’usage fort dangereux. Dès l’instant qu’on pense obtenir cette voie de guérison , il faut aAoir soin de donner au membre la position la plus convenable. Ainsi , quand la maladie siégera aux membres supérieurs , la flexion sera préférable ; quand elle siégera aux membres inférieurs , l’extension sera la position qu’il faudra choisir. Par cette précaution, on évitera tous les graves iaconvéniens que rencontrerait à tout instant le malade, si on avait donné au membre.
devenu désormais inutile , une toute autre direction : on devra aussi , pour ne pas s’opposer au travail de la nature , tenir le membre dans un repos absolu.
Ii serait à désirer que la maladie se terminât , dans certains cas , d’une manière aussi favorable , malgré qu’une telle guérison entraîne avec elle la perte d’une grande partie des mouvemens du membre ; mais malheureusement il n’en est pas ainsi , et trop souvent le praticien , malgré tous ses efforts , se voit réduit à la triste nécessité d’en venir à une mutilation , s’il veut conserver la vie du malade.
L’amputation est donc la dernière ressource dans la cure de ces maladies; encore existe-t-il des circonstances qui empêchent l’homme de l’art d’avoir recours à ce moyen suprême de salut. Toutefois, avant d’en venir à cette extrémité , qu’il ne perde pas de vue que la maladie de l’articulation n’est , le plus souvent , que le symptôme d’une affection générale infectant toute l’économie , que c’est absolument contre celle-ci qu’il doit diriger toutes ses attaques ; et que ce n’est qu’ après en avoir neutralisé la funeste influence , qu’il pourra sans crainte attaquer , pour ainsi dire corps à corps , la maladie locale. Il ne suffit pas entièrement d’amputer un membre avec autant d’habilité que de promptitude , il faut surtout prévoir toutes les conséquences de cette opération : et cette classe de maladies est bien propre à nous faire sentir toute la liaison qui existe entre les deux prin-
cipales branches de l’art de guérir. Tantôt médecin , tantôt chirurgien , le praticien doit observer toutes les circonstances de la maladie , interroger avec soin toutes les fonctions et remplir tour à tour ces deux rôles , selon l’exigence des cas. A quoi bon soumettre le malade à une opération majeure , si , peu de temps après avoir échappé à ces dangers , il est condamné à mourir d’un autre symptôme de l'affection générale. Or , il existe bien des exemples propres à nous convaincre que la maladie éliminée d’une articulation par l’amputation, s’est portée sur d’autres organes essentiels , les poumons par exemple , et a produit de tels ravages , que la mort a suivi de près l’amputation. Une autre observation pratique à faire, c’est d’avoir la précaution d’ouvrir , avant l’opération , à la surface de la peau , des ouvertures artificielles. Ces émonctoires seront tout à la fois utiles pour concentrer dans ce lieu les mouvemens morbides qui avaient leur siège dans l’articulation , et s’opposer au développement d’une phthisie pulmonaire , si le malade semblait prédisposé à cette affection ; car celte maladie , comme nous l’avons déjà dit , est celle qui accompagne , le plus souvent , les affections articulaires , dites tumeurs blanches. On a proposé et même pratiqué la résection des extrémités articulaires , au lieu de l’amputation du membre. Comme nous n’avons jamais vu pratiquer cette opération , nous ne pouvons en porter aucun jugement; cependant, nous dirons que, si les résultats de
cette dernière sont plus brillans, les chances de succès sont bien moins considérables que dans l’amputation , et que certaines circonstances de la maladie peuvent souvent la rendre impossible.
Telles sont les réflexions qui nous ont été suggérées par l’examen d’un assez grand nombre de malades atteints de tumeurs blanches. Nous eussions désiré rapporter quelques observations propres à confirmer tout ce que nous avons avancé ; mais nous n’avons pas voulu dépasser les bornes d’un Mémoire de la nature de celui-ci et déjà assez long.
Quant aux lacunes nombreuses que notre travail pourrait présenter, nous tâcherons d’y suppléer dans la discussion.