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Ces caractères doivent être pris en considération, car ils servent en quelque sorte de phénomènes diagnostiques précurseurs.
N’est-il pas évident que ces faits, sur lesquels l’attention s’est bien rarement portée, viennent s’ajouter aux signes diagnostiques, qu’ils servent surtout de moyens prémonitoires, et qu’ils peuvent faire pronostiquer un certain nombre de maladies ; à venir? Un enfant dont les évacuations ne présentent pas les caractères naturels aura des hémorrhagies intestinales, une affection hépatique, un ictère, du muguet, ides angines de mauvais caractère. Telles sont les maladies que l’on peut prévoir. :S’il en survient d’autres, que l’on n’aura pas pu pronostiquer, il sera facile de dire au moins le caractère qu’elles présenteront : elles auront la forme adynamique ou putride. C’est dans ces cas aussi que l’on observera ces gangrènes si variées auxquelles les enfants sont sujets, et que l’on a voulu attribuer à des influences extérieures, et particulièrement à des intoxications; telles sont la gangrène de la I bouche, la gangrène des doigts et des orteils, celle de la vulve et celle du scrotum. IDans ces cas encore, on n’ose pas appliquer un vésicatoire parce que la surface de la plaie se couvre alors le plus souvent de diphthérie, s’ulcère et se gangrène.
Nous avons voulu jeter ce coup d'œil rapide sur la pathologie de l’enfance pour montrer à quel point elle est liée à l’alimentation.
Le médecin doit être inexorable à l’égard du traitement qu’il prescrira : la vie de I l’enfant et surtout du nouveau-né est bien plus particulièrement que celle de lis®1 ! l’adulte, liée à une alimentation convenable. Au risque de tout changer dans l’intérieur d’une famille, au risque de bouleverser toutes les habitudes établies, il doit exiger le remplacement de la mauvaise nourrice, fût-ce la mère de l’enfant, par une nourrice ayant beaucoup de bon lait.
Jusqu’à présent, la plupart des familles et beaucoup de médecins n'ont jamais su juger des qualités d’une nourrice, faute de caractères suffisants et rigoureusement exacts. L’erreur n'est plus possible aujourd’hui : le critérium, la pierre de touche, c’est l’enfant qu’elle allaite. Lorsqu’on montrera à une mère de famille que, depuis huit jours, son enfant a perdu 200 grammes ou même est resté stationnaire, elle ne :» tpourra plus se faire d’illusions sur l’absence de nourriture, sur sa mauvaise qualité ou son vice d’administration.
Un détail se présente tout naturellement après ce que nous venons de dire. M. le docteur Bouchaud porte à 25 grammes l'accroissement journalier d’un enfant. Nous trouvons ce chiffre trop faible : .il est très-possible qu’il soit le résultat d’une i moyenne tirée de poids d’enfants bien portants et d’enfants plus ou moins affaiblis ou présentant déjà un certain degré d’état morbide. Nous le répétons, le poids moyen que nous avons obtenu des enfants sains est de 30 grammes en moyenne. On pourra môme remarquer que (planche 1 ) la courbe donne pendant quinze jours un accroissement de 38 mammes par jour.
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loute proposition nouvelle est sujette à objection. Aussitôt que nous avons indiqué la méthode des pesées régulières, comme moyen de contrôle de la santé et de l’accroissement de l’enfant, on nous a répondu :
1° Ce moyen n’a jamais été employé.
2° Il serait d’un emploi difficile.
3° Les enfants s’accroissent tout seuls, ainsi que les animaux, comme par une sorte de vitesse acquise.
Nous répondons que ces objections ne sont pas fondées , qu’elles sont contraires aux faits, et que des impossibilités n’existent que quand on veut bien les laisser persister.
1° Ce moyen n'a jamais été employé. — Sans parler de Sanctorius, qui a passé la moitié de sa vie dans une balance, nous ferons remarquer que la méthode des pesées est tellement importante, qu’elle a été utilisée par la plupart des médecins modernes dont nous sommes les représentants et les continuateurs.
En France, MM. Trousseau, Depaul, Blot, Jacquemier, Broca, Barthez, Trélat, Guyon, Danyau, Alix, Bouchaud, Hervieux, M. Hardy, M. Blache, Mme Àlliot, M. le docteur Bâcle, médecin des Enfants-Assités, et d’autres médecins se sont servis de ce procédé (1). Ce qui a empêché qu’on le trouvât bon, c’est qu’il n’a pas été employé d’une manière régulière et continue, au moins pendant de longues années. Nous vdilà dégagés d’une première objection (2).
2° Difjiculté du mode opératoire. — Le médecin trouvera-t-il dans toutes les maisons des balances et surtout des instruments d’une résistance suffisante? A défaut de cela, peut-il transporter dans sa poche ou dans sa voiture un engin encombrant et embarrassant?
Nous avons tourné la difficulté en remplaçant la balance vulgaire, la balance à plateau par la romaine, instrument léger, de peu de volume et d’une précision remarquable. Voici en quelques mots la description de notre romaine : Une tige d’acier de 42 cent. C C est articulée à l’une de ses extrémités par un anneau de suspension B. Cet anneau présente des conditions spéciales d’exactitude : son articulation a lieu par une pièce triangulaire dont l’arête supérieure forme un couteau semblable à celui sur lequel repose le fléau des balances exactes. Pour l’adaptation à des poids variables, l’anneau et le couteau ont une course déterminée et pouvant
(1) M. le docteur Brochant, auteur d’un travail remarquable sur la mortalité des nouveau-nés, nous prie de le compter au nombre de ceux qui regardent la pesée comme un moyen précieux de diagnostic.
(2) Depuis la publication de ce mémoire, nous avons lu les travaux publiés en Allemagne sur les pesées régulières des enfants : Elsiisser, Hoffmann, Bartsch, Siebold, Haake, Winckcl ont chacun donné sur ce sujet des renseignements curieux, ainsi que le professeur Breslau, de Zurich. Nous reviendrons plus tard sur ces recherches consciencieuses, qui font honneur h leurs auteurs.
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I permettre de prendre des poids très-dissemblables. En dehors de ce point de suspension, au bout d'un bras de levier très-court, se trouve un crochet A qui permet de saisir la serviette dans laquelle on a enveloppé l’enfant.
La partie la plus longue de la tige est garnie d’une boule de cuivre I) glissant .à frottement destinée à faire contre-poids et, par conséquent, à marquer le poids; ■ elle porte une gradation régulière qui donne le poids en kilos et en divisions de 10 grammes. Pour éviter un excès de complication, et d’ailleurs par inutilité, nous i n’avons pas voulu porter notre gradation au delà de 10 kilos; c’est d’ailleurs Ile poids normal d’un enfant de 11 mois, et il ne nous a jamais paru moins nécessaire de continuer l’usage régulier des pesées au delà de cette époque.
Nous donnons ici la figure de l’instrument que nous a construit M. Mathieu, et qui a été présenté à l’Académie de médecine.
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ijK H est facile de voir, par la seule inspection de la planche, que l’instrument est solide, léger, et en même temps portatif; car si l’on remarque que sa lige de 142 centimètres peut se démonter en trois parties, on comprendra quelle tienne dans | iune boite de 16 centimètres de longueur sur 8 de largeur et 4 de hauteur. La balance ipèse en tout 315 grammes, et avec sa boite 520 grammes (1). C’est un embarras 1 moins grand qu’un forceps qui pèse 620 grammes.
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3° On a dit que les enfants s'accroissent tout seuls, quel que soit d’ailleurs le cchoix peu convenable de la nourriture. — L’observation est là pour relever celle grossière erreur. L’enfant abandonné dépérit plus vite que les jeunes animaux, qui narrivenl à subvenir à leurs besoins peu de jours après leur naissance. L’enfant de I l’homme a besoin d’être soigné longtemps : il meurt si on ne le sustente pas, de iimême il meurt si on le sustente mal.
Donc, il laul présider avec sollicitude à l’alimentation. La condition première est ique l 'enfant telle du lait de femme, et si nous osions le dire : hors de ce lait pas de 'Salut ou peu de chance de salut.
Nous répondons encore à une dernière objection : on a voulu comparer l 'enfant ‘de l homme au petit des animaux, et l’on a dit que, comme eux, sans doute il pou-
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( J M. Mathieu, notre habile fabricant d’instruments de chirurgie, vient d’apporter «cation a la balance qui la rend plus exacte, plus sensible cl encore plus portative.
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vait s élever et prospérer avec le minimum de soin possible : porte largement ouverte à l'incurie des mères et des nourrices! Il n’en est rien. L’enfant de l’homme réclame des soins constants; il faut surveiller l’action des applicata, des circumfusac t des im/esta.
La nécessité seule des vêlements nous démontre que la comparaison est inexacte. La donnée du problème se résout à l’aide des pesées, et l’on s’assure alors que, si l’enfant n’est pas absolument en perte, il n’est pas en voie d’accroissement.
La conclusion à tirer de cette observation est que la santé de l’enfant doit être examinée d’une manière régulière, non-seulement au point de vue de la nourriture, mais encore à celui des conditions hygiéniques au milieu desquelles on le place. Nourrissez bien un enfant, mais mettez-le une partie de la journée dans un jardin exposé aux diverses variations des venls, de la température, du soleil, et vous le verrez rapidement dépérir. L’enfant est fait pour s’accroître dans une demeure abritée et sous des vêtements sinon chauds, du moins protecteurs. L’instinct des animaux est en possession de cette règle; les ancêtres les plus sauvages de l’humanité le savaient aussi bien que nous : les Troglodytes habitaient des cavernes pour mettre a l’abri leurs femmes et leurs enfants. (rpo^Ao*, caverne, Jvoftat, habiter.)
On ne peut donc favoriser le développement des nouveau-nés et des enfants qu’en leur offrant dans la première et la deuxième enfance toutes les conditions nécessaires à leur accroissement, conditions qu’ils ne sont pas capables de réclamer. Lassé celte époque, un enfant saura très-bien accuser ses besoins, et l’attention devra être moins éveillée à son sujet, parce qu’il ne se laissera manquer de rien. Pendant cette période critique de la vie de l’enfant, l’augmentation de poids du corps est le signe de prospérité, la diminution ou l’arrêt du poids, reconnue par la balance, la manifestation d’une détérioration de la santé.
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