‹ Quelques considérations sur les affections dites tumeurs blanchesChapitre 4 sur 6 · INFLAMMATION DU TISSU OSSEUX · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DU TISSU OSSEUX

Dans cette dernière espèce, la maladie réside essentiellement dans le tissu osseux ; c’est de là qu’elle a pris son point de départ, et ce n’est que par ses progrès, quelle s’étend de proche en proche aux parties voisines.

Le plus souvent cette affection se développe chez des individus d’un tempérament scrophuleux, et c’est uniquement à cause de l’influence d’une telle constitution sur la production de la maladie , quel que soit son siège (1) , que plusieurs auteurs recommandables n’ont admis qu’une seule espèce de tumeurs blanches, la tumeur blanche proprement dite, ou scrophuleuse (2).

Nous sommes loin , avons nous déjà dit , de par-

(1) Nous disons quel que soit son siège, parce que le vice scrophuleux, quoique ayant une prédilection toute spéciale pour le tissu osseux , peut également , dans plusieurs cas , se fixer dans les parties molles , malgré que certains auteurs aient prétendu le contraire.

(2) L’altération du tissu osseux dans ces maladies est si souvent liée à un vice scrophuleux, que M. Brodie appelle cette espèce de tumeur blanche , Maladie s çrophuleuse des os.

tager une telle opinion ; car l’observation de tous les jours nous a démontré d’une manière bien évidente, qu’il est des affections de cette nature dues à tonte autre cause qu’à la diathèse scrophuleuse. Cette espèce de tumeurs blanches se rencontre souvent sur des sujets n’ayant pas encore atteint l’âge de puberté. Les femmes , les enfans paraissent très-disposés à contracter cette maladie. Parmi les articulations le plus souvent affectées , nous placerons les articulations du genou , du pied , de la colonne vertébrale (1).

C’est la substance spongieuse qui paraît le point de départ de la maladie. Ce tissu s’injecte, se gonfle, se ramollit , en un mot il présente fous les signes d'une véritable inflammation ; sa sensibilité est prodigieusement augmentée : la structure vasculaire des extrémités osseuses donne la raison de tous ces phénomènes.

Comme cette espèce de tumeurs blanches d’une affection générale de l’économie , il n’est pas rare de voir cette dernière exercer son influence funeste sur diverses parties du corps, et de la voir établir son

(1) L’affection qui a son siège dans ces dernières articulations, est souvent la suite d’excès d’onanisme ; on ne peut, dans l'état actuel de la science , expliquer d’une manière satisfaisante l’influence de celte cause sur la production de la maladie dans les articulations vertébrales. C est à cette dernière affection, avons-nous dit, qu’on a donné le nom de mal do Pott .

siège sur plusieurs articulations à la fois , ou les attaquer successivement l’une après l’autre ; enfin , se fixer dans l’une d’elles, après qu’elle aura été guérie dans l’autre, ou éliminée par l’amputation. Nous avons pu faire cette observation. Une autre circonstance à noter , c’est qu’il existe en même temps que la maladie des articulations, plusieurs autres symptômes scropbuleux , développés dans diverses parties du corps , tels que des abcès dont l’ouverture reste long temps fistuleuse , et donne issue à un pus mal élaboré , offrant des caractères pathognomoniques ; des cicatrices au cou , indices d’engorgemens glanduleux scropbuleux. Mais, parmi tous les phénomènes morbides qui accompagnent cette espèce de tumeur blanche , nous placerons en première ligne les symptômes d’une affection des poumons, et nous dirons que ces deux maladies exercent entre elles une telle influence, que la guérison de l’une paraît augmenter , dans plusieurs cas, les progrès de l’autre , tandis que la réapparition de celle-ci a semblé suspendre la marche de cellelà. Nous ne saurions nous empêcher de citer une observation propre à nous donner une idée de cette influence réciproque.

Observation. — Le sieur N... , âgé de 15 ans, d’une constitution scropbuleuse , et né de pareils également doués d’un tempérament faible , avait été plusieurs fois dans son enfance atteint de maladies de poitrine : deux fois il avait eu des hémoptysies.

Il habitait lin lieu humide et environné de marais , propre , par conséquent , à activer l’influence de la prédisposition originelle qu'il portail. Ce jeune homme, présentant tous les symptômes d’une phthisie pulmonaire , reçut , à l’âge de 10 ans , un coup de pierre sur l'articulation tibio- tarsienne gauche. Immédiatement après, cette jointure devint le siège de symptômes inflammatoires assez prononcés. Des sangsues, des cataplasmes émolliens calmèrent sensiblementl intensitédeces phénomènes ; mais lamaladie ne continua pas moins de faire des progrès. Au bout de huit mois, les symptômes reparurent avec toute leur intensité primitive ; il se manifesta aux environs de l’articulation, trois abcès qui dégénérèrent en trajets fistuleux , donnant issue à un pus qui ne tarda pas à devenir séreux, entraînant avec lui des flocons albumineux ressemblant à du riz écrasé (1). On appliqua autour de l'articulation quatre cautères qui donnèrent lieu à une abondante suppuration : à cette époque , le malade alla prendre des bains de mer. Ces moyens, joints à un traitement interne ( muriate d’or ) , enrayèrent les progrès de la maladie de la jointure. Le malade continua à jouir d'une bonne santé pendant six mois , au bout desquels il eutl’im-

(i) Il cstdigne de remarque que, pendant queces phénomènes se présentaient du côté de l’articulation , tous les symptômes qui s’étaient manifestés du côté de la poitrine , avaient entièrement disparu.

prudence de fermer les ouvertures artificielles qu’on avait pratiquées avec les caustiques , et qui n’avaient pas cessé un inslaut de donner lieu à uue abondante évacuation. Dès ce moment se développèrent avec une nouvelle activité les symptômes de la phthisie pulmonaire. La santé commença à se détériorer de jour en jour; une toux douloureuse continuelle, suivie d'une expectoration purulente , survint ; les fonctions principales éprouvèrent un dérangement notable , et le malade semblait ne plus avoir que quelques jours de vie , lorsque le médecin auquel il avait été confié, instruit de l’imprudence du malade , fit pratiquer avec les caustiques trois nouvelles ouvertures artificielles , près de celles qui avaient déjà existé. Dès ce moment, les progrès de l’affection pulmonaire semblèrent tout à coup arrêtés. Le malade parut revenir à la vie : la toux , la douleur , l’expectoration , en un mot tous les symptômes de l'affection des poumons disparurent presque entièrement ; la maladie des organes respiratoires abandonna cette cavité pour se porter tout entière à l’articulation. Tous les accidens qui s’étaient déjà manifestés dans cette dernière partie , reparurent de nouveau , des abcès se manifestèrent , et la maladie ne pouvait plus laisser aucun doute sur son issue funeste. Cependant , à l’aide de moyens convenables , internes et externes , on put prolonger une existence qui semblait n’avoir plus que quelques instans à compter. Le malade mourut de la tumeur blanche ,

un an après environ la réapparition de cette dernière affection.

Cette observation est bien propre à nous suggérer des observations fort importantes , parmi lesquelles nous placerons les suivantes.

1° L’influence qu’exercent entre elles les tumeurs blanches scrophuleuses et la phthisie pulmonaire , comme nous l’avons déjà dit.

2° Les succès obtenus par l’emploi de moyens internes et autres, capables d’agir sur tout l’ensemble de l’économie, et d’attaquer principalement l’affection interne dont la maladie de l’articulation n’est qu'un symptôme. — De cette réflexion découle naturellement ce principe , qu’on aurait tort de regarder la maladie de l’articulation comme une affection locale devant céder à des moyens thérapeutiques dirigés seulement sur le siège du mal , mais bien comme un signe d’un vice originel, qu’on ne saurait faire disparaître qu’en dirigeant les moyens curatifs contre la disposition morbide de l’économie , en même temps que l’on emploiera des moyens externes contre la maladie de l’articulation.

3° Les dangers eue peut entraîner après elle la suppression des évacuations fournies par des cautères. — Nous entrerons dans quelques détails relativement à cette dernière remarque , à l’article du traitement, oünous parlerons des ouvertures artificielles.

Dans cette espèce de tumeur blanche, les accidens inflammatoires sont très-peu apparens dans le début

de la maladie , ce qui servira à la faire distinguer de celles où la synoviale , est le siège de la maladie , et ce qui servira à la distinguer de l’ulcération des cartilages où les symptômes phlegmasiques sont aussi peu évidens au début, c’est que, dans cette dernière, la marche de la maladie est lente et paraît rester long temps dans un état stationnaire, tandis que, dans l’affection des os , une fois que les phénomènes morbides ont apparu , la maladie marche avec une extrême rapidité ; et si , par des moyens convenables , on ne parvient à enrayer ses progrès, ceux-ci marchent avec une telle rapidité, que, au bout de peu de temps , il se manifeste des abcès autour de l’articulation. Ce signe sera pour nous le symptôme pathognomonique de la maladie des os. En effet , tous les malades atteints de tumeurs blanches scrophuleuses, c’est-à-dire, ayant leur siège dans les os, présentent , en entrant à l’hôpital , des trajets fisluleux sur la surface de la tumeur , ou bien , si ce symptôme n’existe pas encore , il ne tarde pas à paraître ; tandis que, au contraire , les malades atteints de tumeurs blanches ayant leur siège dans la synoviale ou les cartilages, c’est-à dire , de tumeurs blanches rhumatismales , restent un temps toujours fort considérable avant que des tumeurs purulentes se manifestent. C’est surtout dans cette espèce de tumeurs blanches, que les symptômes se manifestent sans avoir été précédés d’aucune lésion extérieure.

Le caractère de la douleur peut servir à éclairer le,

diagnostic de cette affection. Quand celle-ci a son siège dans les os , elle est profonde , circonscrite , sourde et occupant de préférence certaines parties de l’articulation. Ainsi , dans les tumeurs blanches du genou , elle correspond particulièrement au condyle interne ; dans celles du coude , elle correspond à l’olécrane. Il n’est pas rare de voir cette douleur accompagnée d’élancernens qui semblent suivre la continuité de l’os , et se propager par le canal médullaire jusqu’aux articulations voisines du même membre.

La forme de la tumeur pourra aussi , dans beaucoup de cas , servir à la connaissance du siège de la maladie. Au lieu d’être également uniforme , également développée dans tous les points de la jointure, elle est plus apparente dans certaines régions ; elle semble surtout plus manifeste , plus considérable dans les points correspondons aux tètes osseuses articulaires ; ce symptôme devient très apparent , quand toutes les parties molles environnantes sont dans un état d’émaciation complète.

Enfin , quand la maladie est parvenue à son dernier degré , et que des abcès se sont manifestés sur la surface de la tumeur , la matière purulente offre des caractères propres à faire connaître que la maladie a son siège dans les os. Ainsi , dans ce dernier cas , le pus est séreux , liquide , entremêlé de flocons albumineux , qu’on a comparés , avec assez de raison , à du plâtre mal gâché ; quelquefois il sort par ces ou-

verlures fistuleuses de petits fragmens osseux. A cette époque , une sonde ou un stylet peut aussi indiquer le siège du mal. En l’introduisant par les trajets fistuleux , on pénètre jusqu’à la substance spongieuse des os , qu’on parcourt dans toutes les directions , sans éprouver la moindre résistance > et on perçoit la même sensation que donnerait le frottement de plusieurs esquilles osseuses. Quand l’os est nécrosé , au contraire , on perçoit un son mat , obscur et sourd.

Cette affection est-elle suivie de l’augmentation de volume des extrémités osseuses? Tour à tour résolue d’une manière affirmative et négative , cette question a suscité de longues discussions. Les uns , parmi lesquels Lawrence , prétendent s’être assurés par un grand nombre d’autopsies , qu’il n’y a jamais gonflement des têtes osseuses ; d’autres , parmi lesquels nous citerons Delpech , Boyer et autres , soutiennent , au contraire , que , dans les premiers degrés de la maladie , les têtes osseuses ont augmenté prodigieusement de volume. Deux faits dans lesquels nous avons observé le gonflement des extrémités osseuses, nous obligent à partager cette dernière opinion. Toutefois, il faut observer que ce gonflement n’arrive pas dans tous les cas , et que l’on pourrait facilement être induit en erreur par des circonstances particulières à la maladie. Ainsi , cet engorgement peut uniquement dépendre de l’altération des parties molles , telles que la synoviale , les ligamens ; le tissu

cellulaire peut être épaissi, tuméfié , environné d’une lymphe plastique , ou converti en une substance fongueuse, lardacée ou pulpeuse. Ajoutons à ces dernières considérations , que les parties situées au-dessous et au-dessus de l’articulation ont éprouvé un amaigrissement considérable , ce qui peut faire paraître les têtes plus considérables en volume qu’elles ne le sont réellement , et on verra que , dans bien des cas , on s’est mépris sur l’état véritable des extrémités osseuses.

Une circonstance assez importante à étudier dans l’histoire de cette maladie , et que nous avons pu observer un assez grand nombre de fois , consiste dans la présence de la douleur dans une articulation voisine de celle qui est le siège principal de la maladie. Par exemple , quand l’affection siégera dans l’articulation scapulo-humérale , la douleur que le malade ressentira dans cette partie sera si légère , qu’elle sera , pour ainsi dire, imperceptible, ou plutôt, celle qu’il ressentira à l’articulation du coude sera si vive , qu’elle attirera toute son attention , et qu’il ne comptera pour rien celle qu’il sent dans l’articulation affectée. Ce phénomène s’observe surtout dans les affections de cette nature , qui ont leur siège dans l’articulation coxo-fémorale. Nous avons pu l’étudier dans plusieurs jointures ; dans l’articulation du genou par exemple , où la douleur était très-vive à l’articulation du pied ; dans les tumeurs blanches du coude , où la douleur de cette partie était presque nulle , tandis que celle que le malade ressentaitau poignet était très-

vive. Ce symptôme particulier doit être Lien connu de l’homme de l’art, pour éviter des erreurs graves de diaguostic dans lesquelles on pourrait tomber. Faute d’avoir méconnu cette circonstance , on a vu des praticiens ignorans appliquer les moyens thérapeutiques à l’articulation du genou , tandis que le siège principal du mal était dans l’articulation de la hanche.

Page 1